Dévaluer ou pas ? Un débat qui ne cesse de rebondir

Jusqu’à  présent, le Maroc
a opté pour une politique de taux
de change ancré sur un panier
de devises, régime qui a créé un environnement favorable
à  la discipline budgétaire.
Aujourd’hui, il paraît souhaitable
pour le Maroc d’envisager une plus grande flexibilité de son taux
de change, sans renoncer
à  son rattachement au panier
de devises.

Dévaluer ou pas : le débat ne cesse de rebondir depuis que la croissance molle a transformé la faiblesse traditionnelle du commerce extérieur en déficits record. Une baisse de la valeur du dirham améliorerait-elle la situation de notre économie ? L’argument des pro-dévaluation est simple : le taux de change est le prix dans lequel s’expriment les marchandises marocaines. Baissons-le et nous vendrons plus et achèterons moins à l’étranger. Un peu trop simple. Nos exportations ne sont pas uniquement sensibles aux prix, mais à bien d’autres éléments (que l’on peut appeler «qualité» pour simplifier). Certes, on peut considérer, compte tenu du niveau sans précédent de notre déficit commercial, que les entreprises marocaines ont besoin d’un coup de pouce en la matière. Mais surtout, une dévaluation a son revers. Elle renchérit le prix de nos importations qui ne sont qu’en partie substituables. On gagnerait peut- être à avoir une parité un peu plus adaptée vis-à-vis de l’ensemble des devises et des monnaies concurrentes. Reste qu’il ne faut pas en attendre un grand impact : la part des exportations ne représente que 21 % du PIB du Maroc. La solution aux difficultés de sa balance commerciale se trouve donc ailleurs : positionnement dans des créneaux plus judicieux, diversification des produits et des marchés, maîtrise des coûts des facteurs, exploitation du gisement de productivité, etc. Aussi, le maintien d’une monnaie stable devrait inciter les entreprises à tenir leurs coûts et à développer leurs parts de marché à l’exportation par le caractère innovant de leurs produits et non par une compétitivité prix acquise à coup de dévaluations répétées.
Un pays peut-il jouer sur le taux de change afin d’accroître ses ventes, et donc son niveau d’activité et d’emploi ? Oui, mais avec discernement. Seuls les décalages de compétitivité entraînés par des taux d’inflation différenciés justifient d’éventuels réajustements. Mais en fait, qu’est-ce qu’un «bon» taux de change ? Les débats sur cette question sont souvent passionnés. Pour l’industriel qui exporte en Europe, le bon taux de change est celui qui égalise ses propres coûts de production à ceux de ses concurrents. Pour le consommateur, c’est au contraire le taux de change qui lui permettra d’acheter le moins cher possible. Pour le décideur public, enfin, le «bon» taux de change est celui qui permet à l’économie nationale d’être en «équilibre», c’est-à-dire de bénéficier d’une croissance suffisante sans déséquilibre extérieur. En pratique, la notion d’équilibre d’un taux de change est illusoire : il est difficile de déterminer à partir de quel moment l’appréciation du dirham devient une surévaluation. Aussi, le diagnostic porté sur la parité de la monnaie nationale est de ce point de vue différent d’un agent économique à l’autre. En conséquence, les effets des variations du taux de change sur les échanges extérieurs et sur l’activité sont très controversés.
Si le taux de change ne fait pas de miracle, il demeure un instrument essentiel de politique économique. Une politique de taux de change doit donc se fonder sur des principes macroéconomiques généraux, mais elle doit également tenir compte du contexte du pays. La prise en compte de la politique de change des pays voisins et des concurrents l’influencent fortement. L’économie marocaine doit se protéger contre l’impact de la parité du dirham sur les transactions informelles à ses frontières de l’est ou du nord.
Comme elle est tenue de maintenir un niveau du taux de change qui préserve ou renforce ses parts de marché en Europe ou ailleurs. Jusqu’à présent, le Maroc a opté pour une politique de taux de change ancré sur un panier de devises. Ce régime a créé un environnement favorable à la discipline budgétaire. Il a facilité les échanges extérieurs en limitant l’incertitude de change. Plus encore, il a atténué les anticipations inflationnistes, et donc les taux d’intérêt. Mais ce régime a péché par sa rigidité. Il n’a pas permis d’assurer une continuité dans le processus d’ajustement de la balance commerciale. Aujourd’hui, il paraît souhaitable pour le Maroc d’envisager une plus grande flexibilité de son taux de change, sans renoncer à son rattachement au panier de devises