Des PME appellent au secours

alors que des entreprises ressentent une évolution négative dans la relation avec leur banque, le plan d’urgence mis en place par l’etat semble loin de répondre aux appels des PME.

L es relations entre les PME et leurs banques se sont-elles dégradées avec la crise ? Ces derniers mois, alors que la crise financière commence à faire sentir ses effets sur l’économie réelle, les banques passent au scanner leurs portefeuilles client et remettent à plat leur politique de risque. L’été sera chaud pour les PME. Elles se battent avec leurs banques pour obtenir de quoi tenir pendant la crise. Elles font face à une chute de leur chiffre d’affaires. Leurs clients préfèrent ne pas s’encombrer de stocks.  Les considérant trop fragiles, les banques sont réticentes à leur accorder des lignes d’encours. Plus petites et donc plus fragiles, ce sont elles qui sont les plus menacées par la pression des banques. Et, pourtant, six mois après l’annonce d’un plan d’urgence, malgré le battage médiatique et la simplicité des mesures, les entreprises marocaines ne semblent pas très convaincues de ce dispositif. Peu d’entre elles ont manifesté un intérêt pour les mesures de ce plan. Pourtant, nombre d’entre elles connaissent des problèmes de trésorerie importants. A peine 500 à 600 entreprises ont déposé leurs dossiers. Les 2/3 des demandes adressées par les industriels à la commission chargée d’instruire ces dossiers portaient sur le volet social, plus précisément l’exonération des cotisations de la CNSS prévue sur une durée de six mois renouvelable. En revanche, seuls 15% des demandes concernaient le dispositif de financement des besoins en fonds de roulement adossé à la garantie de l’Etat. Sur les 93 entreprises qui en ont fait la demande, 70 ont obtenu l’accord pour la garantie de l’Etat. Solutions mal adaptées ? Manque de confiance ? Immobilisme ? En tout cas, alors que des entreprises ressentent une évolution négative dans leur relation bancaire, le mécanisme semble loin de répondre aux appels des PME. Entre les entreprises qui voient leur carnet de commandes fondre comme neige au soleil et des établissements bancaires soucieux de minimiser leurs risques, la situation est tendue. Mais comme deux enfants qui se chamaillent, les partenaires de ce jeu à somme nulle préfèrent souvent tenter de trouver des solutions de leur propre chef et appliquer le système D avant d’appeler au secours. Quitte à laisser la relation et la situation se dégrader… Pourtant, le «crédit crunch», ou rétrécissement du crédit, est dans la ligne de mire de Bank Al Maghrib.
La situation est telle que, pour certaines entreprises, l’état de leur trésorerie ne leur permet même pas  d’attendre le déblocage du crédit.  Les autorisations provisoires de découvert sont refusées. D’autres acceptent de céder à leur banque une partie de leurs factures pour ne pas se retrouver dans le rouge. Cette décision leur fait perdre toute la marge. Des banques sont accusées de saisir cette situation pour vendre d’autres services comme l’affacturage. Les banquiers s’en défendent, ils estiment qu’ils ne sont pas là pour financer des pertes. Il est vrai qu’à tout moment ils peuvent être incriminés de soutien abusif. Relations qui se détériorent, difficultés structurelles ou situation de détresse : pour les banques l’enjeu est d’arriver à faire la part des choses et de proposer des solutions pérennes. En temps de crise, il est normal que les banques soient attentives aux risques. Les entreprises ont parfois du mal à l’accepter. Le rôle des banques est complexe car elles doivent détecter les entreprises qui peuvent surmonter l’épreuve à laquelle elles sont confrontées et celles qui n’y arriveront pas. Avancé par la plupart des banques, l’argument de vigilance repose sur une réalité : la faiblesse des fonds propres des PME, véritable talon d’Achille à l’heure où le cash peine à rentrer.
Méfiance réciproque et absence de visibilité, les relations banques/entreprises se conjuguent toujours sur le mode de la défiance. Dans ce contexte où toute dérive, si elle se produit,  constituerait une véritable menace pour la croissance de l’économie, ne faut-il pas s’inspirer d’initiatives lancées ailleurs et qui donnent des résultats probants ? En France, la nomination d’un médiateur a permis de relancer l’offre de financement. La médiation du crédit est efficace lorsque la relation est rompue. Présentée comme une réponse de bon sens à un problème qui peut sembler simple, la médiation du crédit met surtout à jour la complexité de la crise tant pour les banques, soucieuses de restaurer leur image et leurs marges, que pour les entreprises, accaparées par leur souci de trésorerie. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce dispositif que l’on pensait relever de l’effet d’annonce et qui, finalement, a constitué une réponse efficace à une vraie problématique.