C’en est assez !

Que cela plaise ou non, disons-le sans détour, nous vivons dans un univers baigné d’obsessions -et peuplé d’obsédés !- sexuelles ! A l’instar du «tous pourris», on aurait envie de crier «tous malades» ! Pour s’en faire une idée, il suffit de se reporter au vocabulaire «fleuri» des ados et des jeunes gens, de même qu’aux remarques graveleuses dont sont gratifiées les jeunes filles dans la rue. Et puis ces agressions sexuelles qui n’en finissent pas de survenir

Ils se targuent de parler au nom du Très-Haut. Ils disent sanctifier son nom quand ils ne font que le salir. Ils osent venir déverser leur haine pathologique d’autrui sans respect aucun pour le lieu de paix et de miséricorde que doit être une maison de Dieu. C’en est assez de ces inquisiteurs à deux sous qui s’instituent redresseurs de tort alors qu’ils sont incapables de se redresser eux-mêmes ! Accusée de «conduite immorale», Nassima El Hor a fait l’objet d’invectives de la part d’un malotru qui officie comme imam dans une mosquée de Tanger. Si cette agression est la dernière en date contre une personnalité publique, elle n’est ni la première du genre, ni, malheureusement, la dernière. A intervalles réguliers, des énergumènes en mal de publicité se posent en commandeurs du bien et du mal et se mettent à jeter l’anathème sur qui a le malheur de leur déplaire. S’en prendre à Nassima El Hor la veille de la Journée internationale des droits de la femme peut difficilement être compris comme le fruit du hasard. En se choisissant cette cible, c’est à toutes les femmes qui existent par elles-mêmes et occupent l’espace public que cet individu s’est adressé, leur envoyant un message explicite quant à la célébration de leurs droits ! Nassima El Hor est une animatrice hors pair qui a su se faire sa place dans le petit écran et que les foyers marocains accueillent avec affection. Mais, en plus d’être une journaliste émérite qui prépare ses émissions avec soin, son physique de beauté arabe avec ses grands yeux noirs et sa peau laiteuse doit en rendre fou plus d’un. Dont, à ne pas en douter, cet imam de Tanger. Face à cette femme dont, comme beaucoup d’autres, il doit rêver en secret, il a dû nourrir une frustration telle que celle-ci s’est muée en féroce détestation, le poussant à venir éructer en pleine mosquée sur l’«immoralité» d’une figure médiatique des plus appréciées du public marocain. Nassima El Hor avait déjà vécu une première expérience traumatisante, il y a une dizaine d’années. Un soir de 2004, on sonna à la porte de son domicile. Quand elle eut ouvert, elle se retrouva face à trois barbus cagoulés et munis de sabre. Pointant leur arme sur elle, ils lui intimèrent l’ordre de se voiler… en même temps qu’ils lui déclaraient leur amour ! «Nous t’aimons, lui dirent-ils, mais si tu ne te voiles pas, ta famille et toi seront en danger». Tout est là, dans ce cocktail explosif de désir inassouvi, de frustration sexuelle, de colère dévorante et d’haine de l’autre. On secoue tout et il en sort ces fatwas distribuées à tout-va, fatwas à travers lesquelles des excommunications sont délivrées et des personnes exposées au risque d’une agression (ou d’un assassinat !) par le premier toqué venu. Pendant combien de temps encore la justice va-t-elle continuer à tolérer pareilles attitudes ! A quand une loi pour arrêter cette dérive démente? Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent dans ce sens, il serait temps de les entendre. Mais, ne nous leurrons pas. Si légiférer sur le sujet peut aider à calmer certaines ardeurs inquisitrices, il ne fera pas pour autant disparaître le phénomène. Pour ce faire, il faudrait s’attaquer à deux des mamelles majeures qui nourrissent celui-ci, à savoir la misère et la frustration sexuelle. Si l’on parle beaucoup de la première, la seconde n’est que peu évoquée. Or, dans cette société d’interdits et de tabous sexuels où nous vivons, son impact est terrible. Que cela plaise ou non, disons-le sans détour, nous vivons dans un univers baigné d’obsessions -et peuplé d’obsédés !- sexuelles ! A l’instar du «tous pourris», on aurait envie de crier «tous malades» ! Pour s’en faire une idée, il suffit de se reporter au vocabulaire «fleuri» des ados et des jeunes gens, de même qu’aux remarques graveleuses dont sont gratifiées les jeunes filles dans la rue. Et puis ces agressions sexuelles qui n’en finissent pas  de survenir. Rien que cette semaine, deux faits divers qui retournent le cœur : le viol à Dakhla d’une fillette de trois ans et demi et, à Sidi Slimane,  celui, collectif, d’une vieille dame de 96 ans ! Elle est où, «l’immoralité» ?