Casa Horizon 2010

La nécessité de la présence effective du Souverain pour un bon démarrage du projet Vision 2010 montre combien les dysfonctionnements institutionnels demeurent importants. Pour qu’un projet puisse voir le jour, il faut donc que le Souverain soit là  pour le suivre ! Ce n’est pas normal. Le fonctionnement du pays ne peut reposer sur les épaules d’un seul homme, aussi royales soient-elles !

Tapis rouge à la wilaya de Casablanca. Sur le perron, une foule de VIP se presse. Autorités locales, opérateurs économiques mais aussi artistes, journalistes, militants sociaux et autres acteurs de la société civile. On croise des visages amis peu coutumiers de ce type de lieu. Et de ce type de manifestations. La garde royale piétine sur place. Sous l’œil des caméras, va se célébrer en grande pompe la signature des accords de partenariat sur le développement urbain de Casablanca. Le Souverain, en personne, doit présider la cérémonie. Dans quatre ans, promis juré, les Casablancais auront leur métro, leur RER et leurs tramways. Ces transports en commun, attendus, comme Godot, depuis des lustres, devront être opérationnels à l’horizon 2010. On estime à près d’un million les usagers qui les emprunteront quotidiennement. C’est dire l’étendue du besoin !

Casablanca la frondeuse s’apprête à changer de peau. On la promeut, semble-t-il, à un nouveau karma. Le projet global de restructuration urbaine comporte plusieurs programmes sectoriels. Réaménagement du réseau routier de la ville, création de voies pour autobus et de passages souterrains, renforcement des signalisations, aménagement des points d’entrée et des périphériques mais aussi réhabilitation des espaces verts, des monuments historiques et création d’infrastructures culturelles et sociales. Avec une enveloppe budgétaire de 3,250 milliards de dirhams dédiée à ce projet, celui-ci devrait, en voyant le jour, permettre à Casablanca d’occuper enfin dignement son rang de capitale économique du Royaume.

Casablanca s’apprête donc à faire peau neuve. Cette fois-ci, il n’est plus question de projets fumeux condamnés à atterrir au fond d’un tiroir. La volonté politique de faire aboutir ce dernier-né est clairement exprimée. On ne peut que s’en réjouir. Les choses changent, nous dit-on. C’est incontestable. On le constate, en effet, sur bien des plans. Sur d’autres cependant, le sentiment diffus est celui de la persistance d’une intangible continuité. Lors de cette cérémonie, au-delà du public traditionnel des commis de l’Etat, ont été conviées des personnes connues pour leur engagement dans le champ économique, social et culturel. Connues aussi pour leur indépendance d’esprit et leur remise en question des schémas traditionnels. Voilà maintenant qu’on les invite à évoluer sous les lambris du pouvoir. Ce renouvellement des élites peut être considéré, de prime abord, comme un facteur positif. Mais tout dépend. Tout dépend des résultats auxquels il aboutira. En frayant avec le pouvoir, cette société civile va-t-elle aider à la propagation dans ses cercles des valeurs de modernité dont elle se dit porteuse ? Va-t-elle contribuer à changer le rapport gouvernant-gouverné dans le sens de l’Etat de droit ? Aura-t-elle cette force ? Ou, au contraire, ses membres, seront-ils laminés, comme tant d’autres avant eux, par le broiement de la machine impitoyable du pouvoir ? Certains détails, parfois infimes, indiquent combien celui-ci peine à se réformer. Le rôle de la société civile est de l’accompagner sur ce chemin sans se brûler les ailes à son contact.

Le lancement du projet Vision 2010 va valoir aux Casablancais d’avoir leur Souverain dans leurs murs pendant plusieurs mois. En effet, il se dit que Mohammed VI va veiller personnellement à la mise sur les rails des différents chantiers. Donc, de ce fait, être amené à séjourner longuement à Casablanca. Les Casablancais ne peuvent que s’en réjouir. Hormis les désagréments en matière de blocages occasionnels de la circulation, cela signifiera pour la ville un surcroît de propreté et de sécurité. Maintenant, la nécessité de la présence effective du Souverain pour un bon démarrage du projet montre combien les dysfonctionnements institutionnels demeurent importants. Pour qu’un projet puisse voir le jour, il faut donc que le Souverain soit là, en personne, pour le suivre ! Ce n’est pas normal. Le fonctionnement du pays ne peut reposer sur les épaules d’un seul homme, aussi royales soient-elles ! On bute à l’échelle nationale sur le même type de problème que celui rencontré à l’échelle de certaines entreprises. Cela ne marche que si le patron est là. Dans un cas comme dans l’autre, il y a péril en la demeure.