A quand la Journée internationale de l’homme ?

Il est temps de commencer à  réfléchir sérieusement à  l’instauration d’une nouvelle journée : la journée internationale de l’homme. On attend de lui qu’il change, qu’il renonce à  certains de ses privilèges, qu’il devienne gentil et dans le même temps qu’il continue à  "assurer" et à  être un roc insubmersible.

Comme chaque année, la gente féminine sera à l’honneur ce 8 Mars, journée internationale de la femme. Associations, supports de presse, responsables politiques, tout le monde va y aller de son couplet sur le sujet. A côté de la dénonciation des misères d’une condition toujours largement problématique, seront évoqués les avancées et les changements acquis à force d’opiniâtreté féminine. On parlera des petites bonnes, de la violence conjugale, on refera un énième bilan de la Moudouwana, histoire de voir ce qu’elle a permis de ce qu’il reste à faire. On évoquera aussi ces réussites éclatantes qui font oublier les destins tristounets. Dans les entreprises qui se veulent in, les dames seront accueillies par une jolie rose à leur arrivée le matin. Les femmes adorent recevoir des fleurs, aussi les DRH ne devraient pas lésiner sur le geste. Une rose, mais une belle rose, et le personnel féminin aura du cœur à l’ouvrage pour toute la journée. Mais en vérité, avec ou sans fleurs, les femmes, en règle générale, se manifestent par le sérieux dans le travail. Même si leur salaire reste en moyenne inférieur à celui des hommes, et ce, partout dans le monde, elles s’investissent dans ce qu’elles font et le font avec application. En dehors des congés de maternité (il faut bien que quelqu’un les fasse, ces enfants !) et des absences induites par la fièvre du petit qui monte juste le matin où un dossier important est à boucler en urgence, les patrons apprécient la présence de cadres féminins dans leurs équipes. Outre le côté agréable d’avoir un joli minois devant soi (pas toujours le cas, c’est vrai), ils savent d’expérience que miser sur des collaboratrices est rarement décevant. Dans certaines boîtes, la féminisation du personnel est d’ailleurs impressionnante. Mais, attention, cette bonhommie des hommes à l’égard des femmes ne se déploie que sous réserve de certaines conditions : que ces dames sachent «rester à leur place». Elles peuvent certes assumer des responsabilités mais jusqu’à un certain point. Faire bénéficier de leurs compétences, oui, prendre les commandes, non. Or c’est là que le bât commence à blesser. Car, et toutes les enquêtes le démontrent, les filles réussissent mieux dans les études que les garçons. Dès lors qu’elles sont dans le circuit scolaire (encore faut-il bien sûr qu’elles l’intègrent), elles sont proportionnellement plus nombreuses que leurs camarades de l’autre sexe à aller jusqu’au bout. Moins sujettes à l’échec scolaire, elles vont plus loin dans leurs études. Sur le marché du travail, elles deviennent ainsi de sérieuses concurrentes. Quand aux diplômes s’ajoutent le sérieux et l’efficacité, l’entreprise, tenue par l’obligation de résultats, n’hésite pas.

La percée des femmes ne se limite pas au monde du travail. Elle est tout aussi marquée sur les plans culturel et associatif. Le politique lui demeure encore à ce jour un espace suffisamment verrouillé pour que les hommes n’aient pas encore trop de sueurs froides. Mais là-aussi, sur le long terme, ils vont finir par s’inquiéter. Un détour par la communauté marocaine à l’étranger est très instructif. En Europe, de plus en plus de figures féminines issues de l’immigration émergent dans cet espace. Outre le phénomène Rachida Dati en France, en Belgique, la ministre de la culture est d’origine marocaine de même que de nombreuses élues. Si au niveau fédéral, à Bruxelles et en Wallonie, les parlements se sont ouverts à la diversité ethnique, la Flandre y reste frileuse. Or, sur les trois élus allochtones du parlement régional actuel, l’un s’appelle Yamila Idrissi, née dans le Rif et arrivée en Belgique en 1969. Avec des parents analphabètes, dans une Flandre où l’étranger est regardé avec suspicion, une directrice d’école qui, alors qu’elle a douze ans, s’étonne de la voir vouloir aller au lycée, «à quoi bon, à dix-huit ans tu seras mariée, alors tu ferais mieux d’apprendre à coudre», Yamila, à force de persévérance, est devenue avocate. Puis a été choisie par le SPA (parti socialiste flamand) comme tête de liste. Et a fait son entrée au Parlement en juin 2009. Pendant ce temps, les prisons belges regorgent de jeunes d’origine marocaine. Des garçons, dans leur immense majorité.

Ce 1er mars en France, une journée «24 heures sans immigrés» a été décrétée. «Les immigrés, les enfants d’immigrés et les citoyens conscients de l’apport de l’immigration en France» ont été invités à cesser pendant 24h de «consommer et/ou de travailler». Derrière ce boycott économique qui exprime le ras le bol de la stigmatisation des immigrés et vise à montrer la place qu’ils occupent dans l’économie du pays, qui trouve-t-on ? Une femme, Nadia Lambarki, journaliste franço-marocaine. On pourrait multiplier les exemples. Tout ceci pour dire la chose suivante : il est temps de commencer à réfléchir sérieusement à l’instauration d’une nouvelle journée : la journée internationale de l’homme. Ce pauvre homme en effet n’en peut plus. On attend de lui qu’il change, qu’il renonce à certains (beaucoup) de ses privilèges, qu’il devienne sympa, compréhensif, ouvert, gentil et dans le même temps qu’il continue à «assurer» et à être un roc insubmersible. Pendant ce temps, ces dames, qui veulent toujours le voir payer les additions et ouvrir les portières, grignotent tranquillement ses chasses, anciennement, gardées. Alors, oui, une Journée internationale de l’homme, cela devient une urgence. A quand une pétition dans ce sens ?