A la recherche du poil perdu

C’est très souvent aux embouteillages que certaines radios doivent leur auditoire aux heures de pointe. Comment faire autrement qu’écouter tel animateur allumé se confondre en inepties dans un mélange hallucinant d’une darija indigente et d’un français en haillons ? Le pire c’est que l’on a beau enclencher la recherche automatique, c’est souvent aux mêmes automates vocaux que l’on a affaire, notamment sur les ondes dites libérées. Libérées de quoi ? On se le demande.

C’est très souvent aux embouteillages que certaines radios doivent leur auditoire aux heures de pointe. Comment faire autrement qu’écouter tel animateur allumé se confondre en inepties dans un mélange hallucinant d’une darija indigente et d’un français en haillons ? Le pire c’est que l’on a beau enclencher la recherche automatique, c’est souvent aux mêmes automates vocaux que l’on a affaire, notamment sur les ondes dites libérées. Libérées de quoi ? On se le demande. On passera sur la dernière vanne républicaine et fantasmatique émise sur Mars. Il est vrai que lorsqu’on vient d’une autre planète, on ne peut pas tout savoir sur les us et coutumes moyenâgeux de nos autres terriens vivant sous des tentes, l’humour terre à terre et végétant dans l’ignorance totale des mots pour rire et de la bonne vanne.

Si on excepte le bruit que fait la musique, ou ce que l’on fait passer pour telle, que reste-t-il à écouter sur certaines stations ? Tout et n’importe quoi mais surtout les appels des auditeurs. Si le téléphone et notamment le mobile n’existaient pas, il n’y aurait alors que du blanc dans nombre d’émissions. Du vide quoi. Un nouveau concept radiophonique où le contenu écouté est fabriqué par ceux qui l’écoutent. Derrière cette interactivité bidon, il y a le beurre que l’on se fait sur le dos des auditeurs avec la complicité technique des opérateurs et la technicité complice des intermédiaires de la téléphonie. Il ne faut pas s’étonner que tout soit donc téléphoné : les questions, les réponses, la culture, l’économie et les infos qu’il vous faut.

Tenez, ce programme de quiz culturel sur une radio dont on taira le nom par charité journalistique. Le préposé dudit programme reçoit un appel ou le suscite, maâlinach. Bonjour Si f’lane, bonjour Si fertellane, salamalecs d’usage, etc., le tout en darija dans le texte. Méééziane. La question qu’il asséna à son interlocuteur et à nous autres auditeurs tombe pile poil avec  un embouteillage, ce qui nous a permis de partager avec vous ce grand moment éducatif. Ecoutez bien : «Sur le corps humain, énonce l’animateur, il y a des parties où poussent des poils. Mais, il y un poil dont la résistance est égale à celle d’un fil de cuivre. Dans quelle zone se situe ce poil ultra résistant et, je le répète encore car c’est important, aussi résistant qu’un fil de cuivre». Vlan !! Assommé, l’auditeur à l’autre bout du fil ou du portable ne comprend pas très bien où le gars veut en venir. Et il n’est pas le seul, car on n’a pas besoin d’avoir nécessairement l’esprit mal tourné pour penser à ce que vous croyez, c’est-à-dire à la même chose que ce pauvre auditeur. La différence est que le compteur tourne pour lui et en prenant du temps pour réfléchir, il est en train, en direct, de niquer son crédit, en plus de sa crédibilité. Sans rire, c’est plus fortiche que le sketch sur le Schmilblick de Coluche et Guy Lux, non ? Plus fort et plus rigolo, car la discussion que je viens de retranscrire de mémoire est en darija. Alors imaginez la charge sémantique en arabe du mot poil que l’animateur a essayé d’atténuer par le diminutif «chouaïra» : «Fina jiha tatkoun hadik chouaïra ?» On a été certainement nombreux à suivre les péripéties d’une grande amplitude intellectuelle de cette émission. Non  par voyeurisme, puisqu’on ne voyait rien et c’est tant mieux, mais, disons par curiosité culturelle. Magnanime ou prudent, car le truc pouvait déraper à chaque instant, l’animateur a rappelé à son interlocuteur qu’il peut disposer d’un joker et demander, par élimination, trois zones. Ce qu’il a fait et nous n’avons eu droit alors qu’à trois parties. Les autres peuvent aller se rhabiller, en somme. Ce qui nous donne : La barbe ? La tête ? ou les aisselles ? Que du soft, ouf ! On a dû avoir chaud à la régie. Mais pendant que l’auditeur cherchait le poil et moi un crayon pour prendre des notes, on a diffusé une petite chansonnette, histoire de remettre de l’ambiance. Puis j’ai perdu soudainement la station à cause d’une mauvaise manipulation et voilà pourquoi je demeure jusqu’à aujourd’hui dans l’ignorance crasse quant à ce poil perdu aussi résistant qu’un fil de cuivre. 

C’est une des raisons qui m’ont poussé à rédiger cette chronique, à la fois pour partager des connaissances, mais également  pour dire que l’on n’a pas besoin de faire des vannes pourries dans certaines stations pour se poiler avec les potes. Il n’y a qu’à tendre l’oreille. Quant à la question du poil résistant, il serait étonnant que la bonne réponse soit dans la tête ou sous les aisselles. Maintenant, il reste à ceux qui ne peuvent résister à cette question existentielle de prendre un fil de cuivre puis de tirer, pour comparer, sur un poil d’un barbu de leur connaissance. C’est plus prudent et on en trouve de plus en plus par les temps qui courent.