Les syndicats recrutent davantage de cadres en temps de crise

Les difficultés du syndicalisme ne concernent pas seulement le Maroc, elles sont mondiales. Les cadres dirigeants, qui s’identifient aux employeurs, cherchent à  défendre leurs intérêts individuellement. Les autres catégories de cadres sont en quête de moyens de défendre leurs acquis, notamment en adhérant aux syndicats.

Travailleurs et cadres d’entreprises font de moins en moins confiance aux syndicats qu’ils qualifient de faibles et peu crédibles.Omar Benbada, conseiller en relations professionnelles, analyse la situation des syndicats au Maroc et les possibilités de développer un syndicalisme efficace répondant aux besoins de toutes les catégories sociales. n La Vie éco : Pouvons-nous dire que la mondialisation est à l’origine de l’affaiblissement des syndicats ?

Omar Benbada : Il est clair que l’environnement économique et social s’est complètement transformé. Nous assistons aujourd’hui à un changement effréné et radical qui touche toutes les catégories sociales. Le Maroc, en tant que société conservatrice et traditionnelle, avec une économie protégée, a été secoué par la mondialisation et en a subi les effets les plus pervers.

Les syndicats n’ont pas été épargnés par ce vent de changement et la situation des travailleurs marocains est également touchée. Mais, dans le cadre de ce changement, on a l’impression qu’au Maroc on ne suit pas cette tendance de globalisation au rythme et avec la réactivité nécessaires.

Il me semble que nous n’avons pas encore pris conscience de la nature et de l’ampleur du changement que nous subissons.
Il est donc important de revoir nos stratégies et nos approches de travail.

Cela signifie-t-il que la perte de crédibilité des syndicats est propre au Maroc ?
Certes, on parle de plus en plus de perte de crédibilité, de baisse de la force de pression et de persuasion chez les syndicats marocains. Mais, parler de perte de crédibilité uniquement pour les syndicats serait injuste. Il faut analyser la situation dans son contexte global. Même les Etats, aujourd’hui, n’ont plus les mêmes droits et les mêmes pouvoirs qu’auparavant. Prenez le cas de l’Europe : l’Etat est quasi inexistant et ce sont les lois européennes, pour ne pas dire les lois internationales, qui priment.

En réalité, la perte du pouvoir, de la force de proposition et de pression touche à la fois les Etats, les partis politiques, les instances gouvernementales et les ONG et pas les seuls syndicats. Au Maroc, on peut faire le même constat. n Quelle est la meilleure manière de s’adapter aux changements que vous avez évoqués ?

Nos syndicats gagneraient beaucoup à comprendre que le champ syndical s’élargit. Face à la mondialisation du capital, il est important pour le syndicalisme d’être fort et de penser à la mondialisation de la solidarité, à la mondialisation de la proximité et de la responsabilité sociales.

Il y a des forces à travers le monde qui parlent de développement durable, de solidarité, de défense de l’environnement…, il faut que nos syndicats s’impliquent avec ces forces internationales et s’ouvrent davantage sur elles pour contrebalancer les forces du capital pur et dur qui ne s’intéressent qu’aux intérêts traditionnels du capitalisme. n Au Maroc, quand on parle de syndicat, on pense davantage au personnel non cadre. C’est comme si les cadres n’étaient pas concernés. Pourquoi ?

Généralement, au Maroc, on a l’impression que les doléances et les revendications des cadres ne sont pas prises en compte dans la stratégie des syndicats. Il est vrai que si on se réfère à l’histoire du syndicalisme, né dans les pays industrialisés, on sait que les syndicats ont été créés, à l’origine, pour défendre les intérêts de la masse des prolétaires. Si cette façon de voir les choses est dépassée aujourd’hui dans les pays développés, malheureusement, elle perdure encore dans les pays en développement comme le Maroc, où l’on milite toujours pour la défense des droits fondamentaux du travail (interdiction du travail forcé, lutte contre le travail des enfants et l’exploitation des femmes, augmentation du Smig, protection sociale, etc.).

Dans les pays développés, le taux d’adhésion des cadres aux syndicats est très important et il existe même des syndicats spécifiques à certaines catégories de cadres. n Pensez-vous que les cadres sont sous-syndiqués au Maroc? Si oui, comment peut-on l’expliquer ?
Chez nous, le taux de syndicalisation des cadres est faible. Au Maroc, une certaine catégorie de cadres s’identifie aux employeurs et arrive à obtenir des avantages par ce biais. Mais ce n’est pas juste pour tous les cadres et ce n’est pas toujours juste. Il faut faire la distinction entre les cadres dirigeants et les cadres non dirigeants.

Généralement, ce sont les cadres dirigeants qui s’identifient aux employeurs et ne cherchent pas à adhérer aux syndicats car ils se sentent protégés et jouissent de nombreux avantages. En revanche, dans les grandes entreprises, nombre de cadres non dirigeants sont en quête de moyens de se défendre et de protéger leurs acquis, les syndicats entre autres.

Autre observation : quand l’entreprise est en phase de croissance, les cadres profitent des avantages de la croissance et s’intéressent peu au syndicat. Toutefois, dans une conjoncture de crise, beaucoup craignent pour leur situation et cherchent la protection des syndicats.

Ce qu’il faut savoir, aujourd’hui, c’est que beaucoup de conventions collectives signées entre syndicats et entreprises ont bénéficié non seulement aux simples salariés mais également aux cadres d’entreprise.