Au Royaume
Un dirigeant reste en moyenne quatre années et demie au même poste
La mobilité a repris de plus belle avec un niveau jamais atteint en 2021. Aujourd’hui, sur 100 recrutements, 74 sont réalisés en externe contre 26 en interne. Carrière, rémunération, projections futures et motivations, voici ce qui anime les cadres dirigeants.
Depuis quelques années, la tension sur les cadres dirigeants ne fait que s’intensifier. Un marché de l’emploi de plus en plus difficile, une exigence sur le processus de recrutement plus longue et plus coûteuse, une période Covid avec tous ses aléas et pourtant les cadres dirigeants restent ouverts à la mobilité. Un dirigeant reste en moyenne quatre années et demie au même poste. C’est ce qui ressort de la dernière enquête du cabinet de recrutement IBB Executive Search sur la mobilité des cadres dirigeants. Il s’agit de la deuxième édition de cette étude après celle de 2015.
Cette forte mobilité est expliquée par l’arrivée de nouveaux opérateurs, les opérations de fusion-acquisitions mais aussi par le développement de nouveaux secteurs comme l’aéronautique, l’automobile, l’énergie…, durant ces deux dernières décennies. Sur ce marché bien animé, le secteur des biens de consommation, déjà bien établi au Maroc, a été un pourvoyeur de talents pour tous les autres secteurs, ce qui montre que les entreprises cherchent à acquérir le savoir-faire de ses dirigeants.
Globalement, l’étude montre qu’après la crise Covid, la mobilité a repris de plus belle avec un niveau jamais atteint en 2021. Aujourd’hui, sur 100 recrutements, 74 sont réalisés en externe contre 26 en interne. Cela démontre que les cadres dirigeants privilégient de nouvelles expériences, notamment en opérant dans de nouveaux secteurs.
Du côté de l’entreprise, cette dynamique s’explique par deux raisons, d’abord pour renforcer leurs comités de direction (DG, DAF, DRH, etc.) avec des profils expérimentés mais aussi de nouvelles expertises (transformation, e-commerce, excellence opérationnelle, recherche & développement…). Ensuite, pour opérationnaliser les changements induits par la crise : production «Made in Morocco», lancement d’activités e-commerce, relocalisation des centres d’achats, optimisation de la chaîne d’approvisionnement…
Forte mobilité dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie
A titre d’exemple, les taux de mobilité ont été plus significatifs dans les secteurs de l’énergie (23%) et de l’industrie (22%) où des méga projets renforcent leur attrait (énergies propres, écosystème automobile, etc.) Le secteur des biens de consommation enregistre également un taux de mobilité important (22%) car il reste une source de recrutement pour les autres secteurs qui cherchent à acquérir le savoir-faire de ses dirigeants.
En revanche, la crise sanitaire a pénalisé le secteur du tourisme qui a enregistré un faible taux de mobilité (seuls 10% des dirigeants du secteur ont fait une mobilité externe et/ou interne depuis 2000).
Comparativement à 2015, la mobilité dans le secteur des technologies a chuté. C’est le secteur qui a connu le moins ce phénomène du turnover. Le taux de mobilité y est passé de 31% à 19%. Cela peut notamment s’expliquer par le fait que le secteur s’est stabilisé et qu’aucun nouvel acteur n’est entré depuis 2015.
Parmi les fonctions les plus mobiles, l’étude de 2022 montre que les PDG, DGA et SG restent sollicités sur le marché. Pendant la crise sanitaire, les entreprises ont continué à renouveler leurs Directions Générales pour pérenniser leurs activités et ajuster leurs stratégies. La Direction Commerciale arrive en deuxième position. En contexte Covid, ils ont connu une baisse d’activité puis ont dû s’adapter à de nouvelles façons de vendre, parfois sur de nouveaux marchés. Les Directeurs Production ferment le trio de tête. Par le passé, ils ont été sollicités pour participer à l’émergence d’écosystèmes d’envergure (automobile, aéronautique). En 2020, une banque de projets industriels a été lancée ; elle structure les chantiers à venir. 
Le lancement de nouveaux chantiers à forte valeur ajoutée (écosystème biotech, unité de production de vaccins, etc.) et la promotion d’une production «Made in Morocco» sur un certain nombre de biens jusqu’alors importés renouvellent l’attrait de cette fonction.
Un dirigeant sur deux veut changer d’entreprise
Par ailleurs, d’après l’enquête, les dirigeants confirment que la mobilité se maintiendra, quelle que soit la conjoncture économique à venir.
La moitié des dirigeants (50%) se disent prêts à changer d’entreprise dans les 2 à 3 prochaines années. Ces résultats sont nettement moins marqués qu’en 2015 où trois dirigeants sur quatre étaient disposés à quitter leur entreprise. La volonté de changer reste donc présente mais moins pressante. Parmi les motivations de changement, les dirigeants cherchent d’abord à faire évoluer leur carrière (57%), leur rémunération (45%), à découvrir un nouveau secteur/ environnement (44%) ou à intégrer une entreprise ayant une gouvernance et/ou un mode de management plus solide (43%).
Enfin, l’enquête montre que près de 80% des dirigeants ont été approchés pour des mobilités externes à raison de 4,3 fois au cours des 3 dernières années, soit une fois tous les 8 mois. Sauf que l’essai et le taux de recrutement (nombre de recrutements/nombre d’approches) ne dépasse pas 12,2%. En d’autres termes, neuf dirigeants sur dix approchés ne sont finalement pas recrutés. Les dirigeants sont effectivement de plus en plus exigeants quant à la qualité des opportunités proposées et les entreprises sont également plus sélectives. Les dirigeants de multinationales sont légèrement plus difficiles à recruter que les dirigeants d’entreprises marocaines.
Parmi les qualités recherchées chez ces profils, d’abord être visionnaire (dans 57% des cas), être capable de gérer le changement et à conduire les transformations (55%) et enfin disposer du leadership et l’influence auprès des équipes (54% des cas).