Au Royaume
Transition énergétique. Le Maroc à l’heure des grandes mutations vertes
Le Royaume accélère ses projets solaires, éoliens et d’hydrogène vert. Derrière les grands acteurs publics ou privés émerge aussi une génération d’innovateurs à l’instar des start-up qui repensent l’énergie à l’échelle locale.
Le vent, le soleil et la course au stockage ont redessiné la géopolitique de l’énergie.
À l’échelle mondiale, les grandes directions sont claires : montée exponentielle des capacités renouvelables, décrochage progressif des investissements dans les énergies fossiles en Europe et en Amérique du Nord et arrivée sur le devant de la scène de technologies de flexibilité (batteries, hydrogène vert, systèmes de gestion intelligente des réseaux).
Mais la transition n’est ni linéaire ni uniforme : elle conjugue investissements massifs, ruptures technologiques, parfois décevantes, et concessions politiques.
Là où certains pays accélèrent leurs feuilles de route vers la neutralité carbone, d’autres héritent d’infrastructures lourdes et d’intérêts industriels qui ralentissent la mutation.
Le résultat : une période charnière où l’opportunité économique se conjugue à la nécessité climatique.
Pour les entreprises, la question n’est plus seulement de réduire l’empreinte, mais de repenser le modèle.
Les grands énergéticiens mondiaux multiplient les co-investissements dans les fermes solaires, éoliennes et dans les hubs d’hydrogène, tandis que des champions de la technologie proposent des solutions de «virtual power plant» et d’optimisation de la demande.
Les marchés s’organisent autour d’un mot-clé : résilience, produire propre, mais produire au bon moment et au bon prix.Le Maroc occupe une place singulière dans ce nouveau paysage.
Il a fait des renouvelables une priorité stratégique : ambition de déployer une part significative d’énergies propres dans son mix énergétique, accompagnée d’un renforcement des infrastructures réseau et d’un cadre pour l’autoproduction.
Au cœur de cette politique se trouve une figure publique souvent citée comme l’articulatrice de cette vision : Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, qui porte la feuille de route gouvernementale et représente le Maroc dans les grandes enceintes internationales.
Attractivité pour les investisseurs
Sur le terrain institutionnel et opérationnel, le Maroc mise sur un écosystème d’acteurs publics et privés. Masen (Moroccan Agency for Sustainable Energy) reste le chef d’orchestre des grands projets solaires et d’investissement dans les renouvelables, avec des objectifs ambitieux pour augmenter la part des EnR dans la capacité installée du pays et développer de nouvelles filières comme l’hydrogène vert.
Cette stratégie cherche à concilier souveraineté énergétique et attractivité pour les investisseurs.
Côté privé, Nareva illustre la transformation: ancien acteur centré sur des actifs conventionnels, le groupe s’est imposé comme un leader privé des parcs éoliens et solaires au Maroc, développant une capacité significative et participant à des partenariats public-privé majeurs.
Son portefeuille de parcs illustre la montée en puissance des producteurs privés dans la fourniture d’électricité verte au marché national et industriel.
Mais la transition passe aussi par le renforcement des infrastructures. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a lancé des plans d’équipement et de modernisation pour intégrer massivement les énergies renouvelables au réseau, améliorer la flexibilité et sécuriser l’acheminement – un impératif quand on sait que la variabilité des EnR exige un réseau plus intelligent et plus résilient.
Ces chantiers, parfois soutenus par des financements internationaux, visent à éviter que le développement des fermes solaires et éoliennes bute sur des goulots d’étranglement de transport et de stockage.
Au-delà des géants, l’innovation marocaine se joue aussi dans la petite échelle, notamment les start-up locales qui réinventent les usages.
Sand to Green, par exemple, incarne une réponse originale : par l’agritech et la restauration de sols dégradés combinées à des techniques d’irrigation durable, cette jeune pousse transforme des terres arides en projets agricoles résilients, contribuant à la séquestration du carbone et à la sécurité alimentaire locale, deux enjeux désormais indissociables de la transition énergétique.
Son succès récent sur la scène des concours deeptech illustre la mobilisation d’acteurs natifs autour de solutions à la fois climatiques et socioéconomiques.
Si le Maroc progresse, des défis demeurent. La dépendance aux combustibles fossiles pour certains usages, la nécessité d’harmoniser politiques publiques et incitations financières, et la gestion des impacts sociaux des réorientations industrielles exigent une gouvernance fine.
D’un côté, la décentralisation et l’autoproduction ouvrent des opportunités (entreprises, collectivités, citoyens producteurs), de l’autre, elles réclament des règles et des garanties pour éviter la fragmentation et des inégalités d’accès.
Les débats sur le choix technologique (par exemple l’avenir de la concentration solaire thermodynamique versus le photovoltaïque accompagné de stockage) montrent que la transition est aussi une question d’arbitrage technique et économique.
En somme, la transition énergétique mondiale avance à deux vitesses : accélération technologique et financière d’un côté, inerties structurelles de l’autre.
Le Maroc illustre bien ces dynamiques, oscillant entre grandes ambitions publiques, positions fortes d’opérateurs nationaux et privés (Masen, Nareva, ONEE) et émergence d’une scène d’innovation locale (Sand to Green et autres).
La réussite dépendra de la capacité à conjuguer investissement, régulation claire et inclusion sociale.
