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Transferts des MRE : Au-delà d’un phénomène conjoncturel

Les envois de fonds des MRE vers leur pays d’origine dépassent toutes les prévisions. Le volume maintient sa tendance haussière, même en dehors de l’élan de solidarité qui s’exprime lors de chocs internes ou externes qui frappent le Maroc.

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Les transferts de fonds des MRE battent record après record. Le volume oscillait autour de 65 milliards de dirhams entre 2017 et 2019. À partir de 2020, les transferts ont monté en flèche, avec chaque année un nouveau sommet : 68,2 milliards de dirhams en 2020, 93,7 milliards en 2021, 110,7 milliards en 2022 et 115 milliards en 2023. Ce qui équivaut aux exportations automobiles, qui se sont chiffrées en 2023 à 114 milliards de dirhams, et dépasse de loin les écoulements du secteur agricole et agroalimentaire qui ont atteint 83 milliards.

C’est un volume des plus importants que les Marocains reçoivent chaque année de la diaspora installée à l’étranger et qui exprime son attachement indéfectible au pays d’origine. Cet élan a été amorcé pendant la crise sanitaire, où les MRE se sont montrés solidaires avec leurs familles et proches, et ce, en dépit des lourdes répercussions de cette crise sur l’économie mondiale. Les pertes de millions d’emplois et de revenus, notamment en Europe qui abrite l’essentiel de la communauté marocaine à l’étranger, n’ont pas entamé le rythme des transferts. Ces pertes ont, au contraire, renforcé la solidarité des MRE vis-à-vis de leurs proches et pays. D’ailleurs, les Marocains se montrent davantage unis, lors de la survenance d’un choc interne ou externe. L’autre exemple frappant est le tragique tremblement de terre qui a frappé la région d’Al-Haouz le 8 septembre 2023. Les MRE ont été généreux en octroyant des dons aux sinistrés.

8,7% du PIB en 2023
Cela dit, ce phénomène n’est pas conjoncturel. Même pendant les années où aucun évènement ne survient au Maroc, le volume de ces transferts ne fléchit pas, maintenant sa tendance haussière. Ce qui a titillé la curiosité des équipes de Bank Al-Maghrib. Avec le ministère des Finances, l’Administration des impôts, le GPBM et l’Office des changes, la banque centrale a constitué une commission d’étude pour évaluer les raisons derrière cette hausse remarquable du flux des transferts des MRE. Une étude est donc en train d’être menée afin d’aboutir à l’ensemble des facteurs qui maintiennent cette croissance. Avec ces niveaux élevés de fonds transférés, le Royaume se distingue ainsi dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, en s’adjugeant la 2e position des pays bénéficiaires des envois d’argent. La première position revient à l’Égypte qui est à un niveau de 19,5 milliards de dollars. Directement derrière le Maroc, le Liban se place en 3e position avec 6,7 milliards de dollars, la Jordanie avec 4,5 milliards et la Palestine avec 3,6 milliards. En termes de PIB, le Maroc est en 4e position, devant la Jordanie, la Palestine et le Liban, avec respectivement 8,2%, 8,8%, 18,8% et 30,7%.

Par pays d’origine des fonds, c’est l’Europe qui se taille la part du lion, notamment la France et l’Espagne qui abritent la plus grande communauté avec respectivement 1,5 million et 850.000 Marocains installés. La répartition géographique des fonds démontre alors que 45% des transferts proviennent de la France, 20% de l’Espagne, 16% de l’Italie, 11% de l’Arabie saoudite et 9% de tous les autres pays d’accueil. La tendance haussière des transferts des MRE devrait se poursuivre. Lors du dernier conseil, BAM estime qu’ils devraient atteindre 117,5 milliards de dirhams à la fin de cette année, en hausse de 1,9%, pour augmenter de 5,3% en 2025 à 123,7 milliards. À fin mai de cette année, ils sont déjà à 46,5 milliards, en augmentation de 2,4% par rapport à la même période une année auparavant.