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Taoufik Kamil : «Les prix de l’immobilier ne peuvent aller plus bas»

L’activité immobilière se réduit comme peau de chagrin. L’inflation, la réduction du pouvoir d’achat et le renchérissement des prix des matériaux de construction ont eu raison d’un secteur déjà en crise depuis plusieurs années.

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La Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI) appelle à davantage de concertation entre l’autorité de tutelle et les opérateurs privés pour mettre en place un dispositif réussi, au profit de la classe sociale et moyenne. Explications du président de la FNPI.

Le secteur de l’immobilier agonise-t-il vraiment? Au-delà des logements sociaux, comment se porte le segment du moyen et du haut de gamme ?
L’activité se réduit de mois en mois. Les chiffres sont parlants tant au niveau de la consommation du ciment que des matériaux de construction en général. Cela est attesté également à travers la baisse des mises en chantier et des autorisations de construire de 50% en moyenne, selon nos derniers chiffres. Il faut savoir que la production de logements était de 300.000 unités en 2011 et nous sommes aujourd’hui autour de 100.000 unités produites par année. Cela dit, le peu de logements sociaux encore en cours de réalisation reste prisé, y compris par la classe moyenne.

À côté, la hausse des taux d’intérêts combinée à l’inflation a provoqué comme prévu un recul du pouvoir d’achat des consommateurs. Ce qui se répercute immédiatement sur les ventes de logements qui en ressortent largement en baisse. D’autant qu’ils ne sont plus considérés comme une priorité vitale pour les citoyens. Mais en face, les prix sont comprimés au maximum et ne peuvent aller plus bas. Bien au contraire, on constate même une augmentation des prix de vente des logements suite à l’inflation et aux taxations annexes (des communes pour le permis d’habiter et pour les évacuations des gravas, ainsi que pour les régies) qui continuent d’augmenter. La situation est telle que le gap entre l’offre et la demande continue de s’enfoncer, avec un pouvoir d’achat qui ne cesse de se détériorer.

À quoi est due cette situation concrètement ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, à l’instar de la cherté du foncier, la hausse continue des taxations, ajouter à ceux dont nous avons parlé avant, à savoir la hausse des prix des matériaux, la croissance des taux d’intérêt bancaires, l’inflation, la baisse très sensible du pouvoir d’achat…

Les intervenants publics doivent bien prendre conscience que le secteur du bâtiment est en difficulté, et ne peut absolument plus supporter toutes les taxations annexes qui s’y ajoutent de plus en plus et qu’au final se répercutent sur le citoyen qui n’a pas les moyens de les payer. Tous ces facteurs alimentent cette crise de plus en plus aiguë.

Quelles solutions proposez-vous pour le redressement de cette situation ?
Elles sont multiples et variées et à actionner simultanément et non une par une. Nous les avons évoquées et répétées depuis bien longtemps. Elles sont du ressort des autorités publiques, essentiellement. Il s’agit ainsi de mettre en place de nouveaux dispositifs urbanistiques pour réduire le coût du foncier, analyser avec les producteurs locaux de matériaux de construction afin de saisir les raisons des hausses du coût de ces produits dans notre pays par rapport aux pays limitrophes et négocier des ristournes bancaires pour les intérêts des primo-accédants. En parallèle, les autorités devraient produire du foncier viabilisé par un organisme public dans des zones ciblées et faire des partenariats public-privé pour produire des logements à prix fixes.

A côté de tout cela, il faudra faciliter l’investissement par des procédures administratives réellement simplifiées à tous les échelons et réduire les taxes et droits parafiscaux, tels que ceux des agences urbaines, des communes, de la protection civile, des régies, des droits d’enregistrement et de la conservation foncière, qui alourdissent de façon considérable les coûts des biens produits et qui sont, il faut bien le rappeler encore une fois, répercutés au final sur le consommateur. Ceci constitue maintenant un frein pour le secteur et même une entrave pour l’économie nationale au vu de l’imbrication de tous les intervenants du secteur et de son poids dans l’économie nationale.

Vous aviez annoncé la création d’une centrale d’achat des matières premières pour réguler le marché et permettre son approvisionnement au juste prix. Où en est ce chantier ?
Les études sont toujours en cours pour la mise en place de cette centrale, qui demande beaucoup de temps et de planification. Des contacts sont établis avec des partenaires étrangers (y compris africains) pour cela. Il s’agit de mettre en place un dispositif viable et à long terme.

Maintenant que le cadre est dessiné, quel avenir prévoyez-vous pour le secteur ?
Nous restons optimistes. C’est un secteur fondamental de notre économie de par sa contribution au PIB et en matière d’emplois pour tout l’écosystème. Les autorités sont bien conscientes des difficultés rencontrées actuellement. Nous gardons espoir qu’une gouvernance planificatrice et visionnaire va intelligemment mettre en place les modalités adéquates pour cette relance qui passe obligatoirement par des actions énergiques sur les points évoqués précédemment.

La FNPI a toujours été active pour donner ses meilleurs conseils et sa vision pour plus de vitalité à notre secteur. La demande en logements est toujours là mais l’offre doit satisfaire une demande d’acquéreurs avec un pouvoir d’achat réduit. Nous rappelons que la mise en place des logements sociaux à 250.000 DH HT, qui a été un énorme succès, par la réalisation de 600.000 unités à plus de 90 % par le privé, a résulté de la collaboration active entre la FNPI et le gouvernement de l’époque. Nous sommes disposés à intensifier notre collaboration et notre expérience afin de développer ce secteur, dans l’intérêt de la croissance de notre économie nationale et de l’emploi.