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Salah Eddine Benhammane : «Améliorer la connectivité d’Agadir avec le reste du monde»

Le président du Conseil régional du tourisme d’Agadir Souss-Massa dresse l’état des lieux du secteur dans la destination. Pour lui, l’évolution de l’activité est à confirmer par une mise à niveau des unités hôtelières vétustes et un développement de l’aérien.

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Pour le représentant des professionnels du tourisme dans la région, la destination se porte bien. «Les statistiques sont meilleures par rapport à 2023. La progression est importante par rapport à l’an dernier et intéressante comparativement à l’année de référence qui est 2019», souligne-t-il. Et le meilleur est à venir avec les projets structurants futurs. Entretien.

 

À Agadir comme à Taghazout, les indicateurs du tourisme sont en progression. Mais cela ne profite toutefois pas à tous les hôtels de la destination. Pour quelles raisons ?
Honnêtement, cela a toujours été le cas. Dans la destination, il y a toujours eu des hôtels qui enregistrent des taux d’occupation de 95%, tandis que des unités hôtelières tournent autour de 10 ou 15%. Cela relève de la qualité du produit. Les bons produits affichent des scores très honorables qui dépassent les 60%. Les unités hôtelières marquées par des problèmes structurels affichent des taux déplorables et il va falloir qu’elles se remettent en question pour profiter des perspectives à venir.

Donc le problème de l’activité à deux vitesses dans la destination est d’origine endogène ?
Les acteurs du privé doivent en tout cas prendre conscience de l’intérêt d’investir pour mettre à niveau leur produit et c’est le moment de le faire, car nous sommes dans une conjoncture favorable. Agadir est en train de s’embellir grâce au programme de développement urbain et à l’action et la mobilisation des acteurs publics de la ville. Celle-ci est en train de se métamorphoser et il faut être en phase avec ce développement.

Où en est la feuille de route touristique d’Agadir Souss-Massa ?
Le contrat d’application régional a été signé en juin, dans le cadre du déploiement de la feuille de route du tourisme. C’est un portefeuille englobant 15 projets. La déclinaison sur le terrain va bientôt se faire. La signature du document est un engagement de part et d’autre, mais le travail a bel et bien commencé. Il y a des choses qui rentrent dans le cadre du programme de développement régional et du programme de développement urbain. Ainsi, une partie des actions à entreprendre est déjà exécutée.

Quels sont, selon vous, les projets qui vont transformer la destination ?
La destination a déjà commencé sa métamorphose. Le PDU est à près de 80% de réalisation. Tout ce qui est voiries et jardins est visiblement quasi achevé et la ville est ainsi plus agréable à vivre. C’est aujourd’hui une cité moderne. En termes d’attractions, il y a des projets qui ont été réalisés et aujourd’hui en activité, tel le téléphérique. Il y a encore d’autres projets qui arrivent, tel le projet d’Aqua Land et l’aménagement de la zone Inbiaât, ainsi que la mise à niveau des installations de la plage et l’amélioration de sa gestion. Ceci est un élément essentiel, car nous sommes dans une station balnéaire. Tous ces projets sont importants pour l’activité touristique, car ils vont renforcer l’animation de la ville et tirer la destination vers le haut. Il y a aussi, sur le plan de mobilité, le Bus à haut niveau de service pour bientôt. Tous ces éléments concordent à faire de la destination Agadir une ville moderne qui épouse son temps.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités ?
Notre priorité, c’est bien sûr la vocation du CRT qui consiste en la promotion touristique de la destination. Nous faisons donc toujours un focus sur la promotion de la ville pour mieux la faire connaître à l’échelle nationale comme à l’international. Le développement du digital dans l’acte de promouvoir la destination est dans ce contexte très important. C’est un dossier sur lequel la ville travaille en étroite collaboration avec l’ONMT pour rendre l’accessibilité numérique de la ville à la portée de tous à travers le monde. La promotion du produit est cependant liée à d’autres éléments. Pour mettre en avant un produit, il faut aussi régler son accessibilité, c’est-à-dire sa connexion avec le monde. Dans ce contexte, je voudrais rappeler l’effort qui a été fait par la région en soutenant le renforcement de la desserte aérienne Air Arabia entre Agadir et Rabat. Il y a aussi l’effort réalisé par l’ONMT pour connecter Agadir à d’autres villes en accompagnant la desserte nationale de Ryanair. Reste maintenant à renforcer la ligne entre Agadir et Casablanca. La région étudie tous les scénarios pour améliorer cette desserte avec la Royal Air Maroc. En matière de connectivité, il est aussi crucial pour le développement de la destination de trouver un équilibre entre une connectivité low cost et une desserte charters.

Justement, il y a peu de charters reliant la destination. Pourquoi ?
Cette situation est engendrée un peu par les stigmates du Covid. Après cette pandémie, les tour-opérateurs sont devenus réticents et étudient d’une manière plus pointilleuse les risques. La programmation d’une destination se fait à l’année et donc le charter est un peu plus long à développer que le low cost qui peut ouvrir des dessertes relativement plus rapides. Sur le plan économique, la ligne charter est aussi plus coûteuse à mettre en place. Ceci étant, en concertation avec l’ONMT, il est prévu de densifier les contacts avec les TO avec objectif bien sûr de renforcer la connexion d’Agadir avec les marchés non reliés à la destination. Il s’agit aussi de densifier le business sur les marchés émetteurs de la destination. Pour l’heure, la priorité est de se connecter au maximum au monde. La deuxième étape est de densifier l’existant et en troisième étape se projeter à moyen terme sur de nouvelles lignes économiquement intéressantes pour drainer de nouveaux marchés sur la destination. Il faut toujours avoir de l’ambition pour avancer. C’est ce que nous souhaitons pour la destination.

En prévision de la Coupe d’Afrique 2025 et la Coupe du monde 2030, la destination dispose-t-elle d’une capacité litière suffisante pour répondre à la demande ?
La capacité dans l’état actuel des choses risque de poser problème et freiner l’évolution de l’activité. Nous avons en perspective un potentiel énorme d’évolution de la demande. Le secteur du tourisme peut se targuer de faire une progression à deux chiffres pendant les dix prochaines années. Faisons donc en sorte d’exploiter au maximum ce potentiel. Les échéances à venir, telles que la Coupe d’Afrique et la Coupe du Monde sont des opportunités auxquelles il faut se préparer. Nous sommes donc logiquement dans une courbe ascendante. Faisons en sorte, nous autres opérateurs, de profiter au maximum de cet élan que nous offre notre ère et nos gouvernants. Ces opportunités peuvent propulser toute l’économie marocaine en avant.

Quid du développement de l’arrière-pays dans cette conjoncture favorable ?
La destination dispose en effet d’un arrière-pays très riche et très intéressant, mais qui est sous-exploité. Il faut vraiment mettre les moyens nécessaires pour développer cet arrière-pays et ne pas rester tributaire d’un seul produit en occurrence, le balnéaire, pour Agadir et Taghazout. Mais plutôt disposer de plusieurs produits qui se complètent. Le potentiel est là, à nous de mettre les moyens pour vraiment tirer le maximum de cette richesse.