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Mohamed Assouss : «La région dispose d’atouts exceptionnels»

Le directeur du Centre régional d’investissement (CRI) de Guelmim-Oued Noun revient sur les mutations en cours, les ambitions économiques de la région et les secteurs appelés à devenir les moteurs de croissance des prochaines années.

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Longtemps considérée comme une région à fort potentiel, mais insuffisamment valorisée, Guelmim-Oued Noun connaît aujourd’hui une dynamique de transformation profonde, portée par les investissements publics, les grands projets structurants et l’essor des énergies renouvelables. Tour d’horizon avec le directeur du CRI.

On parle beaucoup de la dynamique de transformation que connaît la région Guelmim-Oued Noun. Concrètement, quels sont aujourd’hui les principaux changements perceptibles ?
Pendant longtemps, cette région disposait d’un potentiel considérable, mais souffrait d’un manque de valorisation et d’un déficit d’infrastructures qui ralentissaient son développement. Aujourd’hui, les choses changent progressivement grâce à une volonté politique forte et à une mobilisation collective des différents acteurs institutionnels.

La région connaît une transformation profonde et historique. Lorsqu’on se déplace dans les quatre provinces de Guelmim-Oued Noun, on constate de visu l’ampleur des chantiers engagés, qu’il s’agisse des infrastructures, des équipements publics, des projets industriels ou encore des programmes de mise à niveau urbaine.

Cette dynamique se répercute-t-elle sur le quotidien des habitants ?
Une véritable mutation du territoire est en cours. Et les investissements publics et privés commencent à produire des résultats concrets. Le développement des infrastructures est une priorité absolue. Il faut rappeler que la région a longtemps souffert d’un déficit important dans ce domaine.

Aujourd’hui, les autorités régionales travaillent intensément pour rattraper ce retard. Mr. le Wali et Mme. la Présidente… ainsi que l’ensemble des acteurs institutionnels déploient des efforts considérables afin d’accélérer les projets structurants. Plusieurs programmes de mise à niveau urbaine et de renforcement des infrastructures routières, logistiques et territoriales sont en cours dans les différentes provinces.

En parallèle, de grands projets structurants voient le jour, de nouvelles perspectives économiques apparaissent et l’attractivité de la région s’améliore considérablement.

Ce qui est important, c’est que cela touche l’ensemble des provinces et concerne plusieurs domaines stratégiques : l’énergie, l’industrie, le tourisme, l’agriculture, la pêche, les infrastructures logistiques ou encore la formation.

La région est aujourd’hui en train de poser les bases d’un nouveau modèle économique capable de créer de la valeur, d’attirer des investisseurs et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations locales.

Quel rôle joue précisément le Centre régional d’investissement dans cette nouvelle dynamique économique ? La réforme des CRI a-t-elle réellement changé la manière d’accompagner les investisseurs ?
La réforme des Centres régionaux d’investissement a profondément transformé notre manière de travailler et notre rôle au niveau territorial. Aujourd’hui, les CRI ne sont plus uniquement des structures administratives chargées de traiter des dossiers d’investissement.

Ils sont devenus de véritables partenaires des investisseurs et des acteurs stratégiques du développement territorial. Notre mission commence dès la phase d’idée du projet.

Nous accompagnons l’investisseur dans l’identification des opportunités, l’orientation vers les secteurs porteurs, la compréhension de l’environnement territorial et administratif, puis dans toutes les démarches nécessaires jusqu’à la concrétisation effective du projet.

Nous travaillons également sur la simplification des procédures et sur la réduction des délais de traitement.

Quel bilan chiffré pour le CRI Guelmim Oued-Noun ?
L’année dernière, nous avons enregistré un bilan très positif. Chaque semaine, plusieurs projets sont instruits grâce à la mobilisation de tout l’écosystème régional, notamment les membres de Commission Régionale Unifiée d’Investissement.

En 2025, les investissements validés ont atteint près de 15 milliards de dirhams, avec à la clé plus de 6.700 emplois à créer. Ce qui distingue surtout notre approche, c’est la rapidité du traitement: les dossiers sont instruits en moins de cinq jours.

Aujourd’hui, nous assurons également un suivi rigoureux des projets, certains étant déjà réalisés tandis que d’autres sont encore en phase de développement ou d’autorisation. Nous menons aussi un travail important d’intelligence économique.

Cela signifie que nous collectons et analysons des données économiques afin de mieux comprendre les besoins des investisseurs, identifier les secteurs stratégiques et construire des politiques d’attractivité adaptées. Pour ce faire, nous travaillons étroitement avec la wilaya, le Conseil régional, les administrations territoriales et l’ensemble des partenaires institutionnels pour assurer une convergence des actions.

Dans cette logique, nous avons signé une convention stratégique avec la région afin de renforcer la promotion territoriale, le marketing régional et l’accompagnement des investisseurs.

Comment travaillez-vous pour renforcer cette attractivité territoriale?
Nous avons engagé un important chantier de structuration de l’offre territoriale. L’objectif est clair : permettre à tout investisseur de comprendre immédiatement pourquoi il doit choisir notre région.

Dans ce cadre, une convention de partenariat a été signée avec la région afin de renforcer l’attractivité territoriale et les opportunités d’investissement. Nous travaillons actuellement sur une banque de projets adaptée aux spécificités de chaque province.

En parallèle, un travail important est mené sur le marketing territorial. Une étude confiée à un cabinet spécialisé est déjà en cours, afin de développer une véritable marque territoriale, déclinée province par province.

Quels sont les principaux atouts géographiques et stratégiques qui distinguent cette région ?
D’abord, sa position géographique est un avantage majeur. Elle se situe entre deux grandes régions du Royaume : Souss-Massa au nord et Laâyoune-Sakia El Hamra au sud. Cette position lui permet d’être à la fois connectée au reste du territoire national et ouverte sur les grands corridors africains. Mais au-delà de sa position, c’est surtout la diversité exceptionnelle de ses ressources naturelles qui constitue sa grande force.

Nous avons un territoire qui combine plusieurs écosystèmes : un vaste littoral maritime, des espaces désertiques, des chaînes montagneuses, des plaines agricoles fertiles, des oasis et des ressources marines importantes. Cette diversité offre des possibilités de développement très larges dans plusieurs secteurs.

Par ailleurs, la région bénéficie de conditions climatiques particulièrement favorables au développement des énergies renouvelables. Nous disposons de plus de 300 jours d’ensoleillement par an, ce qui représente un avantage considérable pour le solaire. Le potentiel éolien est également exceptionnel avec des vitesses de vent pouvant atteindre entre 8 et 9 mètres par seconde.

Ces caractéristiques placent naturellement la région parmi les territoires les plus compétitifs pour le développement de projets énergétiques à grande échelle, notamment dans le domaine de l’hydrogène vert.

Pourquoi la région attire-t-elle autant les investisseurs dans les énergies vertes ? Quels en sont les principaux projets attendus ?
La région dispose d’atouts naturels exceptionnels. Son potentiel éolien est très élevé, avec des vents atteignant 8 à 9 mètres par seconde, tandis que son potentiel solaire dépasse 2.040 kWh par mètre carré par an. Cette vision de développement s’inscrit dans le Plan de développement régional et rejoint pleinement la stratégie nationale du Maroc en matière d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert, conformément aux Hautes orientations Royales.

Plusieurs projets majeurs sont en cours et devraient transformer durablement le territoire. Parmi eux, un projet stratégique de production de polysilicium à Tan-Tan, représentant un investissement de 8 milliards de dirhams et la création de 1.000 emplois. Le projet a déjà obtenu son acceptabilité environnementale et se trouve actuellement en phase d’autorisation.

Nous avons également un projet de production de panneaux solaires, porté par des investisseurs allemands, pour un montant de 3 milliards de dirhams et 1.000 emplois supplémentaires. Autre initiative importante: un projet suisse de production de carburant vert, évalué à 14 milliards de dirhams, qui devrait générer des centaines d’emplois. Ces investissements vont considérablement renforcer la création de valeur et l’emploi dans la région.

Et dans le domaine de l’hydrogène vert ?
Aujourd’hui, trois grands projets d’hydrogène vert sont en cours, notamment celui porté par le consortium CIP AP Moller et TotalEnergies, dont le contrat de réservation foncière a été signé devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président français Emmanuel Macron. D’autres projets sont menés par Nareva et des investisseurs chinois.

Pour accompagner l’ensemble de ces projets, le Programme de développement régional prévoit une infrastructure importante, notamment le projet d’un nouveau port à Tan-Tan. Ce projet est essentiel pour accompagner le développement industriel et énergétique de la région.

Les futurs projets liés à l’hydrogène vert, aux carburants verts ou aux industries énergétiques nécessitent des capacités logistiques modernes. Le port jouera donc un rôle central dans l’importation des équipements, le transport des matières premières et l’exportation des productions futures.

Au-delà des énergies renouvelables, quels sont les secteurs économiques qui offrent aujourd’hui les meilleures perspectives de développement ?
La région possède plusieurs filières stratégiques qui disposent d’un potentiel de croissance très important. L’agriculture reste un secteur fondamental. Malgré les contraintes climatiques, nous avons des terres agricoles importantes et des activités agricoles qui peuvent être modernisées et valorisées davantage.

La pêche maritime constitue également un pilier économique majeur. Grâce à notre importante façade maritime, nous disposons de ressources halieutiques considérables. Mais ce qui devient particulièrement intéressant aujourd’hui, c’est le développement de l’aquaculture. Ce secteur représente une véritable opportunité de diversification économique et plusieurs projets sont actuellement en cours d’instruction.

Nous observons aussi un intérêt croissant pour le tourisme, notamment l’écotourisme et le tourisme durable. L’arrière-pays de la région offre des paysages naturels exceptionnels encore peu exploités : désert, oasis, montagnes, patrimoine culturel et traditions locales.

De nombreux investisseurs commencent à s’intéresser à ce type de tourisme alternatif qui répond aujourd’hui aux nouvelles attentes des voyageurs à la recherche d’expériences authentiques. Ce qui est important, c’est que tous ces secteurs peuvent se compléter et créer une dynamique économique globale.

Qu’en est-il du développement industriel de la région ?
Le développement industriel constitue un axe prioritaire. Quatre zones industrielles sont prévues dans les différentes provinces de la région et leur financement a déjà été sécurisé. À Tan-Tan notamment, une zone industrielle est déjà en cours de viabilisation. Les études techniques, financières et de positionnement d’autres zones ont été finalisées et leur mise en œuvre démarrera prochainement.

Nous sommes convaincus que le développement économique passe nécessairement par une industrialisation structurée, appuyée par un foncier industriel compétitif et attractif pour les investisseurs.