Au Royaume
MAROC-OCDE : Le Royaume reste résilient, pourvu que les réformes se poursuivent
La deuxième phase du Programme-Pays du Maroc avec l’OCDE a été clôturée. L’occasion de présenter les conclusions de la première étude économique sur le Maroc, menée par l’organisation. Un protocole d’accord a été signé entre les deux parties pour renforcer la collaboration.
L’économie marocaine a enregistré des avancées significatives sur bien des volets, grâce aux différentes réformes engagées par le gouvernement, comme l’atteste la vigueur de la croissance, après la pandémie, et ce, en dépit du séisme de 2023 et des années de sécheresse que connaît le pays. Parallèlement, le Maroc bénéficie d’un régime macroéconomique stable. De plus, le déficit est en train de se réduire et le ratio de dette publique avoisine 70% du PIB. De son côté, l’inflation a reflué, créant ainsi une marge d’abaissement des taux directeurs en juin 2024.
Les perspectives de croissance sont prometteuses, mais restent conditionnées par des défis à relever. C’est la conclusion de la première étude économique réalisée par l’OCDE sur le Maroc et présentée lors d’un évènement organisé mercredi dernier et qui rentre dans le cadre de la clôture de la 2e phase du programme pays Maroc-OCDE.
«Le Maroc est devenu un modèle régional», a déclaré le Chef du gouvernement, consécutivement aux nombreuses mesures prises et transformations menées pour assurer une croissance de l’ensemble de ses composantes : des institutions modernes, des infrastructures aux meilleurs standards, des stratégies sectorielles en marche, notamment au niveau du développement durable, de la protection sociale, de l’emploi, de l’investissement… Plusieurs domaines ont joui de profondes mutations.
Les défis qui’il faudra Rsurmonter
Il n’en demeure pas moins que «le Maroc est face à plusieurs challenges, dont trois majeurs, qu’il devra relever pour prétendre à une croissance pérenne de son économie, mais aussi atteindre le niveau des pays à revenus élevés», signale Mathias Cormann, SG de l’OCDE.
Le premier réside dans l’augmentation de la productivité du travail à travers, entre autres, l’amélioration des compétences, mais aussi la poursuite de la stimulation de l’investissement privé et l’achèvement du système d’enregistrement des titres de propriété foncière afin de réduire les risques juridiques et d’améliorer la disponibilité de ces titres. «Dans le secteur manufacturier par exemple, l’écart de la productivité de travail entre le Maroc et les États-Unis est de 79%. Il baisse à 27% entre les pays de l’OCDE et les USA», fait remarquer Cormann.
Le deuxième défi consiste à créer davantage d’emplois de qualité. Cela devra passer nécessairement par la lutte contre l’informel, sachant que 67,6% de la main-d’œuvre marocaine opère dans ce circuit. Selon l’OCDE, le Maroc gagnerait à mettre en œuvre les réformes en cours de la protection sociale et à réduire en même temps les taux de cotisations patronales sur les bas salaires. Il faudrait, à côté, que le pays tienne compte de l’impact négatif éventuel sur les incitations à la régularisation des activités informelles lors de la fixation du salaire minimum. Latransition climatique reste parmi les difficultés auxquelles le Maroc fait face depuis des années. Il est vrai que le pays est impliqué dans la réduction des émissions de carbone de 45,5% d’ici à 2030 et d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
D’autant que le Royaume a connu des sécheresses répétées et les ressources en eau douce sont sous tension, du fait de la hausse de la demande. En face, les redevances d’utilisation sont peu élevées. Sur ces deux volets, l’OCDE recommande d’adopter une approche globale de la tarification et de la fiscalité du carbone, étayée par des réglementations et des aides au niveau sectoriel autant que besoin.
L’organisation suggère en parallèle d’augmenter progressivement les redevances de prélèvement d’eau pour les porter à un taux qui permettra de couvrir en totalité les coûts de sa récupération tout en gérant l’impact social éventuel d’une telle mesure.D’autres recommandations s’y ajoutent, à l’instar de l’amélioration de la collecte, la compilation et la diffusion des données, et le renforcement de la lutte contre la corruption.
Des recommandations à adapter au contexte
À l’issue de ces recommandations, Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des finances, souligne qu’elles sont «en phase avec nos diagnostics, bien que nous puissions diverger sur certaines recommandations de politiques publiques ou leurs approches de mise en œuvre». Elle ajoute : «Nous apprécions à leur juste valeur les efforts réalisés par le secrétariat de l’OCDE dans l’élaboration de cette première étude. Nous pensons toutefois que quelques analyses et recommandations gagneraient à être adaptées aux spécificités du contexte marocain».
En marge de cet évènement, un nouveau protocole d’accord a été signé afin de renforcer la collaboration entre l’OCDE et le Maroc sur de nouvelles priorités stratégiques. Dans ce sens, Aziz Akhannouch conclut que le Maroc poursuivra ses travaux au sein des comités et organes de l’OCDE. «De nouvelles initiatives verront le jour, comme le développement de la collaboration triangulaire OCDE-Maroc-UA ou encore l’étude d’un programme d’échange de fonctionnaires marocains», conclut le Chef de l’Exécutif.
La collaboration se poursuit
Le deuxième Programme-Pays, signé le 25 juin 2019, en vigueur jusqu’au 25 septembre 2024, vise à faire progresser les réformes engagées par le Maroc dans plusieurs domaines de politiques publiques. Il fait suite à la première phase du Programme-Pays, de juin 2015 à juillet 2018, qui avait pour objectif de soutenir des actions stratégiques dans divers domaines, tels que l’investissement, le commerce, la gouvernance publique, l’éducation, l’emploi et la promotion des réformes socioéconomiques. Notons que le Maroc est le premier pays de la région MENA et de l’ensemble du continent africain à bénéficier d’un tel programme.
