Au Royaume
L’Exécutif assure et rassure sur l’approvisionnement des marchés
Aucun manque de viandes rouges n’est à déplorer, même après la période de l’Aïd. Même sans importations, le cheptel marocain est suffisant pour couvrir les besoins. Les produits agricoles ont toujours été exonérés et le resteront.
Assurer l’approvisionnement des marchés en produits agricoles et en viandes rouges, rétablir l’équilibre des chaînes de production et étudier les moyens à mettre en œuvre pour faire baisser les prix des marchandises commercialisées sont pris à bras-le-corps par l’Exécutif. Une série de réunions ont été tenues depuis la semaine dernière entre le Chef du gouvernement et les professionnels des filières agricoles, aussi bien pour examiner la situation actuelle du marché que pour prévenir un éventuel manque de produits auprès des consommateurs.
La dernière en date a été organisée avec la Fiviar (Fédération interprofessionnelle des viandes rouges). Le socle de cette réunion est d’assurer le cheptel nécessaire à l’abattage pour la fête du sacrifice, garantir la consommation pendant la période qui nous sépare de l’Aïd, et surtout maintenir le marché ravitaillé pour la période post-Aïd. Sachant qu’en moyenne la demande porte sur 5,6 millions de têtes, M’hammed Karimine, président de la Fiviar, certifie que le cheptel préparé pour l’Aid devra couvrir les besoins. «Il existe suffisamment de bêtes sur le marché. Nous comptons 6 millions de têtes mâles, en plus de 500.000 femelles qui seront prêts à l’abattage dans les deux mois à venir», soutient Karimine. Pour les néophobes, rassurez-vous, vous allez sacrifier des bêtes maroco-marocaines !
Et justement, ces millions de bêtes sacrifiées, il faudra bien les reconstituer. La seule solution qui se profile et qui arrange toutes les parties est bien l’importation. «Nous sommes dans l’obligation de continuer à importer les bovins et les ovins pour compenser le manque qui sera engendré par l’Aïd», ajoute Karimine. Si jusqu’à maintenant ce sont 22.000 têtes bovines qui ont été ramenées du Brésil essentiellement, «ce nombre ira crescendo jusqu’à atteindre 200.000 têtes. A côté, 10.000 ovins ont été importés et les professionnels devront importer autant que les besoins sont exprimés», nous éclaire, pour sa part, Youssef Alaoui, président de la Fisa (Fédération interprofessionnelle du secteur avicole).
Évolution des prix, avis partagés
Ce qui est sûr, l’offre désormais satisfait la demande. Quid des prix ? Devraient-ils réellement baisser, comme attendu ? Rachid Benali, président de la Comader (Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural) se montre sceptique : «Ce n’est pas question de disponibilité, mais plutôt de coût de revient élevé qui est derrière la hausse des prix de vente. Que ce soit ici ou ailleurs, l’alimentation est pour beaucoup dans l’envolée des prix. Il est fort probable que les prix soient plus élevés que l’année précédente». Constat auquel n’adhère pas forcément Karimine. Pour lui, «on ne peut parler ni de hausse ni de baisse des prix. Actuellement, les transactions sont conclues au même niveau de prix que 2022».
C’est dire que les importations devront se poursuivre, essentiellement du Brésil et de l’Espagne, sachant que des pays n’exportent plus leurs bêtes, comme l’Allemagne, de peur de se retrouver en déficit, ou l’Australie, par crainte sur «le bien-être animal» ! Parallèlement à la suppression des droits de douane et des droits d’importation en la matière, des mesures de simplification des procédures administratives seront prises par l’ONSSA en vue de faciliter les importations. Il faut savoir que cette situation n’est pas le propre du Maroc, elle est quasi générale. Plusieurs pays étrangers procèdent à des importations de viandes bovines et ovines d’autres contrées, comme la France et la Turquie qui satisfont les besoins de leur population à partir du Brésil, et en grandes quantités.
Outre ces initiatives, «l’on parle à tort de la suppression de la TVA sur les intrants. Les produits agricoles ont toujours été exonérés de cette taxe. Aucun produit ne la subit et même l’imposition des matériels agricoles n’est plus d’actualité», rectifie Benali. La seule nouveauté concerne l’exonération de la TVA sur les semences, qui jusque-là y étaient imposés. Il s’agit, en fait, de l’adoption d’un décret qui facilite les procédures destinées à bénéficier de l’exonération de la TVA sur les intrants agricoles. Nuance de taille !
Les intermédiaires, ce casse-tête intraçable
Les intermédiaires continuent de prendre de plus en plus de place dans les chaînes d’approvisionnement, contribuant à faire augmenter les prix à des niveaux exorbitants. Pour les contrer, une proposition a été discutée pendant les réunions tenues. «Il s’agit de procéder à leur recensement, de leur fournir un identifiant et de les mettre sous tutelle de l’un des ministères, soit celui de l’Agriculture ou du Commerce», nous confie Lahoucine Aderdour, président de la Fifel (Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes). Suggestion qui semble irréalisable pour Benali: «L’idée est bonne mais comment la mettre en application ? Comment les traquer ? Ces personnes sont méconnues, leurs transactions sont réalisées en cash et ne laissent donc aucune trace». Pourtant, ils assurent 80% de la commercialisation des produits agricoles. Le président de la Comader insiste sur la mise en place effective de l’agrégation et la commercialisation directe des fruits et légumes, à travers notamment les marchés de gros, pour diminuer leur nombre.
La même situation prévaut pour le secteur des viandes rouges. Quand bien même ils feraient partie de la chaîne, ils peuvent être court-circuités à travers l’importation dont le circuit est plus clair, comparativement à l’achat de chez l’éleveur. Il s’agira aussi de multiplier les points de vente pendant la période pré-Aïd, avec l’obligation d’afficher les prix et surtout de contribuer à aider les éleveurs à passer ce cap.