Au Royaume
Le pari de l’employabilité, presque gagné
Au début de son mandat, le gouvernement s’était engagé à créer un million d’emplois. Les chiffres enregistrés depuis montrent qu’il y est presque. Et ce, malgré la succession des années de sécheresse et l’érosion de l’emploi agricole, en plus d’une conjoncture économique mondiale peu propice.
Dans une conjoncture de crises et de chocs économiques successifs, cela relève presque du miracle. L’économie nationale a créé environ 850.000 postes d’emploi nets.
En d’autres termes, le gouvernement a pu créer une moyenne de près de 170.000postes annuellement. Plus encore, et à titre de comparaison, c’est le double de la cadence de création d’emplois par les précédents gouvernements.
Les chiffres le montrent, le nombre d’emplois créés n’a guère dépassé 64.000postes par an sur la période 2011-2016 et 90.000 postes d’emploi annuellement sur la période 2016-2021. À elle seule, l’année 2025 a été marquée par la création de 233.000 postes d’emploi non agricoles.
Et, selon le Chef du gouvernement, «il est attendu que le nombre total des postes d’emploi créés dans les secteurs non agricoles dépasse un million de postes à fin 2026, permettant ainsi de dépasser les défis imposés par la succession des années de sécheresse et leur impact direct sur les opportunités d’emploi dans le secteur agricole».
En y regardant de plus près, et cette fois selon les statistiques publiées en début de l’année par le HCP, les secteurs des services et des BTP ont généré environ 100.000emplois chacun, alors que l’industrie a permis la création d’une trentaine de milliers de postes de travail.
De cette répartition, on retriendra deux éléments clés. D’abord l’effacement, d’année en année, des emplois non rémunérés, ce qui explique d’ailleurs, en partie, la persistance d’un taux de chômage relativement élevé malgré le nombre important de postes d’emplois créés.
Le plus important, c’est que cette tendance – la disparition des emplois non remués face à la création de postes de travail rémunérés et stables – s’est installée depuis ces dernières années.
La seconde remarque, qui est à première vue évidente, c’est que la succession des années de sécheresse a eu certes un impact notable sur l’emploi, mais la montée en puissance du secteur touristique et la multiplication des investissements dans l’industrie, notamment étrangers, ont largement pu atténuer cette tendance.
Une tendance confirmée d’ailleurs par les statistiques du HCP. Ainsi, la proportion du travail non rémunéré est passée de 14,2 en 2020 à moins de 9,3% en 2025.
L’emploi salarié est passé, durant la même période, de 50,1% de l’ensemble des emplois à plus de 61%. Le nombre des salariés déclarés auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale est passé d’environ 283.000 en 2020 à quelque 470.000 en 2024, soit une augmentation de 66%.
Ceci érige la mutation vers l’emploi décent en mutation qualitative dans la structure du marché du travail. Le retour des pluies annonce une nette amélioration de l’emploi dans le secteur agricole et donc dans le monde rural.
Mais le Maroc ne doit pas pour autant compter sur la météo pour faire baisser le taux de chômage qui, au passage, a connu une régression de cinq points, passant de 13,6 à 13,1% en une année.
Sans verser dans la polémique des chiffres, le taux de chômage «constaté», pour reprendre un terme utilisé par le ministre de tutelle, serait descendu à 12,8% au terme du deuxième trimestre de la même année.
Et tout porte à croire que cette baisse va se poursuivre et s’accentuer davantage. L’évolution des trois principaux secteurs porteurs de l’emploi le confirme.
Les grands chantiers d’infrastructure lancés continueront d’absorber de l’emploi. La perspective d’une excellente saison agricole (au vu de la nette amélioration du niveau des barrages dans l’ensemble des bassins hydrauliques et les réformes en cours avec l’évolution du secteur agricole dans les années à venir) est un signe fort de la reprise du marché de l’emploi.
L’investissement, moteur de l’emploi
Plus encore, depuis son institution, suite à l’adoption de la nouvelle Charte de l’investissement en mars 2023, la Commission nationale de l’investissement a validé, au terme de sa neuvième session, un total de 297 projets devant contribuer à la création d’environ 201.000 postes d’emploi directs et indirects.
De leur côté, les CRI ont reçu, jusqu’à fin février 2026, un total de 209 projets et les commissions régionales unifiées d’investissement ont approuvé 33projets, devant permettre la création d’environ 940.000postes d’emploi directs.
Certains projets sont déjà entrés en activité alors que d’autres sont en cours. Par ailleurs, le ministre de l’Emploi a assuré qu’il ambitionne de créer près de 350.000 emplois pour les jeunes en 2026. Et ce, à travers une série de programmes et d’incitations.
Il est à rappeler que le gouvernement s’était engagé, et c’est l’un des points saillants du programme électoral du RNI, à créer un million d’emplois post-Covid pour relancer l’économie nationale.
Tout porte à croire que le chiffre sera non seulement atteint, mais dépassé, malgré la succession des années de sécheresse, le séisme d’Al-Haouz et la conjoncture économique internationale.
Notons au passage que l’écosystème de l’hydrogène vert dont les premières unités seront opérationnelles avant la fin de l’année devrait générer pas moins de 300.000 emplois directs d’ici 2030. Cela sans parler de l’extension en cours de l’écosystème automobile, avec l’industrie des batteries et de l’aéronautique.
Cela fait partie, en fait, du programme gouvernemental plus vaste lancé au début de l’année dernière, avec un budget de 14 milliards de dirhams.
Et ce, «afin de répondre aux défis émergents du marché du travail». Lesquels défis sont liés, entre autres, aux «changements climatiques, désormais structurels, ainsi qu’aux répercussions des transformations économiques et sociales engendrées par la crise du Covid-19 et les crises géostratégiques qui ont secoué le monde».
Ce plan adopté par l’Exécutif repose sur plusieurs axes, dont le soutien à l’investissement à travers une nouvelle offre gouvernementale visant à encourager les PME et les TPE, la restructuration et l’élargissement des programmes actifs pour l’emploi afin d’inclure les personnes non diplômées, et une nouvelle offre destinée aux populations rurales, notamment les petits agriculteurs et les éleveurs.
En parallèle, le gouvernement a déployé un grand effort pour régulariser et pérenniser les postes de travail dans le secteur productif, luttant contre l’emploi informel. C’est ainsi que, durant la période 2023-2024, la moyenne mensuelle des salariés déclarés à la CNSS a enregistré une progression de 122.000.
Un taux de chômage en baisse, des pans de l’économie qui reprennent, de nouveaux écosystèmes industriels en lancement, d’autres à venir, comme l’industrie ferroviaire et navale et le transport maritime, des secteurs déjà installés en pleine mutation comme l’offshoring, et surtout une nouvelle politique de formation plus adaptée aux transformations profondes que connaît le marché de l’emploi…, autant de facteurs qui inscrivent le Royaume sur la voie du plein emploi sinon du moins d’une nette amélioration de l’employabilité, surtout des jeunes.
