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Au Royaume

Hassan II : Discours, actions et visions

Le 6 novembre a toujours été un rendez-vous de communion entre le Roi et son peuple au sujet de la cause sacrée de l’intégrité territoriale. Florilège des paroles d’un Souverain qui a su marquer l’Histoire.

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5 Nov 1975
«Demain, tu franchiras la frontière. Demain, tu entameras ta Marche. Demain, tu fouleras une terre qui est tienne. Tu palperas des sables qui sont tiens. Demain, tu embrasseras un sol qui fait partie intégrante de ton cher pays (…). Va, donc, de l’avant, par la grâce de Dieu. Que Dieu raffermisse tes pas et fasse en sorte que ta Marche soit celle de la victoire du peuple marocain et de nos frères sahraouis, qu’il nous tarde vivement de retrouver.»

6 Nov 1976
«L’année dernière, en pareil jour, nous avons donné l’ordre de départ pour la Marche Verte, convaincu que la victoire était certaine et inéluctable (…). Ce furent des moments grandioses cher peuple, lorsque, en l’espace d’un mois, tu as, sur notre demande, fourni des volontaires, entamé la marche, traversé les frontières factices, et, au moment où nous t’avons ordonné d’arrêter, ce fut fait (…). Nous considérons en conséquence cette marche comme une source d’inspiration et nous méditons le sens profond des enseignements que nous pouvons en tirer (…). Nous avons décidé de faire de cette journée du 6 novembre une fête nationale officielle, car elle confère une nouvelle identité au Maroc nouveau, que nous voulons ensemble édifier.»

6 Nov 1977
«Nous avons constaté depuis trois semaines, dans notre Sahara récupéré, une escalade continuelle, car l’armement qu’utilise ce qu’ils appellent «le polisario» a évolué constamment et consiste actuellement en une artillerie lourde dont peu de pays connaissent le maniement (…). Qui est ce «polisario» qui possède des possibilités, dispose d’une réserve financière et entretient des rapports avec des firmes internationales, voire avec des États, lui permettant d’acquérir un tel armement. Je tiens à réitérer ici et solennellement qu’il n’existe entre le peuple marocain et le peuple algérien aucun litige. Cependant, je dois le souligner, il m’incombe, en tant que Souverain du pays et Chef suprême des Forces Armées Royales, des devoirs sacrés. Je me verrai donc contraint – je dis bien contraint – d’exercer le droit de suite même si cela nous amène à traverser des frontières et porter atteinte à la souveraineté de voisins.»

6 Nov 1978
«Avant de commencer ce discours, je prie chaque famille, à l’écoute de ce message, de se munir du livre sacré, afin que nous puissions tous, une fois cette allocution terminée, prêter le serment de la Massira. Ce serment, je l’ai rédigé moi-même et transcrit de ma propre main. Je l’enverrai aux services compétents pour en faire un tirage plastifié qui sera remis à chaque Marocaine ou Marocain, même à ceux qui n’ont pas effectivement participé à la Marche Verte, car il constitue un serment de fidélité aux acquis de la Massira.»

6 Nov 1979
«En vérité, deux peuples doivent célébrer l’anniversaire de la Marche Verte : le peuple marocain, parce que, par son génie, il a pensé, créé, organisé et exécuté cette Marche jusqu’à son aboutissement ; et le peuple espagnol parce qu’il a résolu un dilemme. Celui posé pour la première fois à l’homme d’opter pour l’accolade ou le recours à la violence. Le peuple espagnol a su choisir et a préféré l’accolade à la baïonnette. Il n’y a rien d’étonnant à ce choix : il constitue la démonstration éloquente que Marocains et Espagnols ont toujours su cohabiter et coexister dans une interpénétration de civilisation et d’influences. Dès lors, il est normal que des frères s’embrassent.»

6 Nov 1980
« Nous avons été informé d’une importante infiltration d’éléments ennemis tentant de détruire la localité de Boucraâ. Les Forces Armées Royales ont repoussé cette violente attaque (…). Si cette victoire, cher peuple, est de nature à raffermir notre détermination, elle devra également te réjouir et te tranquilliser, car nous avons désormais assimilé la guerre du Sahara, et nous avons appris à dominer la situation militaire au fil des jours (…). C’est pour cela que nous nous adressons une nouvelle fois aux rebelles, aux égarés et à ceux qui les ont égarés, pour leur dire que la voie du retour est toujours ouverte, qu’ils peuvent toujours se repentir et qu’une nouvelle occasion de réintégrer leur patrie et rejoindre leurs concitoyens leur est offerte (…). En tout état de cause, vous devez savoir que le Maroc ne renoncera jamais à son Sahara. Cette situation durera jusqu’à la fin des temps. Vous ne pourrez jamais, que ce soit du vivant de Hassan II ou après Hassan II, mettre les pieds sur cette terre ni l’occuper ou même que l’on y parle de vous. »

6 Nov 1981
«Lorsque nous acceptons le référendum, il ne s’agit point pour nous de demander à des Marocains s’ils entendent rester Marocains. Nous leur disons, et nous saisissons la réunion de ce conseil pour dire que la question qui se pose est la suivante : «Confirmez-vous les actes d’allégeance (la bei’a) qui vous lient à Sa Majesté le Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, et qui impliquent votre appartenance au Royaume du Maroc ?». C’est cette question que nous vous posons et nous voulons que vous la posiez à votre tour à tous les électeurs. Notre acceptation du principe du référendum n’implique pas que nous avons décidé de vous abandonner. Nous ne pouvons d’ailleurs envisager d’abandonner nos sujets sahraouis après qu’ils ont longuement et durement lutté et supporté, sous prétexte que certains ont posé la question de savoir si vous voulez bien être considérés comme Marocains.»

6 Nov 1982
«Le Sahara est bien marocain et ne peut être que marocain. Nul ne pourra considérer que ce pays vivra en paix et en sécurité et que son peuple connaitra la quiétude si ses provinces sahariennes venaient à être amputées pour servir de base d’agitation (…). Nos adversaires doivent savoir que pour nous la question est une question de gloire, d’histoire, de droits et de destin(…). Nous sommes donc disposés à nous rencontrer, à discuter, à débattre et à transcender les obstacles pour parvenir à notre objectif, à dépasser les difficultés présentes pour nous tourner vers l’avenir et pour œuvrer au profit des générations futures et des peuples de la région. Ce faisant, nous réitérons notre bonne volonté, nos intentions pures, tout en réaffirmant que nous continuerons si nécessaire à faire la guerre, et pendant des siècles, car la question est en premier lieu une question de droits, ensuite une question d’histoire et en troisième lieu une question vitale pour notre pays et pour notre peuple ainsi que pour l’équilibre de notre région.»

6 Nov 1984
«Dans quinze années, un nouveau siècle commencera. C’est donc imminent. En l’an 2000, il y aura cent millions de Maghrébins arabes et musulmans. C’est dire l’immensité des tâches qui les appellent. En les évaluant, nous ne pouvons que faire un examen de conscience qui permette de regarder lucidement l’œuvre à venir. Quelles seront, au siècle prochain, les responsabilités du Grand Maghreb Arabe ? Avant tout, il s’agira de responsabilités à l’égard des peuples qui le composent et des valeurs communes. Il s’agira essentiellement de maîtrise par le Maghreb de ses richesses, lesquelles, scientifiquement considérées, devront être mises au service des besoins de nos peuples et pour l’exploitation desquelles toutes les potentialités devront être mobilisées (…). Nous avons, par ailleurs, une responsabilité particulière à l’égard de nos frères africains, sans distinction de couleur, d’ethnie, de religion. Nous sommes et resterons Africains. À l’égard du continent, nous assumons une responsabilité humaine, culturelle et de civilisation.»

6 Nov 1985
«Durant cette décennie, cher peuple, nous avons usé de tous les moyens en vue d’éviter l’action militaire et de faire prévaloir la raison, la patience, le dialogue et le bon voisinage. Malgré notre bonne volonté, nous nous vîmes dans l’obligation d’entrer en action, exprimant ainsi, et à la face du monde, que pour nous le dialogue ne saurait être synonyme de faiblesse, d’hésitation (…). C’est ainsi que civils et militaires, à tous les niveaux, dans chaque enceinte et foyer, ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour qu’il soit à jamais établi que le peuple marocain peut accepter toutes sortes de compromis sauf quand il s’agit de son unité et de son intégrité territoriale.»

6 Nov 1987
« Au cours des années, nous nous sommes attachés à expliquer l’affaire et définir notre dossier, à des moments où de nombreux problèmes et difficultés assaillaient tous les continents. Cette situation n’a pas permis à l’ONU d’accorder toute l’attention voulue au dossier pour que chacun ait la possibilité de connaitre notre point de vue. Par notre patience, notre persévérance et notre labeur, nous avons réussi à faire nous-mêmes connaitre la question et nous sommes parvenus à un résultat important : le dossier est pris en charge par l’ONU qui l’a remis officiellement entre les mains de son Secrétaire général. Nous considérons ce pas comme une très grande victoire, cela permettra à tous, singulièrement à la communauté internationale, de distinguer la vérité du mensonge. »

SM Le Roi Hassan6 Nov 1988
«En cette circonstance, je dis à tous, à tous ceux animés de bonnes intentions, à tous ceux qui ont une goutte de sang marocain dans les veines, je leur dis : la patrie est clémente et miséricordieuse (…). Je sais qu’il est des familles qui souffrent de déchirement, certains des leurs se trouvent d’un côté, d’autres de l’autre. À ceux qui se sont égarés, qui se sont éloignés de la voie droite, je dis : songez à votre pays, pensez à vos familles (…). Je prie Dieu – qu’Il soit exhaussé – de guider les égarés vers le droit chemin, d’unifier nos rangs, de nous inspirer pour persévérer sur la bonne voie, celle du droit et de la légitimité.»

6 Nov 1990
«Nous autres Marocains, sommes tous un peu fous. Pourquoi ? Pour qu’il nous soit venu à l’idée, il y a 60 ans, que nous pourrions nous délivrer des Français alors que nous ne disposions ni d’armée, ni de sécurité, ni d’armes, ni d’argent, il fallait bien être un peu fou (…). Il fallait aussi une certaine dose de folie pour réussir, avec trois cent cinquante mille volontaires n’ayant pour seules armes que le Coran dans la main droite et le drapeau national dans la main gauche, à recouvrer notre Sahara. Notre folie, à nous les Marocains, est à ce qu’il parait, une folie politique : la folie des inspirés. Si telle est la folie, nous prions Dieu de nous en donner davantage. En tout état de cause, grâce à cette folie, nous avons pu mettre dehors les Français et récupérer notre Sahara. Le cas échéant, cette même folie nous inspirera le jour où quelqu’un s’avisera à nous manquer de respect : ce jour-là, avec un peu de perception intuitive, nous le ferions, à coup sûr, revenir à la raison.»

6 Nov 1991
«Nous allons assister à de nouveaux changements dans le monde. Des forces nouvelles émergeront et se développeront. Peut-être ne songeons-nous pas assez aux pays de l’Extrême-Orient : la Chine, le Japon, la Malaisie, l’Indonésie, la Corée, Taiwan et aux autres puissances dotées de fondements, de potentialités, d’États qui ont un avenir puisqu’ils ont un passé.»

6 Nov 1992
«Il y a un mois, une autre marche a été lancée. Je ne l’appellerais pas ‘’marche de la démocratie’, car la démocratie est, avant tout, sensibilité, conviction et foi. La démocratie a une définition et jusqu’à l’année dernière, elle en avait plusieurs – selon les systèmes, les continents, les pays et les peuples. Je n’affirme donc pas que nous nous sommes engagés sur la voie de la démocratie et dans la marche démocratique, mais plutôt dans celle de l’éthique politique, de la répartition des pouvoirs politiques, du respect des droits politiques et humains et de la décision prise unanimement par la collectivité. (…). Sache, cher peuple, que ce qui nous attend n’est pas une affaire de six ou dix années, mais une conduite vertueuse constante, sans cesse réaffirmée tendant vers le meilleur et nullement vers le pire.»

6 Nov 1995
«Si d’aucuns tentent de contrecarrer le processus engagé, en ce qui nous concerne, nous nous devons de rester attachés à deux principes : en premier lieu, le plan de paix et rien que le plan de paix, et en deuxième lieu, et cela est important : si le plan de paix n’est pas strictement respecté, nous ne voudrons plus de référendum, étant entendu que nous sommes bel et bien établis, sous la divine protection, dans notre Sahara où les nôtres étanchent leur soif, qui en buvant de l’eau, qui en dégustant un thé ou un jus de fruits – les uns et les autres s’appuyant sur la loi, vivant dans la quiétude, le bien-être et dans le respect des droits démocratiques et des libertés individuelles et collectives et, surtout, dans l’espérance et la foi. Nous n’acceptons rien d’autre que le plan de paix tel qu’il a été conçu.»

6 Nov 1996
«Je voudrai t’informer très clairement, et sans détour, des entretiens qui se sont déroulés entre la partie marocaine, d’une part, et un groupe de nos fils égarés, de l’autre. À leur demande, nous avons accepté qu’ils se rendent au Maroc et qu’il y ait un entretien direct. Pourquoi avons-nous accepté ? Nous l’avons fait tout d’abord par respect à des traditions séculaires dont la première veut que les portes du palais au Maroc soient ouvertes à tous les Marocains, qu’il s’agisse de ceux qui ont été égarés ou de ceux qui sont sur le droit chemin. Nous avons, en second lieu, accepté de prendre contact avec eux, non pas pour renoncer à nos droits mais plutôt pour les convaincre de retrouver la bonne voie. Il était entendu comme condition essentielle, quand ils s’étaient rendus au Maroc, que la thèse de l’indépendance ou de la sécession ne doit en aucun cas être soulevée. Nous réitérons, de nouveau, que la patrie est clémente et miséricordieuse.»

6 Nov 1997
«Nous devons analyser quelque peu notre action et nos activités dans nos provinces du Sud et nous poser cette question : avons-nous bien réfléchi, lorsque nous avions décidé d’ouvrir des chantiers, de tracer des routes, de construire des ports et des aéroports, d’édifier des écoles, des hôpitaux et des cliniques, de procéder au raccordement du réseau téléphonique du Sud avec celui du Nord, d’étendre le réseau de la radio et de la télévision, et lorsque nous avions tenté d’appliquer à ces régions le mode de vie que nous vivons ? (…) Les programmes d’enseignement, les programmes sociaux, les programmes de formation, l’intégration de la femme dans la société nouvelle, et l’intégration des éleveurs et des nomades dans la ville, ont-ils été réalisés sans problèmes, apparents ou non ? N’ont-ils pas donné lieu à des contradictions si occultes que même les intéressés ne s’en rendent peut-être pas compte ? Ont-ils généré le bonheur total, sachant qu’ils n’ont peut-être pas tenu compte du facteur social que sont la cellule familiale et la cellule tribale ?»

6 Nov 1998
«Depuis donc l’année 1975, nous n’avons cessé d’édifier, de tracer des routes, de construire des ports et des aéroports, des hôpitaux, des dispensaires, des jardins d’enfants, des écoles, des internats, et d’améliorer chaque jour le niveau de vie de nos fils au Sahara, hommes et femmes (…). Ils sont, Dieu soit loué, des gens raisonnables qui savent fort bien comment conduire leurs affaires. Quiconque croirait qu’ils troqueraient l’acquis bénéfique contre ce qui est aléatoire ne fait que perdre son temps. Nos fils au Sahara sont parfaitement conscients qu’ils vivent au sein d’une société sereine, paisible et organisée.»