Evénement
Sahara : Serait-ce la dernière tournée de Staffan de Mistura avant le clap de fin ?
50 ans après, le dossier du Sahara est sur la dernière ligne droite de sa clôture. La conjoncture internationale s’y prête particulièrement aujourd’hui plus que jamais, le Maroc ayant réussi à construire un consensus international autour du Plan d’autonomie. Les messages d’une visite fort suivie.
Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s’est entretenu, lundi 24 mars à Rabat, avec Staffan de Mistura, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. L’information a été relayée par la MAP qui précise que lors de cet entretien, la partie marocaine a exposé la dynamique internationale en faveur de la marocanité du Sahara et en appui à l’Initiative marocaine d’autonomie.
«La partie marocaine a également réitéré le soutien du Royaume aux efforts du Secrétaire général de l’ONU et de son Envoyé personnel visant à parvenir à une solution politique, réaliste, pragmatique et durable sur la base exclusive de l’Initiative marocaine d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Maroc», précise la même source.
Dans ce contexte, il a été rappelé que, dans son discours du 6 novembre 2024, le Souverain avait appelé les Nations unies à «prendre leurs responsabilités en mettant en évidence la grande différence entre deux paradigmes : celui qu’incarne le Maroc dans son Sahara, réaliste et légitime, et celui qui repose sur une vision sclérosée, coupée du monde réel et de ses évolutions».
Il y a au moins trois principaux messages à retenir de ce qui précède. Premièrement, le Maroc est dans une position diplomatique confortable. La liste des pays qui soutiennent le Plan d’autonomie ne cesse de s’allonger, dépassant une centaine d’États de tous les continents.
Le deuxième message étant la réaffirmation par le Royaume de son appui à l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. Il convient de souligner à cet égard que la rencontre du lundi dernier est le premier contact depuis plus de six mois entre le chef de la diplomatie marocaine et l’envoyé onusien, Staffan de Mistura. Ce dernier avait, rappelons-le, tenté de ressusciter, en octobre dernier, un vieux plan de partition du Sahara, ce qui lui avait valu un ferme recadrage de Rabat.
«Le Secrétaire général de l’ONU devrait reconsidérer l’utilité de son rôle d’envoyé si aucun progrès n’est réalisé dans les six mois», avait-il annoncé alors. Ce qui a été considéré comme une menace à peine voilée de démission en l’absence, dans les six mois suivants, de progrès dans le dossier du Sahara.
Aussi, observent certains analystes, «cette visite marque le premier contact direct entre le Maroc et de Mistura depuis une période de tensions en 2024, notamment après le rejet par Rabat d’une proposition de partition du territoire en octobre 2024, jugée inacceptable, car contraire à l’intégrité territoriale marocaine».
Pour le Maroc, «renouer ce dialogue permet de maintenir un canal de communication avec l’ONU, tout en veillant à ce que de Mistura reste dans les limites de son mandat. Lequel mandat est de «faciliter une solution politique réaliste, pragmatique et de compromis», conformément aux résolutions de l’ONU depuis 2018.
Le Maroc insiste depuis des années sur le format des tables rondes, impliquant également l’Algérie et la Mauritanie, comme seul cadre valable pour les négociations, un mécanisme entériné par l’ONU. Cette visite est l’occasion de rappeler encore une fois à de Mistura l’impératif de la participation de l’Algérie comme partie prenante majeure, vu son rôle dans le soutien financier, armé et diplomatique au Polisario, et de pousser pour une relance de ce processus, bloqué depuis 2019.
Cela tout en maintenant ses préalables qui ont d’ailleurs été également rappelés à l’Envoyé personnel il y a une année. À savoir pas de processus en dehors du cadre des tables rondes défini par l’ONU, avec la pleine participation de l’Algérie ; pas de solution en dehors de l’Initiative marocaine d’autonomie et pas de processus sérieux, au moment où le cessez-le-feu est violé quotidiennement par les milices du «Polisario».
Momentum diplomatique
En coopérant avec de Mistura, qui n’en est d’ailleurs pas à un impair près, puisqu’avant de proposer le plan de partition, tout le monde se rappelle comment il a immortalisé son passage à Tindouf au début de l’année dernière posant dans une photo avec des enfants soldats, ni d’ailleurs l’épisode de sa visite polémique en Afrique du Sud, le Maroc tient quand même à renforcer sa position de partenaire constructif et responsable aux yeux de la communauté internationale. Ce qui contraste nettement avec la posture d’obstructionnisme prônée par Alger et belliciste du Front Polisario.
Quant au troisième message, c’est une invitation à l’instance onusienne de tirer les conclusions de la réalité du terrain et de clore définitivement ce dossier. Et la réalité du terrain est aujourd’hui telle que la solution au conflit ne peut passer que par le Plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Une proposition qualifiée de «sérieuse, crédible et réaliste» par plusieurs membres du Conseil de sécurité, dont les États-Unis et, plus récemment, la France. La visite de Staffan de Mistura, qui s’inscrit dans un cadre régional, intervient à la veille des consultations informelles du Conseil de sécurité de l’ONU prévues à la mi-avril 2025 dans un contexte particulièrement favorable à la clôture de cette affaire.
Le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, qui, en 2020, avait insufflé une nouvelle dynamique à la cause nationale, est de nature à favoriser une résolution définitive, 50 ans après l’éclatement de ce différend. Il y a à peine quelques jours, un think-tank américain influent, proche des Républicains, incite le président à réduire l’engagement financier des États-Unis dans les missions onusiennes de maintien de la paix, jugées inefficaces.
Pour lui, la Minurso, financée à hauteur de 28% par les États-Unis, en fait partie. Plus encore, de grandes entreprises chinoises viennent d’être choisies pour investir dans l’hydrogène vert dans les provinces du Sud, alors que la Russie est en pleine négociation avec le Maroc pour la conclusion d’un nouvel accord de pêche qui inclut les côtes sahariennes.
Entre-temps, un consensus international croissant en faveur du Plan d’autonomie marocain, le rapprochement avec la Mauritanie et le début de concrétisation des Initiatives Sahel-Atlantique et Afrique-Atlantique… pourraient permettre au Royaume de clore ce conflit vieux d’un demi-siècle. Pendant ce temps, l’Algérie, pratiquement le seul soutien financier, militaire et diplomatique du Polisario, s’est embourbée dans un isolement international de plus en plus étouffant.
L’épisode qu’ont connu ses relations avec l’Espagne puis avec la France en raison du changement de leur position sur le dossier en dit long sur ses réelles visées concernant cette affaire. Les consultations informelles, dans quelques semaines, au sein du Conseil de sécurité dont l’Algérie est membre non permanent pour l’année en cours, annonceront sans doute la tournure que prendra ce dossier en perspective de la réunion d’octobre.