Evénement
Sahara : Serait-ce la dernière résolution du Conseil de sécurité ?
Une dynamique positive est enclenchée. Tout porte à croire que la fin de ce conflit approche à grands pas. Survivra-t-il encore jusqu’à la prochaine résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ? La question mérite d’être posée.
Le dossier du Sahara prend un tournant majeur. Les évènements s’accélèrent et le conflit n’est jamais aussi proche de sa fin. En ce mois d’octobre, comme chaque année depuis l’accord de règlement de 1991, le Conseil de sécurité consacre plusieurs réunions à ce conflit.
La Suisse, qui assure la présidence tournante, a réservé 3 séances au Conseil de sécurité de l’ONU à la question du Sahara.
La première réunion a eu lieu le 10 octobre. Lors de la deuxième réunion, le 16 octobre, l’envoyé personnel du secrétaire général a présenté oralement, lors d’une séance à huis clos, devant les Quinze un résumé de ses observations sur les développements diplomatiques survenus au Sahara depuis l’adoption, le 30 octobre 2023, de la résolution 2703. Les membres de l’instance exécutive de l’ONU devaient examiner par la suite, le même jour, le rapport du secrétaire général Antonio Guterres.
Le chef de la Minurso, Alexander Ivanko, devait, lui aussi, briefer les membres du Conseil de sécurité et les pays contributeurs au budget de la mission sur la situation sur le terrain et exposer un rapport détaillé sur les escarmouches, les entraves et limitations posées lors de l’exercice des fonctions de la mission de l’ONU.
La dernière réunion, prévue pour le 30 octobre, sera consacrée à l’adoption d’une nouvelle résolution pour prolonger le mandat de la Minurso d’une année supplémentaire.
L’agenda n’est en rien différent de celui des années passées. Sauf que cette année, le Conseil de sécurité a reçu également une note de la France l’informant de sa reconnaissance de la marocanité du Sahara.
Cette année, et en parallèle avec les réunions du Conseil de sécurité, s’est tenue une session de la 4e commission de l’Assemblée générale lors de laquelle le nombre de pays ayant affirmé leur soutien à la marocanité du Sahara et au plan d’autonomie ne cesse de croître.
Une session lors de laquelle des élus à différents niveaux, des représentants de la société civile sahraouie ont défendu leur marocanité et celle de ce territoire et mis en avant l’essor économique qu’il connaît.
Cette année, c’est aussi celle d’une phase décisive. La question du Sahara connaît, comme l’a d’ailleurs souligné le Souverain dans le discours prononcé le vendredi 11 octobre, à l’ouverture de l’actuelle année législative, une «dynamique positive».
Une dynamique «qui a vocation à confirmer la souveraineté intangible du Maroc sur son territoire, à élargir le soutien apporté à l’Initiative d’autonomie».
Après les États-Unis, en 2020, «cette évolution positive, qui fait prévaloir le bon droit et la légitimité par la reconnaissance des droits historiques du Maroc, est portée par un grand pays, doté du statut de membre permanent au Conseil de sécurité et reconnu comme un acteur influent de la scène internationale», précise le discours royal.
«Sans plus attendre»
Ce qui ne manquera pas d’avoir un impact sur les délibérations des membres du Conseil qui auront à voter un projet de résolution, rédigé comme de coutume par les États-Unis et discuté en premier lieu au sein du Club des amis du Sahara qui compte également l’Espagne, dont la position a également changé depuis mars 2023, en plus de quatre membres permanents du Conseil de sécurité.
Lors de ses derniers entretiens avec le ministre Nasser Bourita, le 1er octobre, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a encore une fois renouvelé le soutien de son pays à l’Envoyé personnel, de Mistura, pour faire avancer les négociations en vue d’une solution politique durable et digne pour le Sahara, «sans plus tarder».
Le secrétaire général a relevé, en ce sens, que le processus politique reste au point mort. Dans son rapport soumis au Conseil de sécurité, il met d’ailleurs en avant les victoires diplomatiques du Maroc, notamment la reconnaissance de la France de la marocanité du Sahara et son soutien au plan d’autonomie.
Il a de même évoqué les attaques du Polisario tout en en minimisant l’efficacité et l’ampleur. Il a toutefois pointé du doigt le manque de coopération du Polisario avec la Minurso, tant sur le plan logistique que militaire.
Bref, les changements géopolitiques que connaît la région, les risques sécuritaires d’ailleurs relevés par le secrétaire général dans son rapport et le rôle de plus en plus croissant que joue le Maroc dans toute la région, et en Afrique d’une manière globale, militent pour clore définitivement ce dossier et «sans plus tarder», une expression utilisée aussi par la France l’année dernière .
Des initiatives lancées par le Maroc et qui ont connu l’adhésion de nombreux pays – en plus de ceux directement concernés – comme le projet du gazoduc Nigéria-Maroc, impliquant 13 pays de la région, le corridor Sahel Atlantique donnant accès à l’Océan aux quatre pays de cette région ou encore l’initiative Afrique Atlantique qui, elle, engage 23 pays du flanc atlantique du continent.
Autant de chantiers de développement continental dont l’aboutissement imminent est antinomique avec l’existence de ce conflit dont ils accélèrent la résolution. Ce qui est sûr, c’est que chaque année, de plus en plus de pays et, aujourd’hui, ce sont les plus puissants du monde économiquement et politiquement, qui soutiennent la marocanité du Sahara au point qu’arrivera un jour où l’écrasante majorité de la communauté internationale sera du côté du Royaume. Cette même communauté qui forme l’Assemblée générale de l’ONU et ses organes subsidiaires.
Au Conseil de sécurité, qui vote comment ?
La résolution 2703 d’octobre 2023 a été adoptée à 13 voix pour et 2 abstentions (la Fédération de Russie et le Mozambique). Depuis, la configuration du Conseil de sécurité a légèrement changé. Et même si la position du Mozambique, l’un des rares à reconnaître encore la république fantoche du Polisario, reste inchangée, il est difficile d’attendre de l’Algérie un vote qui ne soit pas contre. Pour le reste des pays ayant rejoint le Conseil de sécurité en tant que membres non permanents depuis le début de l’année, le Guyana a retiré sa reconnaissance de la Rasd en novembre 2020, la République de Corée soutient le plan d’autonomie et la Sierra Leone a ouvert un consulat à Dakhla en 2021, la Slovénie, elle, qualifie le plan marocain d’autonomie au Sahara de «bonne base pour parvenir à une solution définitive et consensuelle». Il est naturel que ces pays votent pour la résolution. Cela au même titre que les autres pays membres non permanents qui l’ont déjà fait l’année dernière, et c’est le cas de l’Équateur, du Japon, de Malte et de la Suisse. La Chine, qui observe une neutralité positive dans ce dossier, vote désormais pour. C’est le cas aussi pour la Grande-Bretagne.
