Evénement
Sahara : «L’après-31 octobre» se précise
La «feuille de route de Madrid» a été enclenchée. Le plan d’autonomie, avec une version étoffée, est la seule base de discussion. Un agenda de sa mise en œuvre, dans le cadre de la résolution 2797, a été adopté. Le Maroc est plus que jamais conforté dans sa position. Analyse.
« Des délégations de haut niveau des États-Unis et des Nations unies ont facilité des discussions à Madrid, en Espagne, avec le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, concernant la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Sahara occidental».
C’est en ces termes que la mission des États-Unis à l’ONU a annoncé, sur la plateforme X, la tenue, les 8 et 9 février, d’une réunion entre les chefs de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, algérienne, Ahmed Attaf, mauritanienne, Mohamed Salem Ould Merzoug, un représentant du Polisario, le conseiller spécial de Donald Trump, Massad Boulos, le représentant permanent des États-Unis à l’ONU, Michael Waltz, et le représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura.
«Les délégations américaine et onusienne ont facilité, à Madrid, en Espagne, des discussions réunissant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie autour de la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara occidental», réaffirme un peu plus tard Massad Boulos.
Cela, tout en précisant que «sous la direction du Président Trump, les États-Unis demeurent engagés en faveur d’une solution juste, durable et mutuellement acceptable, qui favorise une paix durable et un avenir meilleur pour l’ensemble de la région».
La communication officielle autour de cette rencontre de deux jours s’arrête à ce stade. Cependant, d’après des analystes politiques, aussi bref et direct, le post sur «X» du représentant des États-Unis à l’ONU fournit déjà quelques éléments d’analyse. Le communiqué (le post) en lui-même est un acte diplomatique et politique assumé.
L’information sur le sujet relève exclusivement de Washington, ce qui est un point d’inflexion dans la recherche de la solution à ce différend. L’information, telle que publiée par la mission américaine, est celle qui fait désormais foi au niveau des Nations unies, du début à la fin de ce nouveau processus.
Et les États-Unis deviennent la partie «qui a le dernier mot» sur cette question. Pour tout commentaire, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, s’est contenté de rappeler que «la question du Sahara figure depuis longtemps à l’agenda des Nations unies». Et d’indiquer que «des délégations onusiennes de haut niveau sont présentes à Madrid», en saluant le rôle de médiation des États-Unis.
Ceci dit, sur le fond, les mots utilisés dans la communication de la mission des États-Unis à l’ONU sont lourds de signification. D’abord, il faut souligner qu’il n’est pas question de «négociations», mais de «discussions». Ce qui ne veut en rien dire que la rencontre était à caractère exploratoire, consultatif ou symbolique.
Les discussions ont porté sur une proposition unique sur la table, le plan d’autonomie dont le Maroc vient de présenter une version étoffée, élaborée au terme d’un processus de concertations ayant impliqué également les partis politiques, selon les termes de la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Et ce sont les États-Unis qui fixent le cadre opérationnel pour la mise en œuvre de cette résolution, qui constitue d’ailleurs un acquis historique marocain.
Dans quelques mois, un accord-cadre
Signalons au passage que, même si aucune déclaration officielle n’en a été faite, le fait que beaucoup de sources, médiatiques notamment, ont fait état de la présentation par le Maroc d’un document aussi détaillé, en comparaison avec les quelques pages que compte la version présentée en avril 2007, est un fait révélateur en soi.
Selon des analystes, cela signifie que «le Maroc a tranché son choix et a adopté un modèle clair et précis d’autonomie, après avoir écouté les différentes formations politiques représentées au Parlement».
De même, le fait que le Maroc se soit présenté à la réunion avec une proposition aussi détaillée indique que «l’autre partie a renoncé à son précédent refus de discuter de l’autonomie comme unique base des négociations. Elle a fini par accepter la proposition d’autonomie afin de parvenir à une solution définitive à un conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle».
Pour revenir au communiqué du chef de la mission des États-Unis à l’ONU, il parle, aussi, de «délégations de haut niveau», donc des représentants officiels «capables de prendre des décisions politiques de poids». Ce qui renseigne également sur l’ampleur de la pression américaine qui dépasse le rôle traditionnel de simple médiateur. D’où la présence de dirigeants diplomatiques influents de l’Administration Trump, des Nations unies, en plus des parties concernées.
Ce qui confère ainsi à ces discussions un caractère «décisif», tout en réduisant la marge de manœuvre et anéantissant les velléités d’atermoiement des autres parties. Même avec cela, il est clair, observe-t-on, que les États-Unis «n’ont pas encore sorti leurs griffes, et continuent de miser sur une diplomatie douce sans pression directe, en pariant sur le fait que l’Algérie comprendra que le moment est venu de résoudre ce conflit».
Le terme «mise en œuvre», également employé dans le communiqué, laisse entendre clairement que la résolution 2797, dont l’Algérie a fait une interprétation altérée, n’est pas un sujet d’analyse et de discussion. Elle est devenue une feuille de route entrée en vigueur et opérationnelle. Partant de là, les discussions de Madrid ont porté sur les mécanismes de son application sur le terrain.
Et l’implication de l’Algérie et de la Mauritanie dans les discussions sur sa mise en œuvre consacre la notion de responsabilité collective de ces parties. Ce qui, d’après les analystes, «s’aligne parfaitement avec la vision marocaine selon laquelle le règlement du conflit passe nécessairement par une table ronde incluant toutes les parties régionales influentes».
En définitive, là encore en s’en tenant aux échos de ces deux journées de discussion, il ressort de cette réunion que Washington a réussi à obtenir la reconnaissance des parties (y compris l’Algérie) que l’initiative marocaine actualisée est «le seul document sur la table» pour les discussions techniques. Il n’est plus question d’une quelconque «proposition alternative». Ce qui est une victoire diplomatique éclatante pour le Royaume.
Maintenant, dans la suite des évènements, les parties ont convenu de la création d’un «comité technique permanent», composé d’experts juridiques, sous supervision américano-onusienne, pour étudier les détails de la mise en œuvre de l’«autonomie», notamment les aspects liés à la fiscalité, la justice et la police locale. Washington est, par ailleurs, parvenu à un accord procédural, avec une prochaine réunion, probablement en mai, aux États-Unis pour la signature d’un «accord-cadre» politique.
Ainsi, ce qui s’est passé dans la capitale espagnole, les 8 et 9 février, n’était pas une simple rencontre, mais le début de tout un processus. Tout porte à croire que les discussions ont abouti à un accord formel qui inclut une procédure de négociation définissant ce qui sera discuté, qui y participera, où se tiendront les prochains rounds et, surtout, sur quelle base.
Pourquoi l’Espagne ?
Le lieu des discussions n’est pas fortuit. Pour des raisons pratiques, Madrid est géographiquement le point le plus proche pour toutes les parties concernées. Histoire de gagner du temps.
Au fond, le choix de la capitale espagnole comme lieu de la réunion porte une double symbolique : il consacre la reconnaissance internationale de la nouvelle position espagnole soutenant l’initiative marocaine et place les parties face à face dans une ville qui a historiquement été le théâtre de la signature d’accords décisifs.
Cela suggère que nous sommes en présence d’un «Accord de Madrid 2», mais cette fois sous parrainage américano-onusien. C’est sans doute pour cette raison que l’on parle de «feuille de route de Madrid».
Cependant, afin que les négociations restent sur un «sol américain», Washington a choisi de tenir la réunion à l’intérieur des murs de son ambassade à Madrid, ce qui constitue un signal clair : les États-Unis ne sont pas un simple médiateur neutre, mais un médiateur engagé et impliqué dans la recherche d’une solution au conflit.