Evénement
Revendications des jeunes, le gouvernement à l’écoute
La réaction du gouvernement a été rapide. Ouvert au dialogue, dans un cadre institutionnel, il compte lancer des actions concrètes et immédiates. Le Parlement organise une séance de travail sur la santé. Certaines mouvances politiques ont tenté de surfer sur la vague. Les intentions des initiateurs du mouvement de contestation ne sont pas encore claires.
La santé, l’enseignement, l’emploi, la lutte contre la précarité et l’exclusion étaient déjà des priorités des citoyens, exprimées lors de l’initiative «100 jours, 100 villes» lancée par le RNI à la veille des élections de 2021. Et c’est en toute logique qu’elles sont devenues des priorités du gouvernement.
Des réformes lourdes ont été engagées dans les deux secteurs, portées par deux lois-cadres et un arsenal de lois ordinaires et des décrets d’application. Dans l’enseignement, la réforme porte déjà ses fruits, tandis que dans le secteur de la santé, un programme de remise à neuf et d’équipement de quelque 1.400 centres de santé – cela va des centres hospitaliers régionaux aux petits dispensaires – est presque achevé.
Le reste est connu, un CHU et une faculté de médecine par région et un effort d’investissement inédit de la part du secteur privé. Les résultats seront palpables dans deux ou trois ans tout au plus. En attendant, les responsables du ministère sont à la tâche. Voilà la réalité.
Pourquoi donc faire de ces deux secteurs un «alibi» pour faire sortir dans les rues des jeunes, dont il est fort à parier qu’ils ne font même pas partie des préoccupations, a fortiori des priorités ? Avec la tournure que les choses ont prise, la question mérite d’être posée.
Serait-ce parce que le sujet a fait l’objet d’une manifestation à Agadir, à laquelle le gouvernement a d’ailleurs répondu de manière preste en corrigeant les dysfonctionnements, et sur laquelle les «instigateurs» du mouvement ont voulu capitaliser ? Et comme cette revendication va souvent de pair avec l’enseignement, que les deux soient associées n’a étonné personne.
À moins que les deux secteurs qui accumulent un héritage lourd de plusieurs décennies, qui ne peut être liquidé en l’espace d’un mandat gouvernemental, aient été choisis à dessein, non pas pour et par la GenZ, mais à l’intention de générations plus âgées pour garantir sinon leur sympathie et leur appui, du moins leur neutralité.
Ou encore, et on l’a vu depuis le premier jour, le moyen de garantir un appui moral de certaines formations et mouvances politiques qui y trouvent le moyen d’attaquer le gouvernement sur les deux secteurs où il a le plus travaillé et est sur le point de faire aboutir la réforme. Ce qui est étonnant par contre, c’est que la liste a été «enrichie», au fur et à mesure des échos et des réactions des uns et des autres.
Ce qui donne l’impression que cette liste a été établie à la hâte pour un scénario préétabli, puisqu’elle énumère des problématiques qui datent de plusieurs décennies, justice sociale et justice tout court pour tous, lutte contre la corruption…, des thématiques tout aussi loin des préoccupations de la GenZ (des jeunes nés entre 1997 et 2012).
Compréhension et actions
Autant d’interrogations soulevées ici et là, sans verser dans l’analyse de ce phénomène social que constitue une jeunesse hyperconnectée sur des réseaux de discussions de plus en plus incontrôlables. C’est d’ailleurs une problématique qui se pose partout dans le monde.
Le cas récent du Népal est instructif. Toujours est-il, après les premières sorties sans heurts, les dérapages d’abord mineurs et localisés ont pris une certaine ampleur.
À Inezgane, Aït Amira ou encore Témara et Oujda, ça n’a rien d’une revendication d’amélioration des conditions dans la santé et l’enseignement. Nul ne conteste aux jeunes et aux moins jeunes d’exprimer légalement leur mécontentement quand les réformes prennent du temps – du reste nécessaire – à donner leurs fruits, mais rien ne justifie les scènes de saccage et de destruction des équipements publics et des biens privés.
Dès le premier jour, les forces de l’ordre sont intervenues, de manière «équilibrée, graduée et non violente» et «dans le respect des procédures légales, avec un déploiement de forces non armées et sans recours aux moyens classiques de dispersion», d’abord pour interdire des rassemblements auxquels ont appelé des parties inconnues, ensuite pour interpeller les auteurs des actes de dérapage.
De son côté, le gouvernement n’a pas tardé à réagir à travers l’Institution de la présidence de la majorité, qui s’est réunie mardi dernier. Les dirigeants des trois formations de la majorité gouvernementale ont tenu à adresser un message clair aux jeunes.
Le gouvernement et les partis qui le composent sont «attentifs aux revendications sociales, exprimant leur compréhension et leur disposition à interagir avec elles de manière constructive et responsable, à travers le dialogue et le débat au sein des institutions et des espaces publics pour parvenir à des solutions réalistes et applicables, au service des causes de la Nation et des citoyens».
On retiendra que le gouvernement, contrairement à ses précédents, a adopté un langage sincère et imprégné de bonne foi.
Il a réagi rapidement, 72 heures après la première manifestation, et a choisi le canal de la présidence de la majorité, avec néanmoins la participation de 12 ministres, y compris ceux des secteurs concernés (santé, enseignement, emploi, jeunesse…) ainsi que le président de la Chambre des représentants.
Tout en insistant sur sa compréhension des revendications des jeunes, il a fait part de propositions d’initiatives concrètes. D’abord sa disposition à ouvrir immédiatement un dialogue direct, ensuite des discussions au sein des institutions constitutionnelles et un dialogue dans les espaces publics.
Il reconnaît aussi que certaines revendications des jeunes de la GenZ nécessitent des solutions réalistes et immédiatement applicables. Il annonce dans ce sens que des programmes sont prévus dans le cadre du projet de Loi de finances de 2026. Il a évoqué notamment «la mise à niveau globale des espaces territoriaux et le rattrapage des disparités sociales et spatiales selon une vision de développement équilibré et inclusive».
En même temps, à la première Chambre du Parlement, et sur demande des groupes parlementaires, une réunion de la Commission des secteurs sociaux a été programmée, mercredi, au cours de laquelle le ministre de la Santé a été invité à faire un exposé sur la situation du secteur. Le cap a été défini depuis le début et le gouvernement compte le maintenir jusqu’à la fin de son mandat.
À savoir renforcer l’investissement public et privé pour la création d’emplois, ainsi que pour faire aboutir les programmes de logement en cours, les initiatives de l’autonomisation des jeunes, les projets de lutte contre le stress hydrique, ainsi que la réforme de la justice et la consolidation de l’État de droit.
Ces réformes, «qui sont de nature à conforter le pacte social entre le citoyen et l’État, touchent en profondeur l’ensemble du système de l’action publique, de manière à contribuer à la concrétisation des aspirations communes de tous les Marocains».
La main invisible ?
D’abord la santé et l’enseignement pour tous, ensuite la santé et «l’enseignement sont plus prioritaires que le Mondial», et puis avec les images – qu’elles soient réelles ou le plus souvent des montages – des dérapages, car il y en a eus, l’on se pose la question si «sur le plan sécurité, le Maroc est apte à organiser la CAN25», et puis carrément on passe à la conclusion que «le Maroc n’est pas un pays sûr pour les touristes et les investisseurs»…
Ces échos dans les réseaux sociaux des manifestations des jeunes laissent entendre, comme le note cet observateur, que des parties qui ne se préoccupent que de semer le chaos agissent dans l’ombre avec des intentions cachées n’ayant aucun lien, ni avec la lutte pour améliorer les conditions, ni avec le bien public et encore moins les intérêts des jeunes.
La disparition de l’administrateur de la page Facebook de GenZ212 et l’apparition d’un faux compte attribué au groupe, et dont les postes sont systématiquement repris par les médias algériens, y compris officiels…, ces sorties qui ont gagné en violence depuis le premier jour ne sont pas aussi pacifiques qu’on les présente.
