Evénement
Réglementation des changes : Un pas décisif vers la flexibilité du dirham
Encouragement de l’investissement, facilitation des opérations des start-up, relèvement du plafond des dotations…, l’Office des changes inscrit sa nouvelle instruction dans le cadre de la prochaine étape de la réforme du régime de la flexibilité du Dirham.
La réglementation des changes vient de franchir une nouvelle étape en ce début d’année, qui s’inscrit dans le droit fil du choix assumé et volontariste du pays en matière de migration vers un système de change plus flexible.
Chaque année, l’Office des changes introduit, de manière prudente et surtout irréversible, des mesures qui visent à faire évoluer et assouplir le cadre régissant les opérations de change.
L’assouplissement de ces mesures intervient dans la perspective de la prochaine étape de la réforme du régime des changes, telle qu’expliquée par Abdellatif Jouahri, qui consiste à adopter un régime de ciblage de l’inflation et un pilotage du taux de change, à travers le taux directeur et les instruments de politique monétaire.
D’ailleurs, il avait précisé que 2026 constituerait une année test pour implémenter tous les process, avant de passer l’année prochaine à cette phase en bonne et due forme.
Ces réformes coïncident avec l’amélioration continue des avoirs officiels de réserve gérés par la banque centrale, portée par l’explosion des recettes touristiques, la progression continue des exportations, ainsi que l’ampleur des transferts de fonds de la part des MRE. Ces avoirs se sont donc élevés, au 26 décembre, à près de 443 milliards de dirhams, en hausse de 18% par rapport à la période précédente. Ce qui correspond à 5 mois et 20 jours d’importations de biens et services.
En tout cas, les nouvelles dispositions de l’instruction générale de l’Office des changes, qui sont rentrées en vigueur le 1er janvier de cette année, visent en particulier à améliorer le climat des affaires, à promouvoir les exportations, à encourager l’investissement, à soutenir le développement du commerce électronique et à consolider les régimes relatifs aux voyages professionnels et personnels.
Start-up, investissements et dotations
Ainsi, une grande attention a été allouée aux start-up. Désormais, celles labellisées par l’Agence de développement du digital (ADD) ont la possibilité de réaliser des investissements à l’étranger en rapport avec leur activité, à hauteur de 10 millions de dirhams, et sont dispensées de la justification des trois années d’activité.
Elles peuvent également réaliser des opérations électroniques à hauteur de 2 MDH, au lieu de 1 MDH précédemment.
Pour leur part, les étrangers résidents, détenant des investissements au Maroc pour une période minimale de dix années et qui ne disposent pas de justificatifs de financement en devises, peuvent transférer les revenus de ces investissements, dans la limite de 2 millions de dirhams.
L’assouplissement des changes ne s’arrête pas là. En effet, les dotations voyages personnels, d’affaires ou d’études ont également été revues à la hausse. Ainsi, le plafond de la dotation supplémentaire pour voyages personnels est relevé à 400.000DH contre 200.000 une année auparavant, toujours sur la base de 30% de l’IR. Elle reste évidemment cumulable avec la dotation de base de 100.000 DH.
Pour les voyages d’affaires, le plafond a été doublé en faveur des sociétés ne disposant pas de comptes en devises ou en dirhams convertibles, à 1 MDH au lieu de 500.000 DH, en tenant compte de 100% de l’impôt payé au titre de l’année précédente.
Il s’agit aussi du relèvement de cette même dotation réservée aux opérateurs catégorisés à un 1,5 MDH au lieu de 1MDH. Pour les voyages études à l’étranger, le plafond mensuel des frais de séjour a été augmenté à 15.000 DH contre 12.000 DH auparavant.
Faciliter l’e-commerce et l’achat immobilier
Parallèlement à cela, les dotations e-commerce ont été plus élargies, à travers l’octroi d’un minimum de 50.000 DH en faveur des sociétés nouvellement créées et celles exonérées d’impôt, ainsi que pour les sociétés dont l’impôt payé est inférieur à 50.000 DH.
Les personnes physiques ne sont pas laissées pour compte, puisque leur dotation au titre des achats électroniques à l’étranger a été relevée à 20.000DH, contre 15.000 DH initialement.
Dans le cadre de l’IGOC 2026, les exportations de services occupent une place centrale en tant que levier stratégique de diversification de l’économie marocaine. L’Office des changes autorise notamment les titulaires de marchés à l’étranger à alimenter leurs comptes en devises ou en dirhams convertibles à hauteur de 15% du montant rapatrié, sous certaines conditions.
Cette mesure vise à améliorer la trésorerie des exportateurs de services et à renforcer leur capacité à se positionner sur les marchés internationaux, dans un contexte de concurrence accrue.
Enfin, l’office des changes a insisté sur l’adaptation du régime des crédits immobiliers aux besoins des MRE. Il a, en effet, veillé au relèvement du taux de financement des crédits immobiliers en dirhams accordés à la diaspora marocaine à 80% de la valeur du bien en question, et ce, pour toute opération d’acquisition de biens immeubles au Maroc, sans limitation du nombre de biens financés.
Les réserves de change ont doublé en une décennie
Depuis 2015, le Maroc a constitué un bon matelas de réserves en devises, lui permettant de faire face aux éventuelles perturbations externes. Ainsi, les avoirs officiels en devises ont plus que doublé, passant de 215 à près de 443 MDH, dix ans plus tard.
Il est à savoir que les réserves de change sont constituées des placements en devises (dépôts et titres), des avoirs en or, des avoirs en DTS (droits de tirage spéciaux), des monnaies étrangères (billets de banque étrangers), ainsi que de la position de réserve au FMI. Alors que les dépôts et titres en représentent plus de 87%, à 387 milliards de dirhams, les autres composantes, réunies, en drainent 12,5%.