Agriculture
Pluies tardives : Saison agricole pas totalement compromise
Le stress hydrique n’est pas derrière nous, encore moins les effets des six années de sécheresse. En revanche, les récentes pluies nourrissent bien des espoirs sur plusieurs sillons. Explications.
Quels que soient l’intensité, le timing ou les zones qui sont touchées, les pluies sont toujours bénéfiques. Et à plus d’un égard. Déjà que cela intervient pour rompre, ne serait-ce que de manière séquentielle, ce cycle de sécheresse qui s’enchaîne pour une sixième année consécutive. Psychologiquement, l’impact sur l’état d’esprit non seulement des agriculteurs ou encore des éleveurs s’en ressent, mais aussi celui d’autres franges du tissu économique, voire sociétal de manière générale.
Certes, «on est dans une phase de transition astronomique qui s’oriente vers la saison du printemps», et quand bien même on s’attendrait à avoir des précipitations entre l’automne et l’hiver, les évolutions atmosphériques en ont décidé autrement. Mais ceci dit, les récents développements météorologiques font «que ce qui devait avoir lieu sur les deux dernières saisons est en train d’être vécu en ce début de printemps», nous dit le climatologue Mohamed Saïd Karrouk. Et de résumer : «Mieux vaut tard que jamais !».
Avec des précipitations qui concernent, pratiquement, tout le pays, cela augure, en fait, de belles choses, vous dira le citoyen lambda.
L’espoir reste de mise
Toujours est-il que le son de cloche n’est pas le même selon les émetteurs des appréciations conjoncturelles. Le cas de Bank Al-Maghrib qui a rappelé, à l’issue de la réunion de son conseil d’administration du 19 mars, que le démarrage de la campagne agricole a été sous le signe de conditions climatiques défavorables, avec de faibles précipitations et inégalement réparties et sur le plan territorial et au niveau temporel. Ce qui, on s’en doute, n’a pas manqué d’impacter la superficie emblavée. Cette dernière devant se situer autour de 2,5 millions d’hectares contre près de 3,7 millions l’année dernière.
Or, au regard de la situation, la production céréalière en accusera un sacré coup. En effet, selon les projections de la banque centrale, ladite production avoisinerait les 25 millions de quintaux, contre 55,1 millions un an auparavant. Prévenant sur le manque à compenser, on comprend pourquoi le Maroc a anticipé en optant pour davantage d’importations. Les subventions accordées participent à cet effort pour éviter toute pénurie sur le marché ou encore des flambées vertigineuses au niveau des prix.
Si le marché local sera épargné des dégâts collatéraux, ou tout au moins être contenus, n’empêche que la valeur ajoutée agricole accusera bien le coup. Les prévisions de BAM avancent, en fait, une contraction de 6,4% en 2024. En revanche, pour 2025, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière moyenne de 55 millions de quintaux, cette valeur ajoutée pourrait enregistrer un rebond pour atteindre les 12,8%. Nuance, néanmoins! En effet, il est précisé, au niveau de la banque centrale, que ces projections ne prennent pas en compte les dernières pluies.
Il n’y a pas que les céréales
Maintenant, au-delà des scénarios à moyen terme, les précipitations de ces derniers jours demeurent une bonne nouvelle. Pour les céréales, on n’en parle «pratiquement» plus. C’est irrécupérable, sauf pour certaines régions. En revanche, d’autres cultures pourront en tirer profit. Notamment, celles inscrites dans le registre «printanier» : les légumineuses et autres maraîchage, arboriculture ou encore l’olivier, nous indique le président de la Comader. Rachid Benali rassure encore davantage lorsqu’il relève qu’il y a des chances que la saison céréalière soit sauvée, notamment dans la zone du Saïss, la région du Nord ou encore dans le Gharb.
Les éleveurs auront aussi, si tout va bien, peu, voire pas, de soucis à se faire. Il y aura assez de pâturage pour les cheptels, la production du fourrage devrait également bénéficier de ces pluies. Aussi, l’État pourrait-il ne pas mettre la main à la poche en matière de subvention publique, que ce soit pour l’orge ou encore pour les autres aliments de bétail. Tant mieux pour les caisses. Reste à savoir ce que serait l’impact sur l’Aïd Al Adha ? Patience, on y verra plus clair au fil des semaines à venir.
Les réserves !
En attendant les confirmations quant aux divers impacts positifs des récentes pluies, que d’aucuns espèrent s’inscrire dans une certaine durée, on sait tout au moins qu’elles auront plein de bienfaits. Selon la toute récente note de conjoncture de la DEPF, le taux de remplissage des barrages était à 26,84% à la date du 27 mars et la situation va en s’améliorant légèrement. Oui, on n’est pas dans les 34% de l’année dernière, mais «ça va de mieux en mieux !». Pour la DEPF, «ces précipitations devraient (…) renforcer la nappe phréatique et les réserves hydriques au niveau des barrages nationaux». Mais, attention ! Ce n’est pas une raison pour lâcher la bride. On est loin de la résorption des déficits hydriques cumulés ces dernières années. Autrement, les mesures prises pour la rationalisation de la consommation de la ressource aquatique doivent rester de mise pour sauver le présent et mieux gérer l’avenir.
