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Maroc-UE : Un tournant décisif

Le partenariat entre Rabat et Bruxelles est en passe de connaître une nouvelle inflexion. Face aux tergiversations de l’UE, quant à la nature de l’accord qu’elle veut négocier avec le Royaume, Rabat prône la clarification.

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« La balle est dans le camp de l’Union européenne». C’est le condensé du message transmis par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à l’UE à travers son commissaire à la politique de voisinage et à l’élargissement, Oliver Varhelyi, par rapport à ce qui devrait prévaloir dans le partenariat entre Rabat et Bruxelles.

Or, quand il s’agit de parler de la nature des liens, multidimensionnels, entre Rabat et Bruxelles, certains observateurs ont tendance à remonter le fil de l’histoire, alors que d’autres zooment sur le présent, tout en scrutant l’avenir. Dans tous les cas de figure, «les évaluations demeurent prisonnières d’une vision qui devient de plus en plus anachronique, au regard de l’évolution que connaît la doctrine diplomatique du Royaume au cours des dernières années». Et qui va se confirmant.

Les propos du chef de la diplomatie marocaine, lors de la conférence de presse commune avec le commissaire européen à la politique de voisinage et à l’élargissement, tenue lundi 25 novembre, en livrent un aperçu qui n’aura pas échappé aux observateurs.

Nasser Bourita a été on ne peut plus clair lorsqu’il soulignait que «le Royaume du Maroc attend de l’Union européenne qu’elle prouve son engagement envers le partenariat par les actes et non les paroles». Ceci d’autant plus que la visite du responsable européen intervient à un moment où ce partenariat traverse une «étape» de son histoire.

Certes, ces dernières semaines, sur fond de la décision de la Cour européenne de justice, relative aux accords agricole et de la pêche et aux produits en provenance des provinces du sud du Royaume, on a eu droit à une multitude de déclarations, qu’elles proviennent de Bruxelles ou encore des pays de l’UE, convergeant vers «l’importance stratégique accordée à ce partenariat», encore faut-il, souligne Bourita, qu’elles «doivent être concrétisées sur le terrain».

Ceci passera, insiste le ministre des Affaires étrangères, par le fait que l’UE doit «cimenter son partenariat avec le Maroc et le défendre contre le chantage et le harcèlement juridique et économique». C’est que «le Maroc s’attend à voir la réponse de l’UE à ces provocations, à travers les mesures et les politiques qu’il prendra face à cette réalité».

Rabat veut des «preuves tangibles»
D’autant plus, précisera-t-il, qu’on est en face «d’actions qui contredisent effectivement l’engagement de l’Europe envers le partenariat avec le Maroc». En effet, au-delà des prises de position exprimées, le Maroc «attend des propositions et des mesures pratiques à même de répondre aux interrogations et défis auxquels fait face ce partenariat», résumera Nasser Bourita.

Ce dernier rappellera que la position du Maroc est claire et puise ses fondements dans le discours royal du 6 novembre dernier, à l’occasion du 49e anniversaire de la Marche Verte, et dans lequel le Souverain a affirmé que «les partenariats et les engagements juridiques du Maroc ne se feront pas au détriment de son unité nationale et de son intégrité territoriale».

Et de poursuivre que l’engagement du Royaume envers son partenariat et sa relation avec l’Union européenne «ne se fera pas à n’importe quel prix» et que «pour le Maroc, il ne peut y avoir, en aucun cas, de compromis au détriment des lignes rouges» tracées par le Royaume.

Or, ces lignes rouges, le Maroc n’a eu de cesse de les souligner, mais il n’empêche qu’on ne peut faire l’économie de les réitérer à l’endroit non seulement de l’Europe des 27 mais du monde entier. Car, «autant le Maroc est attaché à ce partenariat, autant il s’attend à un engagement concret de la part de l’Union européenne pour le traduire dans les faits», insiste Bourita, qui n’a pas manqué de relever que «la balle est désormais dans le camp de l’Union européenne pour qu’elle trouve des solutions».

Et cela ne devra pas prendre une éternité, puisque le Royaume aspire à voir dans «les semaines et les mois à venir des preuves tangibles concernant ce partenariat».

On l’aurait compris, le Royaume voudrait en finir avec les soubresauts qui déteignent sur ce partenariat, notamment sur fond des «épisodes» judiciaires, portant atteinte à son intégrité territoriale, auxquels on assiste depuis 2016.

C’est dire la détermination du Maroc face aux tergiversations de Bruxelles quant à la nécessité de clarifier, une bonne fois pour toutes, et à travers des actes assumés et non plus de belles paroles, la manière dont l’Union des 27 apprécie le devenir de ce partenariat bilatéral.

Loin d’un quelconque «codage diplomatique», le ministre des Affaires étrangères aura transmis un faisceau de messages exhortant l’Union européenne à traduire les positions de circonstance par des actes. La logique voudrait que l’on doive s’attendre à un tournant décisif.

En effet, c’est à l’aune des actions, qui prennent en compte ses intérêts suprêmes, que le Royaume, un et indivisible, évalue d’ores et déjà ses relations avec ses partenaires.


Quelques dates clés…
Certes, le partenariat entre le Maroc et l’Union européenne remonte à plus d’un demi-siècle, mais il n’en demeure pas moins qu’au fil des années, le dispositif l’encadrant n’a cessé de se renforcer. Un partenariat qui est notamment régi par l’accord euro-méditerranéen d’association dont l’entrée en vigueur date de l’année 2000.

Par ailleurs, la signature en 2008 de la feuille de route sur le Statut avancé viendra insuffler une nouvelle dynamique à ce partenariat en permettant, notamment le renforcement du dialogue politique et la coopération sur les plans politique et sécuritaire, mais aussi l’intégration progressive du Maroc dans le marché intérieur de l’UE, et ce, via la convergence législative et réglementaire.

Aussi, à la faveur de cette dynamique, l’on assistera à l’élargissement du partenariat à de nouveaux acteurs, dont le Parlement, le CESE et la société civile.

En 2013, la politique européenne de voisinage viendra «compléter et renforcer ce partenariat en rendant le dialogue entre les deux parties permanent et mieux structuré». Ainsi, des comités techniques ont été institués et des réunions se tiennent régulièrement sur des thèmes tels que le dialogue politique, la justice, la sécurité, etc.