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Evénement

Maroc-Sénégal : La coopération redynamisée

Rabat et Dakar veulent insuffler un nouvel élan à leur coopération bilatérale. Les nombreux accords signés lors de la dernière Commission mixte devraient stimuler leurs échanges et consolider un partenariat érigé en modèle sur le continent.

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Une pluie d’accords, des défis communs et des promesses d’investissements ont marqué la 15e Grande Commission mixte de coopération Maroc-Sénégal, tenue les 26 et 27 janvier.

Cet événement a été riche en résultats et a permis de consolider des relations séculaires et diversifiées, solidement ancrées au fil du temps et des circonstances. La dernière rencontre de ce type remontait à 2013, rendant ces retrouvailles particulièrement symboliques pour Rabat et Dakar.

Le ton a été donné lors de cette rencontre bilatérale par les deux chefs de gouvernement, qui ont mis en avant la profondeur et la durabilité des relations bilatérales.

«Le Maroc et le Sénégal sont liés par une relation d’investissement durable et diversifiée», a déclaré Aziz Akhannouch. Pour son homologue sénégalais, Ousmane Sonko, la coopération économique et commerciale, déjà très dynamique, peut être portée à un niveau supérieur.

«Le Sénégal réaffirme son engagement constant à œuvrer, sans relâche, au renforcement et à l’élargissement de la coopération avec le Maroc, dans l’esprit des liens culturels, spirituels et historiques unissant les deux peuples et dans l’intérêt supérieur des deux pays», a-t-il affirmé.

17 accords dans des secteurs stratégiques
Il a également précisé que le Sénégal pouvait compter sur le Maroc en tant que partenaire fiable pour atteindre ses objectifs de développement, y compris l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050». Au-delà des déclarations, la rencontre a été concrète : 17 accords de coopération et partenariats ainsi que des mémorandums d’entente ont été signés.

Dans le domaine diplomatique, les ministres Nasser Bourita et Cheikh Niang ont signé plusieurs conventions, parmi lesquelles un mémorandum d’entente relatif à la mise en place d’un mécanisme de consultations consulaires, un projet de mémorandum d’entente dans le domaine de la jeunesse et un protocole d’application de l’accord relatif aux transports internationaux routiers de voyageurs et de marchandises.

La coopération industrielle et commerciale a aussi été renforcée. Le mémorandum d’entente sur le développement des petites et moyennes entreprises (PME), l’accord de coopération dans les infrastructures industrielles et le protocole d’accord sur la normalisation illustrent la volonté des deux pays de stimuler leurs échanges économiques.

Ces accords interviennent dans un contexte où le Sénégal entre dans une nouvelle phase de développement, notamment dans le pétrole, le gaz et les zones économiques spéciales.

Développer l’agriculture et l’économie maritime
L’agriculture, pilier de l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050», a été au centre des discussions. Le Sénégal souhaite tirer profit de l’expertise marocaine, à travers l’accord relatif au développement des filières animales, la santé animale et la sécurité sanitaire des aliments.

Le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, et le ministre sénégalais de l’Économie, du plan et de la coopération, Abdourahmane Sarr, ont signé un accord de coopération pour le contrôle sanitaire des produits de la pêche et de l’aquaculture. La coopération maritime entre les deux pays devrait également s’accélérer.

Le Sénégal envisage de s’inspirer des succès marocains dans ce domaine pour développer de grandes infrastructures portuaires, comme le futur port en eau profonde de Ndayane, situé à 50 km de Dakar. L’accord de partenariat et de coopération entre l’Agence nationale des ports (ANP) et le Port autonome de Dakar (PAD) s’inscrit pleinement dans cette ambition.

Dans le secteur de l’enseignement supérieur, un programme d’application pour la période 2026-2028 a été signé, confirmant la volonté des deux nations de renforcer les échanges scientifiques et académiques.

Renforcer les échanges économiques
En marge de la Commission mixte, un forum économique a été organisé le 27 janvier à Casablanca, réunissant les patronats des deux pays et présidé par les deux chefs de gouvernement. «Le Sénégal est pour les entreprises marocaines une porte d’entrée naturelle vers l’Afrique de l’Ouest.

Mais il est surtout un partenaire majeur sur le continent : sur les 10 premiers mois de 2025, les échanges commerciaux entre nos deux pays frôlent les 300 millions de dollars», a souligné Akhannouch.

Pour Ousmane Sonko, la relation commerciale doit aller plus loin : «Nous voulons passer d’une relation économique encore largement centrée sur des flux commerciaux à une relation fondée sur la complémentarité productive, la coproduction, la transformation locale et l’intégration de nos chaînes de valeur respectives».

Chakib Alj, président de la CGEM, a rappelé que «les exportations marocaines vers le Sénégal ont dépassé 4 milliards de dirhams en 2024, tandis que les importations marocaines ont plus que doublé pour atteindre près de 600 millions de dirhams».

Selon lui, les opérateurs marocains sont prêts à investir davantage, en partenariat avec les entreprises locales, dans un esprit de win-win. «Le Groupe d’impulsion économique Maroc-Sénégal a un rôle clé à jouer dans ce sens. Il doit être un outil d’accélération, pour passer plus rapidement de l’intention à l’action, identifier des projets concrets, lever des obstacles et accélérer le déploiement des investissements», a-t-il recommandé.

Pour Pierre Goudiaby Atepa, président du Club des investisseurs du Sénégal, l’environnement des affaires est très attractif : «Le Sénégal affiche une dynamique de croissance soutenue avec un taux de croissance de 7,8% en 2025, reflétant une expansion rapide de l’économie au cours de la dernière décennie. Cette trajectoire s’accompagne d’une inflation contenue, projetée à environ 1,2% en 2025».

Et d’ajouter : «Les entreprises marocaines qui investissent au Sénégal font partie intégrante de notre écosystème économique et elles opèrent comme chez elles, dans un esprit de partenariat, de respect mutuel et de confiance réciproque».


Investissements : 36 projets marocains agréés au Sénégal
Au fil des années, les entreprises marocaines ont largement contribué au développement du Sénégal.

D’après Bakary Sega Bathily, directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix), «36 projets marocains ont été agréés au Sénégal entre 2010 et 2025, pour un montant cumulé d’environ 320 millions de dollars, donnant lieu à la création de près de 1.900 emplois.

Ces investissements concernent principalement les infrastructures portuaires, l’agro-industrie, l’aviculture et les matériaux de construction». Une dynamique qui sera renforcée par les nouveaux accords axés sur un partenariat gagnant-gagnant.