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Evénement

L’école marocaine réussit l’épreuve de la grande réforme

Budget en hausse, nouveaux établissements, écoles et collèges pionniers, lutte contre le décrochage…, au moment où des centaines de milliers de candidats passent les épreuves du baccalauréat, le Maroc mesure aussi les premiers effets de la réforme éducative engagée depuis 2022.

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Chaque mois de juin, le Maroc retient son souffle. Derrière les portes des lycées, des centaines de milliers de candidats planchent sur les épreuves du baccalauréat, ultime étape d’un parcours scolaire qui conditionne souvent l’accès à l’enseignement supérieur et à la mobilité sociale.

Mais au-delà des résultats et des taux de réussite, qui seront annoncés le 16 juin, cette session 2026 constitue aussi un révélateur d’une transformation plus profonde: celle d’un système éducatif engagé depuis plusieurs années dans une vaste réforme.

Car les candidats qui composent aujourd’hui sont les premiers bénéficiaires d’un effort budgétaire, pédagogique et organisationnel sans précédent. À travers la Feuille de route 2022-2026, le gouvernement a fait de l’éducation l’un des principaux piliers de son projet d’État social.

Une ambition que le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, résume ainsi : «L’éducation occupe une place centrale parmi les priorités gouvernementales, en tant qu’investissement stratégique pour l’avenir des générations montantes et pour le développement du pays.»

Les chiffres donnent la mesure du chantier. Cette année, près de 7 millions d’élèves sont scolarisés dans l’enseignement public.

Parmi eux, 730.000 ont rejoint pour la première fois les bancs de l’école publique, soit une hausse de 7,4% par rapport à l’année précédente. Un signal que l’Exécutif interprète comme un regain de confiance des familles envers l’école publique.

Pour accueillir cette population scolaire, le Royaume a mobilisé plus de 299.000 enseignants répartis dans un réseau de 12.441 établissements, comprenant 8.491 écoles primaires,

2.337 collèges et 1.674 lycées qualifiants. C’est dans ces établissements que se joue aujourd’hui l’avenir des candidats au baccalauréat.

L’école publique à l’heure des grands investissements
Rarement l’éducation aura bénéficié d’un tel soutien financier. Entre 2021 et 2026, le budget du secteur est passé de 58 milliards à
99 MMDH, soit une progression de plus de 68%. Cette hausse traduit une conviction forte au sommet de l’État : la compétitivité du Maroc se construira d’abord dans les salles de classe.

«La réforme de l’école publique ne pouvait plus attendre», a affirmé Akhannouch lors de la session des questions orales sur la politique générale au sein de la première Chambre du Parlement, tenue le 8 juin à Rabat.

«Le Maroc avait besoin d’un véritable saut qualitatif permettant d’accompagner les ambitions du pays et de construire une école garante de qualité, d’équité et de promotion sociale.»

Sur le terrain, cet effort s’est traduit par l’ouverture de 758 nouveaux établissements entre 2022 et 2025, dont 169 pour la seule année scolaire en cours. En parallèle, 5.000 établissements ont bénéficié d’opérations de réhabilitation et de modernisation.

Les indicateurs liés aux conditions d’apprentissage évoluent également dans le bon sens. Le taux d’encombrement des classes est passé de 9,4 à 5,7%.

Dans le primaire, les classes à niveaux multiples ont fortement reculé, tandis que les situations de surcharge au collège ont été presque divisées par deux en quatre ans. Des améliorations qui peuvent sembler techniques, mais qui ont un impact direct sur les apprentissages et, à terme, sur les performances des futurs bacheliers.

Les écoles pionnières, laboratoire de la réussite scolaire
L’une des réformes les plus emblématiques reste celle des écoles pionnières. Lancé à titre expérimental dans 626 écoles primaires en 2023-2024, le programme couvre désormais 4.626 établissements et près de 2 millions d’élèves.

Son principe : adapter l’enseignement au niveau réel des apprentissages des élèves, renforcer les outils pédagogiques et moderniser l’environnement scolaire.

L’ampleur du déploiement est considérable. Plus de 80.000 enseignants et 960 inspecteurs pédagogiques ont été formés aux nouvelles méthodes. Les établissements ont bénéficié d’équipements supplémentaires, d’outils numériques et d’un accompagnement renforcé des familles.

Les résultats revendiqués sont spectaculaires. Les acquis des élèves ont été multipliés par quatre en mathématiques, par deux en arabe et par trois en français. Le taux de maîtrise des compétences fondamentales est passé de 11% lors des évaluations initiales à 45% lors des évaluations finales.

Plus révélateur encore, les élèves issus de ces établissements arrivent au collège avec un avantage académique pouvant atteindre dix points par rapport à leurs camarades issus d’écoles classiques.

Pour le chef du gouvernement, cette dynamique confirme la pertinence des choix opérés. La réforme repose, rappelle-t-il, sur trois piliers essentiels: «L’élève, l’enseignant et l’établissement scolaire.»

Le défi du décrochage scolaire
Si le baccalauréat représente l’aboutissement du parcours scolaire, encore faut-il parvenir jusqu’à cette étape. Pendant longtemps, le décrochage scolaire a constitué l’un des principaux points faibles du système éducatif marocain.

C’est précisément pour répondre à ce défi qu’a été lancé le programme des Collèges pionniers. Aujourd’hui, 786 collèges sont engagés dans cette démarche, soit près de 30% des collèges publics du Royaume.

Ces établissements accueillent environ 700.000 élèves. Plus de 41.000 enseignants, 700 inspecteurs pédagogiques et 780 conseillers d’orientation ont été formés dans le cadre du dispositif. L’objectif est d’atteindre 1.363 collèges et plus de 1,1 million d’élèves dès l’année scolaire 2026-2027.

Les premiers résultats sont encourageants. Le taux d’abandon scolaire dans les collèges concernés est passé de 8,4% en 2023-2024 à 4,45% en 2024-2025. Dans 230 collèges pilotes, le décrochage a même reculé de plus de 50%.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large. Le taux d’accès à l’enseignement collégial est passé de 50% en 2000 à 90% en 2024, signe d’une démocratisation progressive de l’accès à l’éducation.

Parallèlement, quelque 35.000 jeunes ont été réintégrés dans des parcours de formation grâce aux Écoles de la deuxième chance – Nouvelle Génération. Le gouvernement a renforcé les dispositifs de soutien social afin de limiter l’impact des difficultés économiques sur la scolarité.

Les aides directes bénéficient désormais à près de 3,4 millions d’élèves, contre 2,7 millions l’année précédente. Parmi eux, 1,9 million vivent en milieu rural.

Cette logique d’équité commence dès le préscolaire. Le taux de couverture dépasse désormais 80%, bénéficiant à plus de 985.000 enfants. Plus de 11.000 nouvelles classes de préscolaire public ont été créées pour accompagner cette généralisation.Autant de chiffres qui dessinent une école marocaine en mutation.

Alors que les regards sont tournés vers les centres d’examen et les futurs résultats du baccalauréat, une autre évaluation est en cours : celle de la capacité de la réforme à produire, dans la durée, une école plus performante, plus inclusive et plus attractive.

Pour Akhannouch, l’objectif dépasse largement les seuls indicateurs statistiques. «La démocratie dans l’éducation ne se limite pas à l’accès à l’école ; elle implique également la garantie de la qualité, de l’équité et de l’égalité des chances pour chaque élève, quel que soit son milieu social ou son lieu de résidence».

Une ambition dont les candidats au bac sont, cette année, les premiers témoins.


Revalorisation historique des ressources humaines
Entre 2021 et 2026, la réforme du système éducatif s’est traduite par une forte revalorisation des ressources humaines. 109.000 postes budgétaires ont été créés, dont près de 99.450 pour les enseignants.

Le dossier des enseignants contractuels (115.000 personnes) a été clôturé pour 2,4 MMDH. Un nouveau statut de la fonction publique éducative a été adopté, accompagné d’une hausse générale de 1.500 DH, représentant 5 MMDH. Plus de 22.000 enseignants ont bénéficié d’une promotion exceptionnelle, dont 14.700 dans le primaire.

Le gouvernement a aussi versé des indemnités complémentaires à 1.100 fonctionnaires (plus d’un milliard de dirhams) et organisé des promotions pour 12.000 bénéficiaires (2 milliards de dirhams).

La masse salariale est passée de 48 à 78 milliards de dirhams. Ces mesures traduisent une reconnaissance structurelle du métier d’enseignant et s’inscrivent dans un dialogue social renforcé depuis 2022.