Evénement
Emploi : Le gouvernement lance un nouveau modèle de formation
Le Maroc se dote d’un programme national inédit pour refonder la formation professionnelle sur l’apprentissage. Le nouveau dispositif vise à former 100.000 apprentis par an d’ici 2026. Il se veut à la fois une réponse aux défis de l’emploi et un levier de compétitivité pour les secteurs productifs.
C’est un virage stratégique que le Maroc vient d’amorcer. Avec le programme Tadaroj qu’il vient de lancer, le gouvernement inscrit la formation par apprentissage au centre de la politique de développement des compétences.
L’objectif est clair : former sur le terrain, dans les entreprises et les ateliers, plutôt que dans les seuls centres théoriques.
Une méthode pragmatique et inclusive qui s’adresse en priorité aux jeunes non diplômés, aux artisans et aux petites structures cherchant à transmettre leur savoir-faire.
Jusqu’à présent, le dispositif d’apprentissage restait marginal dans le paysage de la formation professionnelle. À peine 25.000 jeunes en bénéficiaient chaque année, tous secteurs confondus.
Avec Tadaroj , le Royaume change d’échelle et vise la barre des 100.000 apprentis par an dès 2026.
Le ministre de l’Inclusion économique, Younes Sekkouri, en fait un pilier de la nouvelle stratégie nationale de l’emploi, soulignant que deux tiers des chômeurs marocains n’ont aucun diplôme. L’apprentissage devient donc un outil central pour inverser la tendance.
Le programme Tadaroj couvre un large spectre d’activités : artisanat, agriculture, pêche, tourisme, industrie et services. Il privilégie les métiers où la transmission du geste professionnel et l’expérience pratique sont essentielles.
Dans le secteur de l’artisanat, plus de 200 métiers sont recensés, dont 80 relevant des arts traditionnels. Une manière de valoriser les savoirs locaux et de relancer un pan du patrimoine productif national souvent menacé par la désindustrialisation ou la standardisation.
Au-delà de la diversité des filières, Tadaroj mise sur un parcours de formation équilibré, d’environ 11 mois, alternant enseignement théorique et immersion professionnelle.
Cette alternance doit permettre une meilleure adaptation aux besoins des entreprises et une insertion plus rapide dans le marché du travail.
30.000 apprentis, la première année
La mise en œuvre du programme repose sur une gouvernance concertée entre le ministère de l’Inclusion économique et les départements partenaires, notamment ceux de l’Artisanat, de l’Agriculture, du Tourisme et de la Jeunesse.
Le dispositif s’appuie aussi sur les opérateurs publics, tels que l’OFPPT et l’Anapec, mais également sur un réseau d’acteurs régionaux : les 12 Chambres d’artisanat et les associations gestionnaires des 67 Centres de formation répartis sur tout le territoire.
Pour la seule année 2025-2026, ces structures accueilleront 30.000 apprentis, chiffre appelé à tripler à mesure que les partenariats se renforcent.
D’autres conventions sont en cours de signature pour étendre l’apprentissage à de nouveaux secteurs productifs, avec une priorité donnée aux régions à fort potentiel d’emploi.
Afin d’encourager la participation, Tadaroj prévoit une bourse annuelle de 5.000 DH pour chaque apprenti, un soutien renforcé de 20% pour les centres de formation, ainsi qu’une indemnité revalorisée à 300 dirhams par stagiaire pour les formateurs.
Ces incitations financières visent à lever les barrières à l’entrée, notamment pour les jeunes issus de milieux défavorisés et pour les maîtres artisans dont les ressources restent limitées.
Mais au-delà du soutien matériel, le programme ambitionne de créer une culture nationale de l’apprentissage, à l’image des systèmes duals qui ont fait leurs preuves en Allemagne ou en Suisse.
Le Maroc souhaite ainsi bâtir un modèle hybride, adapté à ses réalités socioéconomiques, où les entreprises deviennent de véritables espaces de formation.

L’artisanat, un terrain d’expérimentation
Le pari de Tadaroj n’est pas seulement social. Il est aussi économique. Dans un contexte où le tissu productif marocain se transforme sous l’effet de la transition industrielle et numérique, le pays a besoin de main-d’œuvre qualifiée et adaptable.
Les filières industrielles, touristiques ou agricoles font face à une pénurie de compétences intermédiaires. Le dispositif d’apprentissage pourrait ainsi devenir une réponse concrète à la désarticulation entre formation et emploi, souvent dénoncée par les entreprises.
L’artisanat, pilier historique de l’économie marocaine, constitue à cet égard un terrain d’expérimentation privilégié. En intégrant des modules modernes de gestion, de marketing ou de digitalisation, le programme vise à moderniser les métiers traditionnels sans en altérer l’essence.
Pour réussir, Tadaroj devra relever plusieurs défis structurels. D’abord celui de la capacité d’accueil : atteindre 100.000 apprentis suppose une montée en puissance rapide des infrastructures et de l’encadrement.
Ensuite, la qualité de la formation en entreprise devra être garantie, notamment à travers la certification des maîtres artisans et un suivi rigoureux des apprentis.
La cohérence régionale représente également un enjeu majeur. Chaque territoire devra adapter le dispositif à ses besoins spécifiques, qu’il s’agisse de métiers agricoles dans le Souss-Massa, d’artisanat dans Fès-Meknès ou d’industrie dans Casablanca-Settat.
Enfin, la réussite de ce programme passera par la mesure de l’insertion réelle des apprentis, condition essentielle pour en évaluer l’impact.
Si la promesse de ce programme est tenue, le pays pourrait bien ouvrir une nouvelle ère pour la formation professionnelle : une ère où chaque jeune, qu’il soit diplômé ou non, peut apprendre, produire et s’insérer durablement dans l’économie marocaine.
