Evénement
Croissance, emplois… Le point d’inflexion
Les prévisions macroéconomiques actualisées présentées par Bank Al-Maghrib ont été considérablement revues à la hausse, portées par l’essor des activités non agricoles. La croissance du PIB est bien partie pour franchir un nouveau palier, avec des répercussions très positives sur le marché du travail.
Le conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir inchangé son taux directeur à 2,25%. La banque centrale a, une fois de plus, pris à contre-pied les anticipations d’une majorité d’investisseurs, lesquels, selon deux récents sondages, s’attendaient à une nouvelle baisse du taux de référence de BAM, après celle opérée en décembre dernier.
Pourtant, les arguments en faveur d’une poursuite du cycle d’assouplissement monétaire ne manquent pas : inflation au plus bas (0,4% en mai), besoins de financements immenses, détente sur le marché obligataire, bonne transmission des précédentes baisse sur les taux appliqués aux crédits bancaires…
Mais Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, en a décidé autrement, évoquant un environnement international particulièrement agité qui engendre un «niveau exceptionnel d’incertitude», qui justifie, pour le moment, le statut quo monétaire. Mais l’essentiel est ailleurs.
En effet, si les espoirs d’une baisse du coût de l’argent ont une nouvelle fois été refroidis, les perspectives macroéconomiques actualisées présentées par la banque centrale compensent largement la déception. Et pour cause, les indicateurs sont résolument au vert, voire au «vert foncé».
Les projections de croissance pour l’année 2025 ont en effet été révisées à la hausse. Et pas qu’un peu ! Lors du conseil de mars dernier, la banque centrale tablait sur une croissance du PIB de 3,9% pour l’année en cours.
Désormais, l’institution projette une croissance bien plus vigoureuse de 4,6%. Soit un écart de prévision considérable de 70 points de base en trois mois, alors que, généralement, le différentiel de prévisions ne dépasse pas 10 à 20 points de base d’un trimestre à l’autre.
La raison de cet heureux écart ? D’une part, une campagne agricole qui fera mieux que prévu, avec une récolte céréalière de 44 millions de quintaux et une valeur ajoutée du secteur qui augmenterait de 5% en 2025. Mais c’est surtout l’essor et la vigueur des activités non agricoles observés ces derniers mois qui font franchir à la croissance un nouveau palier.
Les données présentées par la banque centrale suggèrent en effet un point d’inflexion majeur dans la trajectoire de la croissance du PIB pour les prochaines années. Les projections de BAM anticipent désormais un taux de croissance de 4,5% en 2025 pour le secteur non-agricole (contre une prévision de 4,2% il y a trois mois), à la faveur principalement d’une forte dynamique de l’investissement dans les infrastructures.
«La croissance des activités non agricoles évoluent désormais dans une fourchette entre 4 et 5%, renouant avec ces niveaux d’avant crise du COVID. C’est un élément très positif, car cela rend la croissance globale moins volatile», a commenté Jouahri.
Cette dynamique devrait se poursuivre à moyen terme, souligne la banque centrale, à la faveur notamment de l’investissement dans les infrastructures, dans le cadre des efforts consentis par notre pays pour l’atténuation de l’impact du changement climatique et pour la préparation de l’accueil d’événements internationaux d’envergure à l’horizon 2030.
Signaux très positifs sur l’emploi
Mieux encore, l’institution souligne que cette amélioration notable de la croissance non agricole devrait soutenir la reprise tangible de l’emploi observée au cours des derniers trimestres.
A l’exception de l’agriculture qui a accusé une nouvelle perte de 72.000 emplois, les autres secteurs ont tous enregistré des créations s’élevant à 216.000 postes dans les services, à 83.000 dans l’industrie, et à 52.000 dans le BTP. «La vigueur de la croissance se reflète sur le marché du travail.
L’économie nationale a créé 282.000 postes au premier trimestre 2025. Cela fait longtemps que l’on n’a pas vu ces chiffres», a affirmé le Wali de Bank Al-Maghrib. Même le taux d’activité est en hausse, gagnant 0,3 point pour s’établir à 42,9%. «Avant ce taux ne faisait que baisser. Cela traduit un retour des demandes d’emplois», s’est-il félicité.
L’essor des activités non agricoles se manifeste également dans l’activité du crédit bancaire, principal canal de financement de l’économie nationale. Le crédit bancaire au secteur non financier connaîtrait ainsi une nette accélération, avec une progression de plus de 6% en 2025 au lieu de 2,7% en moyenne durant les deux années précédentes, d’après les anticipations de BAM.
Les crédits à l’équipement, qui financent les opérations d’investissement des entreprises, est déjà en forte croissance, avec une progression des encours de l’ordre de 9,1% au premier trimestre.
Pour couronner le tout, la vigueur de l’activité économique s’accompagne d’une maitrise des comptes publics. Le déficit budgétaire, hors produit de cession des participations de l’Etat, devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, se maintenir à 3,9% du PIB en 2025 avant de s’alléger à 3,4% en 2026.
L’endettement du Trésor devrait lui poursuivre son allègement, revenant de 67,7% du PIB en 2024 à 67% en 2025, puis à 65,6% en 2026.
Financement des TPE : bientôt un système de scoring ?
L’accès au financement des très petites entreprises, qui représentent 88% du tissu économique national, est l’une des préoccupations majeures de la banque centrale. C’est dans cette optique qu’a germé l’idée de mettre en place un système national de scoring pour cette catégorie d’entreprises.
«Bank Al-Maghrib travaille, en coordination avec le secteur bancaire, Tamwilcom et Maroc PME, sur l’élaboration d’une méthodologie nationale de notation dédiée aux TPE», a révélé Jouahri. Ce dispositif vise à instaurer un référentiel commun d’évaluation partagé par l’ensemble des acteurs du système bancaire.
Il devrait ainsi contribuer à améliorer les conditions d’accès au financement et à renforcer l’efficacité des mécanismes d’accompagnement existants. Sur le volet TPE toujours, Jouahri a indiqué que le projet de la charte dédiée à cette catégorie d’entreprises est en cours de finalisation.
Elle servira à compléter le nouveau programme de soutien au financement bancaire de la TPE lancé en mars dernier. «Nous espérons que cette charte pourra être signée prochainement par l’ensemble des parties prenantes, et qu’elle s’accompagnera d’une structure de suivi capable de faciliter le parcours de ces entreprises», poursuit-il.
