Evénement
Crise au Moyen-Orient : Le gouvernement active le bouclier anti-inflation
Des mesures ont été mises en place pour atténuer l’impact économique du conflit au Moyen-Orient. Les prix du gaz butane et de l’électricité restent inchangés. La hausse des coûts du transport assumée par l’État.
Le Maroc n’en est pas à son premier choc externe à gérer. Et sans doute pas le dernier, et ce, en seulement ces quelques dernières années.
Cela au point d’acquérir une expérience probante dans la gestion de ce genre de situation. Le conflit qui a éclaté dernièrement au Moyen-Orient n’en est qu’un de plus. Lundi 30 mars, dans la soirée, le chef de gouvernement,
Aziz Akhannouch, a présidé, à Rabat, la première réunion de la commission ministérielle chargée du suivi des répercussions de ces «tensions géopolitiques au Moyen-Orient sur l’économie nationale», annonce un communiqué de la Primature, diffusé à l’issue de cette rencontre.
À cette occasion, poursuit la même source, «les différents départements ont présenté des exposés portant sur les scénarios d’impact de cette crise sur l’économie nationale, ainsi que sur les mécanismes à même de préserver le pouvoir d’achat des citoyens face à ses répercussions potentielles, dans un contexte international marqué par la persistance des incertitudes».
Trois annonces principales ont été faites au terme de cette réunion. D’abord, l’engagement du gouvernement à maintenir inchangés le prix du gaz butane et celui de l’électricité. Cela, tout en précisant que rien que le gaz butane, «les prix sur le marché international ont enregistré une hausse de plus de 68% depuis le déclenchement de la crise au début du mois de mars courant».
La deuxième annonce a trait à la mise en place, quelques jours plus tôt, d’un mécanisme de subvention exceptionnel pour le secteur du transport de marchandises et de personnes, dans le milieu urbain et interurbain.
Un premier versement couvrant la période du 15 mars au 15 avril sera lancé dès que sera finalisé le traitement des 87.000 demandes déjà déposées sur la plateforme digitale mise en place à cet effet. La troisième annonce, plus implicite, est l’engagement du gouvernement à suivre de près l’évolution des prix au niveau national et s’assurer qu’elle ne soit pas impactée par la hausse des prix à la pompe.
Le gouvernement veillera au «strict respect, par les professionnels bénéficiaires, des tarifs en vigueur pour le transport des personnes et des marchandises», précise le communiqué.
Et ce, tout en soulignant que l’objectif de ce soutien exceptionnel aux professionnels du transport est d’«assurer un approvisionnement régulier des marchés et garantir la continuité des services de transport public aux mêmes tarifs, sans aucune répercussion sur les citoyens».
Contrairement à la crise en Ukraine, éclatée en 2022 avec un double choc, qui a impacté à la fois la facture énergétique et les importations des produits alimentaires, le gouvernement a agi face au conflit au Moyen-Orient avec proactivité.
La guerre n’avait pas encore commencé, laissent entendre certains observateurs, que le gouvernement a déjà annoncé qu’il ne laisserait pas l’incertitude mondiale liée à ce conflit toucher les citoyens dans leur poche. L’on se souvient encore des propos de la ministre de l’Économie et des finances à ce sujet.
Bouclier social
Aussi, le message fort que le gouvernement tient à passer aujourd’hui, c’est que l’État joue, et continuera à jouer, le rôle de bouclier, en maintenant inchangés les prix du gaz et de l’électricité et en actionnant le levier des subventions pour maintenir également à leur niveau les coûts du transport.
C’est un message politique avant d’être économique : la stabilité sociale est une ligne rouge. En d’autres termes, c’est l’État qui absorbe le choc économique à la place du consommateur. Bien sûr, dans une certaine limite.
La subvention au carburant bénéficiera certes à plusieurs catégories, notamment le transport public de voyageurs, le transport mixte en milieu rural, le transport de marchandises pour compte d’autrui, le transport du personnel pour compte d’autrui, le transport scolaire pour compte d’autrui, le transport touristique, les véhicules de remorquage, les taxis de première et de deuxième catégorie, ainsi que les bus de transport urbain.
Pour le reste des usagers des moyens de transport, les particuliers plus précisément, l’intervention des pouvoirs publics se limitera à un suivi plus poussé du marché.
À ce propos, le Conseil de la concurrence vient de publier, mardi 31 mars, une note sur «l’évolution des prix du gasoil et de l’essence sur les marchés internationaux et leur répercussion sur les prix de vente à la pompe au marché national». Le document porte sur la période du 1er au 16 mars.
En gros, il précise que la hausse des cours du pétrole à l’international n’a été répercutée que partiellement dans le cas du gasoil. «S’agissant du gasoil, la hausse des cotations internationales s’élève à +2,92 DH/l, tandis que les prix de vente à la pompe enregistrent une augmentation de +2,03 DH/l», lit-on dans cette note.
Ces évolutions traduisent une «répercussion partielle de la hausse des cotations sur les prix de vente appliqués au niveau national à partir du 16 mars, avec un écart de -0,89 DH/l, correspondant à un taux de répercussion estimé à 69,5%».
Pour ce qui est de l’essence, «les cotations internationales enregistrent une hausse de +1,26DH/l, tandis que les prix de vente à la pompe progressent de +1,43 DH/l. Il en résulte un écart de +0,17DH/l». Une nouvelle hausse a été décidée par les opérateurs et entrée en application mercredi 1er avril.
Cela, comme le souligne le Conseil, dans un contexte international où «les marchés énergétiques connaissent une hausse rapide des prix du pétrole brut et des produits raffinés, dans un environnement caractérisé par une volatilité accrue et des incertitudes pesant sur les conditions d’approvisionnement».
Changement de méthode
Au vu des tensions particulières relevées au niveau de l’offre mondiale sur les produits pétroliers, le Conseil de la concurrence maintiendra un suivi serré et régulier du marché national des carburants.
Pour ce faire, le Conseil annonce que la périodicité du suivi sera exceptionnellement revue, passant d’un examen trimestriel à un monitoring mensuel, portant sur les prix du gasoil et de l’essence aux différents niveaux de l’approvisionnement et de la commercialisation.
En même temps, et concernant le calendrier d’ajustement des prix par quinzaine, le Conseil a engagé des échanges avec les acteurs du secteur afin d’examiner et d’explorer la possibilité de faire évoluer cette pratique du marché et revoir à la baisse le délai. Et ce, en vue d’améliorer le fonctionnement concurrentiel du marché, tout en préservant ses équilibres.
