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Conflit au Moyen-Orient : De la position du Maroc aux potentiels impacts macroéconomiques

L’embrasement régional au Moyen-Orient, qui a suscité de la part du Royaume une réaction immédiate et sans ambages, condamnant les attaques iraniennes, pourrait à terme impacter l’économie nationale, jusque-là entourée de bonnes perspectives. Décryptage.

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Le conflit armé qui secoue le Moyen-Orient, déclenché par les attaques armées de l’Iran, en guise de représailles, contre plusieurs pays du Golfe (Émirats arabes unis, Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar…), constitue une source d’instabilité flagrante pour l’économie mondiale et les relations internationales. D’ailleurs, la réaction du Maroc a été immédiate et ne s’est pas fait attendre.

Dès le samedi 28 février, SM le Roi a réaffirmé son soutien et son plein appui aux pays du Golfe ayant été ciblés par des attaques iraniennes.
Le Souverain, qui s’est entretenu par appel téléphonique avec les chefs d’État des pays ciblés, a réaffirmé «l’appui du Maroc dans toutes les mesures légitimes que ces États jugent appropriées pour la préservation de leur sécurité et de la quiétude de leurs citoyens».

Plus édifiant encore, concernant les liens fraternels et la solidarité constante qui unissent le Maroc à ces États du Golfe, SM le Roi a insisté sur le fait que «la sécurité et la stabilité des pays du Golfe arabe font partie intégrante de la sécurité et de la stabilité du Maroc».

Et que «toute atteinte à leur sécurité constitue une agression grave et inacceptable et une menace directe pour la stabilité de la région».

Dans le même sens, le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, a fait savoir que «le Maroc condamne avec la plus grande fermeté l’attaque abjecte de missiles iraniens qui a violé l’intégrité et la sécurité des États arabes frères», à savoir l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Qatar, le Koweït et la Jordanie.

Au-delà de la position claire et ferme de la diplomatie marocaine, l’escalade des tensions au Moyen-Orient ces derniers jours est une menace pour l’économie mondiale. Cette situation d’incertitude, sur fond de conflits armés intenses, pourrait à terme impacter l’économie du Maroc, un pays importateur net de l’énergie.

Les multiples conséquences d’un conflit durable
L’embrasement régional en cours a d’ores et déjà compromis le transport maritime via le détroit d’Ormuz par où transite pas moins de 20% de la consommation mondiale de pétrole.

Cette situation préjudiciable a fait flamber le cours du Brent (référence internationale du pétrole) qui s’affiche au-delà de 80 dollars (au moment de la rédaction de cet article), sachant que le seuil des 85 dollars est imminent. Force est d’admettre que cette perspective tranche radicalement avec le début de l’année 2026, période durant laquelle le prix du baril de l’or noir s’affichait autour des 61 dollars.

À l’évidence, une paralysie durable du détroit d’Ormuz, axe névralgique du transport mondial des produits énergétiques, est susceptible de porter le cours du Brent vers les 100 dollars.

Une telle hausse aurait indubitablement un fort impact sur la facture énergétique du Royaume et la balance commerciale. Il importe de rappeler que l’année 2025 a pourtant été marquée par le recul de la facture énergétique (-5,5%), à 107, 5 MMDH. Ce trend baissier a été la résultante de la contraction des approvisionnements en gasoil et fuel de 9,7%, sous l’effet des prix en recul de 14,5%, et ce, malgré la hausse des quantités importées.

Concernant la balance commerciale, le déficit du Maroc s’était déjà creusé pour atteindre environ 353,15 MMDH, soit une hausse de 15,8% par rapport à 2024. De toute évidence, une trajectoire haussière durable des cours du Brent durant 2026 accroitrait la pression sur la balance commerciale du pays, structurellement déficitaire depuis plusieurs années.

Toujours au registre des risques macroéconomiques, une flambée prolongée des prix du pétrole, suite aux tensions en cours au Moyen-Orient, pourrait pousser l’État à activer des mécanismes d’amortissement afin de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises marocaines.

D’ailleurs, Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, a indiqué récemment que le gouvernement est prêt pour faire face aux impacts induits par le conflit sur l’économie nationale.

En tout état de cause, les mesures publiques de soutien ne seront pas sans conséquence sur les finances publiques qui ont été assainies par le gouvernement au cours des dernières années. Pour preuve, le déficit budgétaire du Royaume a été ramené à 3,5% du PIB en 2025 (contre 4% du PIB en 2024).

Gare à la spirale inflationniste !
Autre conséquence macroéconomique à ne pas écarter en cas de persistance marquée de la hausse des cours du Brent en 2026 : la rupture brutale du mouvement désinflationniste caractérisant les prix au Maroc au cours de l’année dernière, avec un taux d’inflation annuel moyen inférieur à 1% (0,8%).

À ce stade, il est opportun de rappeler qu’en 2022, le Maroc avait enregistré un taux d’inflation annuel moyen de 6,6%, soit le plus élevé de l’histoire économique du pays depuis 1991. Et ce, en raison de l’augmentation des prix des produits alimentaires et des carburants, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En clair, l’année 2022 corrobore la grande propension inflationniste des produits pétroliers pour l’économie marocaine et mondiale. Elle marque aussi une période de gel des cycles d’assouplissement monétaire des banques centrales, avec comme conséquence, entre autres, des conditions d’accès au crédit moins favorables (hausse des taux, frilosité des banques, etc.).

Somme toute, pour un pays comme le Maroc, une économie mondiale façonnée par des cours du baril supérieurs à 100 dollars génère un faisceau de facteurs peu favorables à la croissance économique. D’ailleurs, la Bourse de Casablanca a déjà fait les frais du conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient (repli de 10% en deux séances).

Pour rappel, plusieurs entreprises cotées sont fortement tributaires des intrants énergétiques. Et donc, une hausse brutale des prix des produits énergétiques et du fret maritime pourrait avoir un impact mécanique négatif sur les marges de ces sociétés cotées.

Il est clair qu’un conflit durable au Moyen-Orient est porteur de risques pour l’économie nationale, qui jusque-là, en raison des bonnes perspectives de la campagne agricole (sous l’effet d’une pluviométrie abondante), s’inscrit sur une trajectoire particulièrement dynamique.


Un secteur potentiellement bénéficiaire
L’instabilité qui prévaut dans les pays arabes ciblés par les attaques armées de l’Iran est foncièrement néfaste pour l’activité touristique des destinations réputées au niveau du Golfe.

L’embrasement régional est susceptible de refroidir durablement l’engouement des touristes occidentaux pour des destinations phares comme le Qatar et Dubaï, avec ses 19,5 millions de visiteurs internationaux en 2025. Et ce, au profit des pays de la rive nord (Espagne, Portugal, Grèce) et du sud de la Méditerranée, dont le Maroc, fort d’une stabilité reconnue à l’échelle internationale.

En effet, le Royaume collectionne les records en matière d’attractivité touristique (première destination en Afrique devant l’Égypte, près de 20 millions de touristes en 2025).