Evénement
BAM : Indicateurs au vert… et baisse du taux directeur
Une inflation stable et en ligne avec l’objectif, une croissance non agricole soutenue, une balance commerciale en amélioration, un déficit budgétaire réduit…, le wali de Bank Al-Maghrib veut continuer à soutenir l’investissement et l’emploi. D’où la décision d’abaisser le taux directeur de 0,25% points de base.
Analystes, investisseurs, économistes… Tous anticipaient le maintien du taux directeur à son niveau de 2,5% lors du premier Conseil de Bank Al-Maghrib de cette année. Rien ne justifiait un abaissement ou un relèvement, les tensions inflationnistes étant absentes et les perspectives économiques favorables, surtout avec les récentes précipitations qui ont soufflé un brin d’optimisme sur le moral des agriculteurs.
Mais là où les avis étaient unanimes, le «Grand Jouahri» est venu contrecarrer la tendance, encore une fois, pour abaisser le taux principal de la banque centrale de 25 points de base, le ramenant à 2,25%, cela pour la deuxième fois consécutive et la troisième depuis juin dernier.
Plusieurs motivations sont derrière cette décision, dont notamment la stabilité des indicateurs macroéconomiques et des prix. «Notre mission essentielle est la stabilité des prix et la lutte contre l’inflation», a tenu à rappeler Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.
Celle-ci a chuté, passant de 6,1% en 2023 à 0,9% en 2024 et les anticipations pour les deux prochaines années devraient tourner autour de 2%, tant pour l’inflation globale que pour la sous-jacente. «Une autre approche aurait été adoptée si l’inflation sous-jacente ne s’alignait pas sur notre objectif de 2%», a souligné Jouahri.
Le non-agricole au beau fixe
À ce point est rajouté le cadre macroéconomique dans son ensemble qui demeure favorable. En effet, la croissance de l’économie nationale devrait s’accélérer progressivement pour atteindre 3,9% cette année et 4,2% en 2026. Elle serait soutenue principalement par l’essor de l’investissement que connaît le Royaume, notamment dans les infrastructures.
Ainsi, la croissance des activités non agricoles devrait atteindre 4% les deux prochaines années. Ce que considère Jouahri comme des signes encourageants, puisque les performances reprennent leur niveau d’avant crise de 2008.
En revanche, la valeur ajoutée agricole, toujours tributaire des conditions, aurait reculé de 4,7% en 2024 avant de s’accroître de 2,5% cette année, tenant compte d’une récolte céréalière qui atteindrait, selon une estimation préliminaire de Bank Al-Maghrib, 35 millions de quintaux et de l’amélioration prévue de la production non céréalière de 6,1% en 2026 sous l’hypothèse d’un retour à une récolte moyenne de 50 millions de quintaux.
En plus de la maitrise de l’inflation et de la reprise de la croissance économique, les finances publiques continuent de démontrer une solidité sans faille et le gouvernement actuel continue de faire montre de discipline budgétaire. D’ailleurs, la Loi de finances 2025 prévoit un déficit budgétaire réduit; de même, les projections de BAM tablent sur un allègement graduel à 4,1% du PIB l’année précédente, 3,9% en 2025 et à 3,6% en 2026.
«Et cela a été confirmé par la programmation budgétaire triennale 2025-2027, sur la base de laquelle nous avons négocié la ligne de crédit modulable (LCM) avec le FMI», ajoute le wali.
La stabilité des prix n’est pas compromise
S’il y a un autre élément à rajouter à ce tableau, c’est le niveau, pour le moins confortable, des réserves de change qui se sont établies à cinq mois et demi d’importations. Là aussi, aucun souci à se faire, puisque tous les indicateurs sont au vert: les exportations, les importations, le tourisme, les IDE, les transferts MRE…
En combinant l’ensemble de ces facteurs, Jouahri a estimé qu’il dispose encore d’une marge de manœuvre monétaire assez suffisante pour accompagner tant la croissance économique que la création d’emplois. «Nous le faisions déjà à travers la politique accommodante de Bank Al-Maghrib qui consistait à satisfaire les besoins des banques en matière de liquidité. Mais, avec l’abaissement du taux directeur, nous renforçons davantage cette politique», explique le wali, qui assure ne pas compromettre sa mission principale, qui reste la stabilité des prix.
Pour ainsi dire, le gouverneur explique que cette décision s’inscrit dans une politique d’ajustement monétaire qui se fait de manière graduelle et qui est entamée depuis les sommets inflationnistes qu’a connus le pays entre 2023 et 2024. Rappelons que de 1,5%, le taux directeur a été relevé à 3% progressivement, puis ramené à 2,5%, tout en maîtrisant l’inflation.
Projecteurs braqués sur la TPE
Dans un objectif d’accompagner la croissance et de s’inscrire dans l’effort national visant à soutenir le financement des TPE, Bank Al-Maghrib met en place un nouveau programme de soutien au financement bancaire des TPE, avec en particulier un refinancement des banques participantes à un taux préférentiel égal au taux directeur minoré de 25 pb.
Ce dispositif et l’engagement exprimé par le secteur bancaire devraient améliorer l’accès au financement de cette catégorie d’entreprises et renforcer sa contribution à la création d’emplois dans le pays. La banque centrale est en négociation avec les banques et Tamwilcom pour déterminer les contours de ce programme tant en termes de garantie que de quotité de financement, ou encore de taux, d’études de dossiers…
