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ALE Maroc-USA : Vingt ans après, un nouveau départ

Les responsables marocains et américains se sont retrouvés pour une nouvelle session d’évaluation de l’ALE. Une occasion pour en améliorer les mécanismes de fonctionnement. L’accent a été mis sur trois secteurs importants : l’agriculture, le textile et l’automobile.

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Il y a vingt ans, le 15 juin 2004, le Maroc et les États-Unis signaient l’Accord de libre-échange, entré en vigueur un peu moins de deux ans plus tard, le 1er janvier 2006. L’ALE visait à promouvoir le commerce bilatéral et la croissance économique et à améliorer les opportunités d’investissement entre les deux économies. Après deux décennies, cet accord fait du Maroc une plaque tournante des investisseurs asiatiques, chinois en particulier, mais aussi sud-coréens, et ce notamment dans les domaines technologiques de pointe comme l’industrie liée à la mobilité électrique et aux énergies renouvelables. Stratégiquement situé, le Maroc est aussi la porte d’entrée de l’Afrique et même de l’Europe pour les entreprises américaines. Le Maroc est pour ainsi dire un hub majeur pour les investissements internationaux.

Le Royaume compte, en effet, soixante-douze traités bilatéraux d’investissement avec des pays du monde entier et soixante-deux accords économiques. Il est également, et c’est le plus important, le seul pays africain à avoir conclu un accord de libre-échange avec les États-Unis. Depuis l’entrée en vigueur de ce traité, les échanges commerciaux entre les deux pays ont été multipliés par cinq, les États-Unis devenant le premier investisseur direct étranger du Maroc devant la France en 2021.

Selon les spécialistes du commerce international, cet ALE est devenu d’une importance capitale aussi bien pour le Maroc que pour ses autres partenaires depuis l’entrée en vigueur aux États-Unis de la loi sur la réduction de l’inflation. L’IRA marque, en effet, une avancée majeure dans les politiques américaines visant à lutter contre l’inflation et à promouvoir la «durabilité environnementale». Pour le Maroc, grâce à l’ALE qui garantit un accès privilégié au marché américain, cet acte législatif ouvre des portes sans précédent. Cette opportunité unique positionne le Royaume comme un fournisseur clé dans les secteurs des énergies renouvelables et des technologies vertes, alignant ses objectifs de développement économique sur les initiatives mondiales de durabilité. Cela renforce non seulement la position du Maroc en tant que partenaire commercial stratégique, mais crée également des emplois et stimule l’innovation dans des secteurs clés.

L’ALE Maroc-USA, c’est aussi un cadre évolutif. Les deux parties se rencontrent régulièrement pour en évaluer l’impact, améliorer son efficacité et renforcer ses mécanismes. Le 1er juillet dernier, se sont ouverts, au département du Commerce américain, les travaux de la 8e session du comité conjoint chargé du suivi de l’accord de libre-échange États-Unis–Maroc. Ayant coprésidé cette réunion, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, commente : «Nos discussions d’aujourd’hui ont été axées sur l’avancement de nos relations commerciales et l’injection d’un nouveau dynamisme dans notre accord de libre-échange. Nous avons particulièrement mis l’accent sur des secteurs tels que l’agriculture, le textile, l’investissement et l’industrie automobile. Nous sommes déterminés à surmonter les obstacles et à renforcer notre partenariat économique pour le bénéfice et la prospérité mutuels».

L’agriculture, relève le responsable gouvernemental, est un maillon essentiel de cette coopération. «L’accès des produits agricoles marocains au marché américain reste inférieur aux ambitions du Maroc et à son potentiel d’exportation. À cet égard, le Royaume a réitéré avec force ses demandes d’accès au marché pour la viande de volaille traitée thermiquement ainsi que pour les fruits et légumes», affirme-t-il.

Pleins feux sur l’automobile
De même pour l’industrie textile qui «présente de bonnes perspectives». De ce fait, «une prise en charge efficiente de cette dimension de la coopération permet d’entrevoir une croissance dans le cadre de l’ALE qui unit les deux pays», souligne le ministre. Les opérateurs des deux pays se trouvent d’ailleurs dans une même situation où ils font face à une concurrence accrue des pays asiatiques qui pratiquent des prix agressifs. La Chine a d’ailleurs décidé, en ce sens, de délocaliser une partie de son industrie textile dans des zones plus proches du marché européen et américain et à la main-d’œuvre moins chère.

Bref, s’il y a un autre secteur qui mérite une attention particulière dans le cadre de cet ALE, unique en Afrique, c’est bien celui de l’automobile. C’est un secteur qui présente d’énormes enjeux, mais aussi des opportunités de coopération entre les deux pays, notamment dans sa branche électrique. Sans évoquer directement la loi sur la réduction de l’inflation, le ministre y a néanmoins fait allusion en parlant de la coopération douanière, «qui est susceptible de garantir un contrôle douanier efficace des marchandises échangées entre les deux pays et de faciliter les flux commerciaux bilatéraux». En ce sens, la décision des États-Unis, entrée en vigueur le 14 mai dernier, d’augmenter les droits de douane sur une dizaine de secteurs industriels considérés comme stratégiques joue pleinement en faveur du Maroc. Cette décision concerne, en effet, les voitures électriques dont les droits sont passés de 25 à 100%. Mais au-delà, Washington fait passer ceux visant l’acier et l’aluminium de 7,5 à 25%, tout comme pour les batteries, et ceux pour les semi-conducteurs de 25 à 50%, également appliqués désormais aux panneaux solaires. Ce sont là les secteurs dans lesquels la Chine a décidé d’investir en force au Maroc. Les batteries électriques, l’aluminium, l’industrie liée aux énergies renouvelables, l’électronique…, autant de secteurs pour lesquels le Royaume est en passe de devenir un tremplin pour les entreprises chinoises vers le marché américain. Le Maroc aura à redoubler d’efforts, d’ingéniosité et de capacités de négociations pour non seulement garder cet acquis, mais aussi pour en tirer le maximum d’avantages.

Pour l’heure, la partie américaine s’est félicitée de la dynamique des relations économiques et commerciales depuis la signature de l’ALE tout en soulignant que «la consolidation de sa mise en œuvre sera bénéfique pour les deux parties», pour reprendre les termes du Représentant adjoint du Commerce des États-Unis pour la région de l’Europe et du Moyen-Orient, Bryant Trick. Ce dernier a salué le Maroc en tant que «plateforme pour la création de nouvelles opportunités économiques et commerciales pour les compagnies américaines afin de renforcer aussi bien la qualité que la quantité des échanges». Il a également reconnu le potentiel rehaussé que cet accord pourrait offrir par l’amélioration de l’accès au marché américain pour les exportations marocaines.


Les effets de l’ALE
Depuis l’entrée en vigueur de l’ALE, en janvier 2006, pas moins de 150 entreprises américaines se sont installées sur le territoire marocain. Selon les derniers chiffres disponibles, le commerce bilatéral a aussi considérablement augmenté pour atteindre 5 milliards de dollars en 2023, contre 925 millions de dollars en 2005. Les exportations américaines vers le Maroc ont augmenté de 70%, passant de 480 millions de dollars en 2005 à 3,4 milliards de dollars en 2023, alors que les exportations marocaines vers les États-Unis ont triplé en valeur pour atteindre 1,6 milliard de dollars en 2023 contre 445 millions de dollars en 2005.