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À Genève, la diplomatie du désarmement à l’épreuve des rivalités mondiales

Alors que les grandes puissances s’opposent sur les questions nucléaires et militaires, la présidence marocaine cherche à relancer un multilatéralisme fragilisé et à rétablir les conditions d’un compromis devenu plus nécessaire que jamais.

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Dans un contexte international marqué par le retour des rivalités stratégiques et l’érosion du multilatéralisme, la Conférence du désarmement des Nations unies tient cette semaine son segment de haut niveau au Palais des Nations, à Genève.

Réunissant les principales puissances militaires et diplomatiques de la planète, ce rendez-vous annuel apparaît plus que jamais comme un baromètre des tensions globales, mais aussi des espoirs fragiles de coopération internationale.

Unique forum multilatéral de négociation consacré au désarmement, la Conférence du désarmement reste historiquement à l’origine de grands traités internationaux, notamment sur la non-prolifération nucléaire et l’interdiction des armes chimiques.

Pourtant, depuis plusieurs années, ses travaux peinent à produire des avancées concrètes, paralysés par les divergences entre grandes puissances.

Le Maroc à la présidence dans un moment critique

L’édition 2026 revêt une dimension particulière : le Maroc assure la présidence tournante de l’instance jusqu’au 13 mars, avec l’ambition affichée de relancer le dialogue multilatéral. Rabat place son mandat sous le signe de la concertation et de la reconstruction de la confiance internationale, dans un environnement diplomatique fortement dégradé.

Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, avait souligné lors de l’ouverture de la Conférence que ces évolutions pèsent lourdement sur le système multilatéral de désarmement et compliquent la recherche de compromis, tout en rendant plus que jamais nécessaire un dialogue renforcé et une coopération effective.

Il a appelé notamment les États membres à «un engagement renouvelé en faveur du désarmement», estimant que l’escalade des tensions militaires et la méfiance stratégique menacent directement la stabilité mondiale.

Cette présidence intervient alors que la Conférence, organisée en sessions successives tout au long de l’année, accueille du 23 au 27 février son débat de haut niveau, réunissant ministres des Affaires étrangères et représentants permanents des États membres.

Les discussions sont dominées par les préoccupations liées à la sécurité nucléaire et à la compétition stratégique entre grandes puissances. Plusieurs délégations ont insisté sur la nécessité de préserver la «stabilité stratégique» face au risque d’une nouvelle course aux armements.

Les accusations croisées entre États-Unis, Chine et Russie sur le développement d’arsenaux nucléaires ont illustré la profondeur des fractures actuelles. Moscou a notamment mis en garde contre un possible «effet domino» en cas de reprise d’essais nucléaires, tandis que Washington et Pékin se sont opposés sur la transparence militaire et la modernisation des capacités stratégiques.

La guerre en Ukraine continue également de peser sur les échanges. Lors d’une séance à Genève, plusieurs délégations ont quitté la salle pendant l’intervention de l’ambassadeur russe, illustrant la polarisation politique qui traverse désormais les forums multilatéraux.

Cet épisode symbolise les difficultés croissantes de la diplomatie internationale à maintenir des espaces de dialogue neutres, alors même que la Conférence du désarmement a été conçue comme un lieu de négociation au-delà des conflits.

L’appel de l’ONU à réhabiliter le désarmement

Face à ces blocages, Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, a rappelé que le désarmement demeure un outil essentiel de prévention des guerres, soulignant que le monde traverse «une période de bouleversements majeurs» nécessitant une coopération renforcée.

Plusieurs pays, dont la Norvège, l’Afrique du Sud ou encore le Kirghizistan, participant pour la première fois, ont plaidé pour une modernisation de l’agenda du désarmement, incluant les nouvelles technologies militaires et les menaces émergentes.

Créée comme principal mécanisme mondial de négociation sur le désarmement, la Conférence se retrouve aujourd’hui confrontée à un paradoxe : alors que les risques sécuritaires augmentent, le consensus politique nécessaire à toute décision devient plus difficile à atteindre.

La présidence marocaine tente ainsi d’insuffler un nouvel élan à une enceinte diplomatique souvent critiquée pour son immobilisme. Mais à Genève, diplomates et observateurs s’accordent sur un constat : la réussite de la Conférence dépend désormais moins des procédures que de la volonté politique des grandes puissances de renouer avec la logique du compromis.

Dans un monde marqué par la fragmentation géopolitique, la Conférence du désarmement apparaît ainsi comme un miroir des rapports de force internationaux et peut-être comme l’un des derniers espaces où un dialogue stratégique global reste encore possible.


Le Maroc, un acteur croissant de la paix internationale

Acteur diplomatique de plus en plus visible sur la scène multilatérale, le Maroc s’est progressivement imposé comme un partenaire crédible au sein des mécanismes internationaux dédiés à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix.

Son implication au sein du Conseil de paix illustre cette montée en puissance diplomatique, marquée par une approche fondée sur le dialogue politique, la stabilité régionale et la coopération africaine notamment.

Le Royaume a plaidé pour des solutions africaines aux crises africaines, mettant l’accent sur la médiation, le développement économique et la lutte contre les causes structurelles de l’instabilité, notamment l’extrémisme violent et la fragilité institutionnelle. Rabat défend une vision intégrée de la paix, liant sécurité, développement et inclusion sociale.

Cette orientation s’inscrit dans la stratégie diplomatique impulsée par le Roi MohammedVI, qui privilégie une diplomatie proactive en Afrique, combinant coopération sécuritaire, investissements économiques et initiatives religieuses visant à promouvoir un islam du juste milieu.

Au Proche-Orient, le Maroc a pris notamment des engagements en appui au plan américain de reconstruction et de stabilisation de Gaza. Contribution financière, déploiements sécuritaires, appui sanitaire et action contre les discours de haine.

De ce fait, le Royaume affiche une implication structurée et opérationnelle. Au-delà des positions politiques, le Maroc contribue également concrètement aux efforts de stabilisation par sa participation régulière aux opérations de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies.

Cette implication renforce son image d’acteur modéré, engagé dans la construction d’une architecture collective de paix et de sécurité, tant à l’échelle africaine qu’internationale.