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Études de médecine : Les universités publiques face au défi du siècle

En quelques années, les facultés publiques de médecine ont changé d’échelle au Maroc. Nouvelles ouvertures, explosion du nombre d’étudiants, réforme du cursus, investissements massifs… L’État veut combler le déficit historique en médecins et mieux couvrir le territoire.

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Longtemps perçues comme des bastions formant au compte-gouttes l’élite médicale du pays, les facultés publiques de médecine marocaines vivent depuis cinq ans une transformation spectaculaire.

L’électrochoc de la pandémie, combiné à une pénurie chronique de médecins, a poussé l’État à accélérer la refonte de tout l’appareil de formation en santé. Le mot d’ordre est clair : former plus, former plus vite et, surtout, mieux répartir les compétences sur le territoire.

Le Royaume compte aujourd’hui huit facultés publiques de médecine, à Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Oujda, Agadir, Tanger et Laâyoune, toutes adossées à des centres hospitaliers universitaires.

Le réseau reste encore insuffisant au regard des besoins, mais il s’étoffe rapidement. Depuis 2021, près de 3 milliards de dirhams ont été investis pour agrandir les campus, équiper les hôpitaux universitaires et augmenter les capacités d’accueil.

L’urgence est réelle. L’objectif officiel est d’atteindre 45 médecins pour 10.000habitants d’ici 2030. Pour y parvenir, les universités publiques doivent tripler leur production annuelle et dépasser les 3.300 nouveaux médecins formés par an dès 2025, contre environ 1.500 cinq ans auparavant.

Dans les amphithéâtres, la montée en charge est déjà visible. À la rentrée 2023, plus de 4.000 étudiants ont intégré la première année de médecine dans le public, un record !

Les filières de pharmacie et de médecine dentaire suivent la même dynamique, signe que la stratégie vise l’ensemble des professions de la santé.

Une expansion sous tension
Cette croissance rapide a toutefois un revers. Sur le terrain, les facultés et les CHU peinent parfois à suivre le rythme: salles de travaux pratiques saturées, stages difficiles à trouver, manque d’enseignants hospitalo-universitaires.

Ces fragilités ont éclaté au grand jour en 2024, lorsque les étudiants en médecine, pharmacie et dentaire ont mené une grève prolongée pour protester contre la réforme ramenant la durée des études de sept à six ans.

Pensée pour accélérer l’arrivée des jeunes médecins sur le marché du travail, cette réforme est jugée par certains trop brutale et insuffisamment préparée. Derrière la contestation, une inquiétude persiste : comment garantir une formation de qualité dans un système qui se massifie à grande vitesse ?

Malgré ces tensions, l’État poursuit sa feuille de route. L’année 2025 a marqué une nouvelle étape avec l’ouverture ou l’achèvement de plusieurs projets structurants.

À Béni Mellal, la construction d’une faculté de médecine est officiellement lancée pour desservir toute la région Béni Mellal-Khénifra, jusque-là dépendante de Marrakech ou Casablanca.

À Errachidia, une autre faculté est en phase finale de préparation, tandis que Guelmim se profile comme un futur pôle universitaire médical pour le sud-ouest.

À Laâyoune, où la première faculté des provinces du Sud a ouvert en 2021, les premières promotions arrivent à l’hôpital. La logique est assumée: former localement pour favoriser l’installation locale.

À Guelmim, on évoque déjà une centaine de diplômés par an à partir de 2029.

Mais former davantage ne règle pas tout. Chaque année, une part importante des nouveaux médecins quitte le pays, attirée par de meilleures conditions de travail et de rémunération en Europe ou en Amérique du Nord.

Le secteur public, principal employeur des jeunes diplômés, est le plus touché par cette fuite des compétences.

Le risque est donc double : investir massivement dans la formation sans réussir à retenir les talents et multiplier les facultés sans disposer d’un encadrement académique suffisant.

Les autorités disent en être conscientes et travaillent sur une réforme du statut du médecin public, ainsi que sur des incitations financières pour encourager l’installation dans les zones sous-dotées.

Un pari stratégique…
En l’espace de cinq ans, le paysage de la formation médicale publique au Maroc a profondément changé.

D’un système concentré dans quelques grandes villes, il évolue vers un réseau plus étendu et plus accessible.

La médecine universitaire est désormais au cœur d’un enjeu stratégique : garantir la souveraineté sanitaire du pays et réduire les inégalités d’accès aux soins entre les régions.

Le pari est immense. Il ne se gagnera pas seulement à coups de budgets et de chantiers, mais par la capacité à préserver l’exigence académique dans un contexte de massification.

Car former des médecins ne se résume pas à atteindre des objectifs statistiques. C’est façonner, pour plusieurs décennies, la qualité du système de santé.

Et, au-delà, la crédibilité même de l’université publique marocaine comme pilier du développement humain.