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Au Royaume

Enseignement, le capharnaüm syndical

La tension continue de monter dans le secteur de l’Éducation nationale. Les syndicats et autres coordinations sont entre l’escalade et la surenchère. Sept millions d’élèves se retrouvent pris au piège de manœuvres politiciennes.

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Ils étaient quelques milliers d’enseignants et de fonctionnaires de l’Éducation nationale à battre le pavé, mardi 7 novembre, sur le boulevard Mohammed V à Rabat. Ce même jour, et depuis plusieurs journées d’école, ce sont pas moins de 7 millions d’élèves qui n’ont pas pu rejoindre leurs classes. Et ce, malgré la main tendue du gouvernement et les assurances du chef de l’Exécutif quant à la «prédisposition» d’améliorer la mouture du statut unifié tel qu’il a été adopté en Conseil de gouvernement le 27 septembre dernier.

Le 30 octobre, Aziz Akhannouch, en recevant les syndicats signataires de l’accord de janvier, avait exprimé la prédisposition du gouvernement à prendre en considération les attentes des femmes et des hommes du secteur de l’enseignement. De même, a indiqué la primature, qu’«au cours de ces réunions, l’accent a été mis sur la volonté commune du gouvernement et des partenaires sociaux à mettre en œuvre, et de manière optimale, le contenu du procès-verbal de l’accord du 14 janvier 2023».

Aussi, a-t-il été annoncé que d’autres «réunions seront tenues ultérieurement, sous la supervision du chef du gouvernement, avec l’objectif d’œuvrer à améliorer le statut parallèlement à la poursuite de la réforme du secteur». Pour autant, syndicats et «tansikiyate» préfèrent, manifestement, l’escalade au dialogue.

Initiée par la «Coordination nationale du secteur de l’Éducation» (CNSE), la marche a débuté devant le Parlement pour ensuite se diriger vers le siège du ministère de l’Éducation pour un sit-in partiel. Signe particulier, même les quatre centrales signataires de l’accord du 14 janvier (UMT, CDT, UGTM et FDT) ont rejoint le mouvement. Une énième protestation qui intervient dans le sillage d’un débrayage qui remonte à octobre dernier, lorsque la même coordination avait appelé à une première grève les 24, 25 et 26 octobre.

La désescalade n’est pas pour demain ?
Si à un moment le sentiment que les tensions devaient être apaisées avait régné, les faits qui ont suivi ont démenti les espoirs de voir les élèves rejoindre les bancs de leurs écoles. Le 3 novembre, et après la décision du ministère de tutelle d’acter les retenues sur les salaires des grévistes, les quatre syndicats les plus représentatifs adressent une missive au ministre de tutelle, Chakib Benmoussa, au ton assez virulent. Et où, entre autres, ils mettent en garde contre l’activation desdites ponctions.

Ce même jour, Youness Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, a rencontré les représentants de ces centrales dans une séance d’écoute dont le contenu devait remonter au chef du gouvernement. Le jour d’après, c’est la CNSE qui signe l’escalade avec son appel à une grève nationale les 7, 8 et 9 novembre, adossée à l’organisation d’une marche. Mot d’ordre : le «retrait immédiat du statut unifié, la satisfaction de toutes les revendications des femmes et des hommes de l’enseignement, retraités et fonctionnels, et l’arrêt des retenues sur salaires». C’est à se demander si on cherche vraiment à trouver des solutions aux problèmes posés ou si on ne chercherait pas à exacerber la tension et profiter de vacances payées…

«Désobéissance» des antennes régionales
Or, pour ne pas être en reste, et au moment où les directions nationales des centrales syndicales les plus représentatives sont censées être dans une dynamique de «renégociations» avec le gouvernement, la surprise est venue de leurs antennes régionales. À titre d’exemple, celle de la CDT dans la région Tanger-Tétouan-Al Houceima qui a mis en circulation un communiqué, daté du 5 novembre, à la même tonalité que celui de la «Coordination nationale». C’est à croire qu’on est en plein dans un capharnaüm syndical où l’on ne sait plus qui représente qui dans le secteur, qui encadre qui et qui mène réellement la danse. C’est à croire aussi que les directions nationales des syndicats signataires de l’accord du 14 janvier seraient dépassées par les événements.

Un état de fait doublé d’une perte de contrôle sur leurs propres troupes. Et que, finalement, le «statut unifié» aura réussi à «unifier» toutes les «sensibilités syndicales» que compte le pays. D’autant que, comme par enchantement, les syndicats qui se font concurrence pour enrôler le maximum de militants «louent», dans l’état actuel des choses, «l’unité de l’action» !

C’est d’autant plus surprenant que le «statut unifié», tel qu’il a été élaboré, au bout de plusieurs mois d’âpres négociations, a ramené bien des acquis à la famille de l’enseignement, notamment en matière de salaires. Et dont la mise en œuvre des dispositions devra mobiliser, entre 2024 et 2027, pas moins de 9 milliards de dirhams, avec une moyenne annuelle aux alentours de 2,5 milliards de dirhams, à additionner au coût annuel des promotions s’élevant, lui, à quelque 2,5 milliards de dirhams, comme l’a relevé Benmoussa lors d’une réunion, tenue le 18 octobre, de la Commission de l’Enseignement à la Chambre des représentants. Du coup, rien n’indiquait qu’on allait en arriver à un tel bras de fer.
Maintenant, au regard de la situation, il faut être devin pour prétendre anticiper sur les évolutions à venir. À moins que les voix de la sagesse ne prennent le pas sur les promoteurs de la surenchère.


Les grands perdants

Les tensions qui minent depuis le début de l’année scolaire le secteur de l’Éducation nationale vont peser lourdement sur son déroulement. Ce sont en fait plus de 7 millions d’élèves qui paient les pots cassés de ce bras de fer entre le ministère de l’Éducation nationale et les grévistes. Certaines estimations font état, valeur début novembre, de quelque 8 millions d’heures de cours séchées !
Une situation qui risque de perdurer et qui n’est pas sans causer de sérieux soucis pour les parents d’élèves qui ne savent pas à quel saint se vouer. Car, pour le moment, rien n’indique que l’apaisement pointe à l’horizon. Certaines voix vont jusqu’à évoquer le risque d’une année blanche. Avec, au milieu, l’enjeu majeur qui n’est autre que la réforme de l’enseignement et son corollaire de redonner ses lettres de noblesse à l’école publique. Mais peut-être que c’est le prix à payer pour amorcer une véritable réforme du secteur…