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Vidéo. Private equity : cap sur les institutionnels et leurs milliards

Le Fonds Mohammed VI et les OPCC devraient agir comme un catalyseur du capital-investissement au Maroc. De quoi attirer les institutionnels qui boudent cette industrie ? Éléments de réponse.

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«Chat échaudé craint l’eau froide!» : c’est ce que répond un institutionnel de la place lorsqu’on lui demande pourquoi il rechigne à miser sur le private equity… Une formule qui en dit long sur la méfiance ressentie par les institutionnels, principalement les caisses de retraites et les compagnies d’assurance, vis-à-vis du capital-investissement au Maroc. Une méfiance qui trouve son origine dans les «mésaventures» vécues par ces mêmes investisseurs au démarrage de cette industrie, il y a une vingtaine d’années, où des pertes importantes avaient été enregistrées. Plus de quinze années après, la relation institutionnels/Private equity n’est pas au beau fixe.

L’industrie marocaine du private equity reste en effet majoritairement financée par du capital étranger, et notamment du capital étranger public, par le biais des DFI (Development Finance Institutions). Selon les statistiques de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), sur les 8 milliards de dirhams (MMDH) levés entre 2017 et 2022, 56% proviennent de capitaux étrangers et 46% de capitaux marocains. Entre 2000 et 2005, la part des capitaux marocains dépassait les 73%! Autre chiffre édifiant : l’investissement en capital ne représente que moins de 1% des actifs des institutionnels marocains, contre plus de 15% en moyenne dans le monde. C’est peu dire que les milliards des caisses de retraites et des assureurs manquent cruellement à l’industrie du private equity, alors que cette dernière est appelée à jouer un rôle prépondérant, dans les années à venir, dans le cadre du plan gouvernemental visant à booster l’investissement privé dans le Royaume. L’enjeu est en effet de taille, puisque l’objectif est de mobiliser le secteur privé pour des investissements cumulés de 550 MMDH d’ici 2026. Or, à ce jour, les levées restent très insuffisantes : en 2022, 800 milliards de dollars ont été levés par environ 1.500 fonds dans le monde, dont environ 2 milliards en Afrique, et seulement 100 millions de dollars au Maroc.

«Ce n’est pas soutenable», affirme Hatim Ben Ahmed, président de l’AMIC. Des propos tenus lors de la Conférence annuelle du capital-investissement, grand-messe de la profession, qui a réuni récemment à Casablanca l’ensemble de l’écosystème de cette industrie. L’évènement a été l’occasion de se dire les choses, en toute franchise, avec Nadia Fettah, dans le rôle d’arbitre. L’argentière du Royaume n’a d’ailleurs pas hésité à mettre les pieds dans le plat : «Certaines expériences se sont mal passées, il faut avoir le courage de le dire. Il faut avoir cette conversation avec le capital marocain pour faire ce post mortem, afin d’aller de l’avant». S’adressant aux institutionnels, elle leur demande de tourner la page : «On vous demande de vous mobiliser avec nous pour dynamiser la création d’entreprises et d’emplois», leur a-t-elle lancé.

Message reçu? A en croire Bachir Baddou, directeur général de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance, depuis 2 ou 3 ans, «il y a un regard plus positif sur le private equity». Aujourd’hui, les compagnies d’assurance, qui disposent d’un actif sous gestion globale de plus de 220 MMDH, ne placent que 8% de ces actifs (18 MMDH) dans le private equity, préférant largement les actions et les obligations. Un niveau qui pourrait potentiellement monter à 30 MMDH, dans la limite des seuils autorisés par le régulateur du secteur, l’Acaps. «Nous en sommes très loin», a reconnu Baddou.

la réforme des OPCC en appui
Toutefois, plusieurs éléments plaident pour un retour progressif des instits. Il y a bien sûr les conditions du marché de ces dernières années qui ne sont plus autant rémunératrices, et qui font que les institutionnels se tournent davantage vers de nouvelles classes d’actifs offrant de solides rendements. Il y a surtout l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et la réforme des Organismes de placement en capital (OPCC), qui pourraient agir comme un catalyseur de l’industrie du private equity. Pour ce qui est du Fonds, qui projette de financer jusqu’à 150 MMDH de projets durant les cinq prochaines années, il devrait, selon les professionnels, donner un véritable coup de fouet à l’activité. Il doit permettre aux sociétés de gestion d’évoluer significativement sur certains sujets clés, notamment en matière d’expertise et de gouvernance, un prérequis pour renforcer la crédibilité et la confiance auprès des investisseurs. C’est le préalable à la levée de fonds conséquents… Et c’est Mohammed Benchaâboun, DG du Fonds Mohammed VI qui le dit. C’est dans ce cadre que s’inscrit d’ailleurs l’appel à manifestation d’intérêt pour la sélection de sociétés de gestion qui géreront les sous-fonds sectoriels. Une aubaine que les professionnels ne devront pas manquer.

L’autre levier susceptible de faire passer un nouveau cap à l’industrie marocaine du capital-investissement réside dans le cadre réglementaire favorable. Comme l’a souligné Nezha Hayat, présidente de l’AMMC, l’amendement de la loi sur les OPCC, actuellement au Parlement, «marquera un nouveau point d’inflexion dans le développement du capital-investissement régulé». Le principal apport du nouveau cadre est l’introduction des OPCC à règles de fonctionnement allégées, dits OPCC RFA, réservés aux investisseurs professionnels. Cette réforme permettra la mobilisation de nouveaux fonds en faveur du financement alternatif des entreprises marocaines. Et les institutionnels se montrent relativement enthousiastes : «Les assureurs seront beaucoup plus ouverts pour investir dans des fonds que d’aller directement investir dans le private equity», a indiqué Bachir Baddou. De quoi envisager une augmentation massive des montants alloués ? Réponse dans les prochains mois.


Des rendements à deux chiffres

C’est l’un des arguments phares mis en avant par les professionnels du private equity pour séduire les institutionnels : il offre des rendements forts intéressants au moment de désinvestir. Les dernières statistiques de l’AMIC montrent que sur la base des 150 désinvestissements réalisés ces 20 dernières années, le TRI (taux de rentabilité interne) brut moyen ressort à 11%. Pour le président de l’AMIC «ces rendements n’ont rien à envier aux performances réalisées en Europe».
En 2022, les désinvestissements ont même réalisé un record, atteignant 1,4 milliard de dirhams pour 14 sorties au total, dont deux par la voie royale, à savoir l’introduction en Bourse. Des chiffres qui, selon les professionnels, démontrent que les équipes de gestion ont gagné en expertise et que le marché du private equity est proche de la maturité.