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Titrisation : Changement de palier en 2025 !
Totalisant un volume d’émissions cumulé d’environ 36 MMDH, le marché de la titrisation a enregistré un léger repli des émissions en 2024, en comparaison à la moyenne des quatre dernières années, qui dépasse les 3 MMDH par an. Les perspectives pour 2025 s’annoncent néanmoins meilleures. Décryptage.
L’essor du marché de la titrisation, levier important pour le développement économique et financier du Royaume, s’est accéléré au cours des dix dernières années. L’évolution du cadre réglementaire a été d’une très grande utilité au développement de cette classe d’actifs qui gagne en attractivité auprès des investisseurs, toujours en quête d’un meilleur profil risque-rendement.
Le volume cumulé des émissions de titrisation depuis le début de l’activité en 2022, la tenue de l’activité en 2024, les perspectives de 2025, ainsi que les leviers à activer pour inciter davantage d’acteurs économiques structurés (GE, PME…) à recourir à la titrisation pour satisfaire leurs besoins de financement, sont autant d’aspects cruciaux abordés avec Chakib El Mezouari, DG de Sofac Structured Finance et président de l’Association des gestionnaires de fonds de placements collectifs en titrisation (AGFT).
Notre expert décortique également le potentiel des fonds de dette comme relai de croissance pour l’industrie de la titrisation, tout en donnant son appréciation sur l’activité de titrisation des créances en souffrance, opérationnelle depuis peu au Maroc.
Accélération notable
«Depuis la première opération, datant de 2002, le marché marocain de la titrisation a enregistré un volume d’émission cumulé d’environ 36 MMDH», révèle notre expert. Il convient tout de même de préciser que durant les dix premières années de l’activité, les émissions sur le marché de la titrisation représentaient une moyenne de 300 MDH par an.
«Une accélération notable s’est opérée à partir de 2021, avec une moyenne sur les quatre dernières années qui dépasse les 3 MMDH par an, traduisant une véritable montée en puissance du recours à cet outil de financement», explique le président de l’AGFT.
Ceci dit, en 2024, le marché de la titrisation au Maroc a affiché des performances en léger retrait par rapport à la moyenne des quatre dernières années, avec 2,4 MMDH d’émissions. Durant l’exercice 2024, ce sont les titrisations de crédits à la consommation, les créances de prêts automobiles et les créances de location avec option d’achat (LOA) qui ont porté l’activité.
Cette configuration conforte l’intérêt croissant des sociétés de financement pour la titrisation comme levier de refinancement et d’optimisation de leur bilan. D’ailleurs au Maroc, la titrisation des créances susmentionnées s’arroge la part du lion dans le volume cumulé des émissions.
Fonds de dette
Interpellé sur les perspectives de l’année en cours, le DG de Sofac Structured Finance se montre optimiste. «L’année 2025 s’annonce positive. L’avènement des premiers fonds de dette a dynamisé le marché de la titrisation, suscitant un fort engouement des investisseurs, ce qui devrait se traduire cette année par un changement de palier en termes de taille d’émissions et d’encours gérés», assure notre interlocuteur, qui considère que la titrisation devient un outil clé de financement de l’économie du pays.
Il est utile de rappeler qu’en février 2025, l’ONEE a eu recours au «fonds de dette», avec à la clé la levée de 2 MMDH auprès d’investisseurs qualifiés, lesquels ont affiché un grand appétit pour les titres émis par les fonds créés à cet effet. Cette manne financière a permis à l’Office national de boucler le financement de la future centrale à gaz à cycle combiné d’Al Wahda.
L’analyse de notre interlocuteur sur le rôle des fonds de dette, variante innovante des opérations de titrisation au Maroc, est édifiante à la fois pour l’essor de l’industrie de la titrisation et de l’économie nationale.
«Les fonds de dette ont un rôle déterminant à jouer dans l’évolution du marché, permettant de canaliser davantage l’épargne institutionnelle vers l’économie réelle. Ils constituent un canal alternatif à la finance conventionnelle, offrant une diversification du risque et une liquidité accrue au marché global de la dette», confie notre expert.
Et de prédire : «Avec les ambitions de la feuille de route 2030 du Royaume du Maroc, les fonds de dette sont destinés à occuper une place de premier plan dans le financement de projets de la sphère publique, semi-publique et privée, notamment dans les domaines de financement vert, de la transition énergétique et des infrastructures».
L’un des défis de l’industrie de la titrisation au Maroc est sa large démocratisation auprès des PME et des grandes entreprises (GE), sachant que les établissements et entreprises publics (EEP) présentent un grand potentiel pour le marché. Et ce, en raison de la qualité de leurs actifs et de leurs besoins de financement souvent très conséquents.
Dans l’optique d’inciter davantage d’acteurs économiques structurés (GE, PME) à recourir à la titrisation, Chakib El Mezouari identifie plusieurs leviers à mobiliser (pour élargir la base des émetteurs). En premier lieu, il suggère la formation et l’accompagnement technique des GE et des PME structurées qui, selon lui, manquent souvent de visibilité sur les atouts et le fonctionnement opérationnel de la titrisation.
«Une vulgarisation ciblée est indispensable», admet-il. Autres pistes suggérées par le numéro 1 de l’AGFT : les incitations réglementaires ou fiscales ainsi que la standardisation et la simplification des processus de mise en place de fonds de titrisation. «Un régime incitatif notamment sur le plan fiscal pourrait favoriser le transfert de certains actifs ou créances vers des fonds de titrisation», fait-il observer.
Le président de l’AGFT est aussi d’avis que la mise en place de fonds de titrisation à règles de fonctionnement allégées (RFA) et de fonds à processus standardisés pourrait réduire le coût d’accès et permettre ainsi des opérations plus récurrentes sur le marché marocain, fort d’une pléthore de formes de titrisation (synthétique, classique, fonds de dette, certificats de Sukuk).
Quid des créances en souffrance ?
Notre interlocuteur est formel : la titrisation des créances en souffrance représente une avancée significative, offrant aux institutions financières la possibilité d’assainir leur bilan en se séparant d’actifs peu liquides et fortement consommateurs de fonds propres.
Selon notre expert, le développement de ce marché est soutenu par l’émergence d’investisseurs spécialisés, capables de gérer efficacement ces portefeuilles grâce à des stratégies de recouvrement ciblées.
«En occupant une place plus significative dans l’univers du refinancement, ces fonds contribueront à une meilleure résilience de l’économie marocaine face aux chocs conjoncturels, en permettant une répartition plus efficiente des risques vers les investisseurs les plus aptes à les assumer», conclut-il.