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Taqa Morocco assure pour les deux prochaines décennies

La société a bien tiré profit en 2022 de la hausse du prix du charbon. Son activité est assurée tant qu’elle facture ce qu’elle produit au prix coûtant. En Bourse, on assimile le titre à un Bon du Trésor.

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Taqa Morocco est l’une des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca qui ne peut que connaître une croissance continue. Son activité est sûre et sa commercialisation l’est encore plus. Pareil pour son exploitation et ses bénéfices.

L’opérateur est le principal producteur d’électricité dans le pays et le fournisseur le plus important de l’ONEE, avec une production globale dépassant 15.000 GWh (gigawatt heure), ce qui représente 38% de la demande nationale. Cela se fait à travers 6 unités de production, situées à Jorf Lasfar, constituant la plus grande centrale thermique à charbon de la région MENA.
Si vous avez de l’électricité chez vous, il y a de fortes chances qu’elle provienne de cette société, filiale du groupe émirati Taqa. En 2022, la société a explosé son chiffre d’affaires de 74% pour atteindre 13 milliards de dirhams.

D’ailleurs, Taqa Morocco fait partie du top 5 des sociétés qui ont tiré les revenus de la cote à la hausse, avec une contribution de 5,8 MMDH ; le chiffre d’affaires global de toute la cote étant en progression de 35 MMDH à 285,5 MMDH.

Le malheur des uns fait son bonheur
C’est que la crise géopolitique et ses conséquences en termes de renchérissement des matières premières ont été bénéfiques pour la société. En effet, le charbon utilisé pour la production d’électricité a atteint des sommets. La société a déboursé un prix moyen de 170 dollars la tonne, contre 76 dollars en 2021, ce qui correspond à une croissance de 123%. En moyenne, le cours du charbon de référence API2 a atteint 290 dollars/T au lieu de 120 dollars une année auparavant, soit une hausse de 142%. Avant-gardiste, Taqa Morocco a su sécuriser un approvisionnement et une production optimale de l’énergie, au moment où les leaders de la production électrique de plusieurs pays ont trouvé beaucoup de difficultés à le faire.
Il faut dire aussi que les unités 1 à 6 ont tourné presque à plein régime, si ce n’est une révision mineure des unités 3 et 4 de 25 jours. Ainsi, le taux de disponibilité globale est porté à près de 94% contre 92,8% une année auparavant, en raison d’une grande révision de l’unité 6 qui a pris 61 jours. Autre raison qui a contribué également à l’amélioration des revenus de la société, c’est bien l’augmentation de la parité Dirham/Dollar. Elle a connu une hausse de 13%, passant de 9 DH à 10,20DH en une année.

Prix de vente en hausse de 75%
En tout cas, la hausse du chiffre d’affaires de la société de 5,8 MMDH englobe une croissance des frais de puissance de 486,4 MDH à 4,32 MMDH ainsi que des frais d’énergie de 5,3 MMDH à près de 9 milliards. Selon BMCE Capital Global Research, le prix moyen de vente de cette électricité produite est passé de 0,51 en 2021 à 0,89 DH/KW l’année suivante, en hausse de 74,5%. Et elle correspond exactement au rythme d’augmentation des revenus de la société.
«Ce qui fait la force de Taqa Morocco, c’est justement le fait qu’elle facture l’énergie produite au prix coûtant. Elle achète, produit et revend», banalise un analyste. Aucun risque sur son activité, puisqu’on aura besoin de l’électricité tant que la Terre continuera à tourner et qu’elle facture ce qu’elle produit; hausse ou baisse du prix du charbon, c’est l’ONEE qui régale. «S’il y a un risque que la société pourrait subir, c’est bien celui de l’indexation sur l’indice de référence du charbon (API2).

Même là, au pire, les pertes cumulées seraient de 6 millions de dollars. Qu’est-ce que 60 MDH, plus ou moins, face à des bénéfices qui se comptent en milliards!» souligne cet analyste. Non seulement cela, la société devra poursuivre son activité au Maroc jusqu’en 2044. En 2021, Taqa Morocco a négocié et obtenu l’extension du contrat de fourniture d’énergie électrique des unités 1 à 4 de 2027 à 2044. L’exploitation des deux dernières, 5 et 6, était déjà prévue jusqu’à cette date. Donc, une activité garantie et des bénéfices aussi jusqu’à cette date au moins.
En 2023, la société devrait faire face vraisemblablement à une détente sur les prix du charbon «compte tenu du surstock de production en Europe et de la baisse anticipée de la demande dans un contexte de décélération de la croissance économique», peut-on lire dans une note de BKGR.
Toutefois, cette baisse devrait être atténuée par une amélioration attendue du taux de disponibilité global à 95,1% en raison d’un plan de maintenance ne prévoyant aucune révision majeure en 2023. Toujours selon la cellule d’analyse et de recherche, le chiffre d’affaires consolidé du groupe devrait ressortir en recul de -5,6% à 12,8 MMDH.
Tout cela lui confère le statut de valeur refuge auprès des analystes financiers. Avoir Taqa Morocco dans son portefeuille, c’est comme posséder un bon de Trésor, illustre l’un d’eux, qui ajoute : «Elle combine deux aspects : la croissance et le rendement». Si l’on se réfère à son comportement en Bourse, en 2022, l’action a clôturé l’année sur une progression de 4,7% pour un cours de 1.098 DH, au moment où le marché a fait sa pire année sur les 20 dernières, avec une contre-performance de près de 20%.


Verdissement du portefeuille… il était temps !
Le verdissement de la production de l’électricité figure désormais parmi les ambitions du groupe. À l’horizon 2030, Taqa Morocco compte réduire son empreinte carbone de 25% à travers la production additionnelle de 1.000 MW avec comme base les énergies renouvelables dont le solaire et l’éolien. L’électricité ainsi produite ne sera pas reprise par l’ONEE mais fournie directement aux entreprises et à usage industriel. La société compte également se lancer dans des projets de dessalement de l’eau de mer et le développement de centrales à gaz combiné.
Au niveau de la maison-mère de la société, le groupe émirati Taqa et la compagnie d’énergie britannique Octopus ont rejoint le projet de câble électrique sous-marin reliant le Maroc et le Royaume-Uni, Xlinks, pour un financement de 37 milliards de dollars, dont 31 auprès du mastodonte de l’énergie. L’on ne sait pas, pour l’heure, si Taqa Morocco sera intégrée dans cette production d’électricité d’origine renouvelable. «Même si elle l’est, le niveau de sa production ne sera pas si important», pronostique notre analyste…
À suivre !