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Relance de l’investissement : Des premiers pas prometteurs pour CapAccess

Trois mois après le lancement de ce produit de dette subordonnée, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement s’est déjà engagé sur 300 millions de dirhams de dette junior. L’intérêt des patrons de PME est, lui, grandissant.

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Lancé par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I), en partenariat avec Tamwilcom et les banques, le produit de dette subordonnée CapAccess suscite un intérêt croissant auprès des entrepreneurs et chefs d’entreprise. On a pu s’en rendre compte lors d’un événement récemment organisé par la BMCI, durant lequel la banque a présenté à sa clientèle entreprise sa solution CapAccess (CapAccess by BMCI). Un événement rehaussé par la présence du directeur général de Tamwilcom, Hicham Zanati Serghini, et de la directrice exécutive du FM6I, Salma Bellamine, deux des principaux protagonistes de ce dispositif de financement et du top management de la banque. Le nombre de patrons d’entreprises et de directeurs financiers présents à cette rencontre, et la quantité de questions posées autour du fonctionnement de ce dispositif témoignent de son attrait grandissant.
Un intérêt qui se traduit aussi en chiffres, puisque les premiers dossiers sont déjà sur la table du FM6I. À peine trois mois après le lancement de CapAccess, et alors que ce produit n’est disponible dans le réseau des 11 banques partenaires que depuis le mois d’avril, le FM6I s’est déjà engagé sur 300 millions de dirhams de dette junior, pour des projets d’investissement nécessitant 1,3 milliard de dirhams de financement, selon les chiffres révélés par Salma Bellamine. La directrice exécutive du FM6I a rappelé que le Fonds s’est donné pour objectif d’engager une enveloppe de 4 milliards de dirhams dans ce produit. De quoi atteindre près de 15 milliards de dirhams de financement avec le levier de la dette bancaire, sur un horizon de 4 ans.

Une réponse «concrète» à la sous-capitalisation
Si CapAccess suscite autant d’intérêt auprès des patrons de PME, c’est que ce produit a visé plein dans le mille, en débloquant un frein structurel aux velléités d’investissement des PME marocaines : leur sous-capitalisation chronique. En faisant sauter le verrou de l’apport en fonds propres, ce produit permet ainsi à des entreprises d’accéder au financement bancaire pour réaliser leurs projets d’investissement qui n’auraient pas vu le jour autrement. Ce qui fait dire à Hicham Seffa, président du directoire de la BMCI, que ce produit «vient vraiment à point nommé pour soutenir le tissu entrepreneurial marocain, en apportant une véritable réponse concrète et efficace à la problématique des fonds propres. Cela encourage énormément le secteur privé marocain à profiter pleinement des opportunités qui s’offrent aujourd’hui dans un Maroc qui bouge, qui est plein de chantiers et de projets».
À la BMCI, on compte bien faire profiter la clientèle corporate de ce mécanisme inédit, pour peu que les critères d’éligibilité (voir encadré) soient respectés. D’autant que le gisement de PME est là. «À la BMCI, nous avons un tissu de corporate, avec un chiffre d’affaires de plus de 10 millions de dirhams d’environ 5.200 clients, dont les deux tiers sont des PME. Un peu moins de 3.000 de ce total sont dans les critères de CapAccess. Aujourd’hui, nous essayons de voir qui, parmi ces entreprises, a des projets d’investissement, qui est embarqué dans tous les sujets d’infrastructure que le Maroc est en train de développer», a expliqué Zakaria Soukri, directeur Corporate Banking de la BMCI. CapAccess pourrait également permettre aux entreprises qui exportent vers l’Europe d’investir dans la décarbonation de leur outil de travail, alors que l’UE instaure une taxe carbone à ses frontières.

Un produit «magique»…
Dans un pays comme le Maroc où, de l’aveu même des banquiers, le tissu des PME n’est pas forcément privilégié en termes de financement pour tout un tas de raisons, dont l’insuffisance de fonds propres, le manque de structuration et un taux de défaillance élevé, CapAccess pourrait changer la donne. «CapAccess vient désormais aider les banques à favoriser la croissance des PME et ne plus les censurer dans la manière dont elles peuvent développer leur industrie», commente Zakaria Soukri. Ce dernier, enthousiaste, parle même de produit «magique» : cela permet d’apporter une dette subordonnée considérée comme des quasi-fonds propres en plus de la dette bancaire, avec des conditions préférentielles et, par conséquent, cela permet à un porteur de projets d’avoir un coût de financement moins cher qu’un coût de financement que la banque lui aurait apporté à 100%, et de ne pas avoir à mettre des fonds propres qu’il n’a pas forcément, résume-t-il. Le coût de ce financement en dette subordonnée mais aussi les conditions de remboursement sont en effet parmi les principaux atouts de CapAccess. Pour 2024, le taux qui est appliqué au crédit junior est fixé à un taux «attractif» de 5,5% HT. Un taux qui fera l’objet d’une révision au premier janvier de chaque année, en fonction de l’évolution des conditions monétaires. Pour ce qui est de l’autre partie du financement, celle du crédit senior accordé par la banque, son taux d’intérêt est librement négociable avec le client, qui peut faire jouer la concurrence entre les banques. Le différé de remboursement proposé est, quant à lui, le double de celui offert par les banques, sans pour autant dépasser cinq années. La maturité du crédit est plus longue que le financement bancaire classique de 3 années. Quant au délai de traitement des demandes, il ne dépasse pas 10 jours ouvrables une fois la demande de financement notifiée par la banque au FM6I, assure-t-on.
Au final, avec CapAccess, c’est une pierre de plus à l’édifice de la relance de l’investissement privé au Maroc qui a été posée, en complément d’un dispositif incitatif qui porte déjà ses fruits avec la nouvelle Charte de l’investissement lancée il y a un peu plus d’un an. CapAccess est d’ailleurs cumulable avec les éventuelles subventions d’investissement qui pourraient être octroyées par l’État aux entreprises éligibles. Une aubaine que les patrons de PME, y compris les plus frileux d’entre eux, se doivent de saisir.


CapAccess : Êtes-vous éligible ?
Les critères d’éligibilité au financement CapAccess font l’objet de quelques critiques de la part de certains chefs d’entreprise, notamment sur le volet concernant le niveau d’endettement. Certaines de ces critiques peuvent s’entendre, de l’avis même des banquiers, mais il fallait bien placer le curseur quelque part, notamment pour ce qui est du ratio d’endettement. Ce dernier, défini par l’encours des crédits court, moyen et long du bilan du dernier exercice clos rapporté à l’EBE, doit ressortir à un niveau inférieur ou égal à 5.
Par ailleurs, l’entreprise et son actionnariat (physique ou morale) ne doivent disposer d’aucune dette déclassée (c’est-à-dire une créance non remboursée) auprès de la banque à la date d’octroi du crédit conjoint. En outre, l’entreprise ne doit pas être en conciliation, sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire.