Rachat de bons du Trésor : Bank Al-Maghrib clarifie ses intentions et lève les ambiguïtés

Bank Al Maghrib (BAM) a organisé, ce jeudi 19 janvier, une conférence de presse pour expliciter les objectifs de son intervention sur le marché secondaire des bons du Trésor, et dissiper quelques malentendus. Compte-rendu.

Les opérations de rachat de titres obligataires auprès des banques, réalisées par la banque centrale sur le marché secondaire des bons du Trésor, suscitent bien des commentaires dans l’opinion publique et méritent bien des clarifications. C’est désormais chose faite, ce jeudi 19 janvier, avec l’organisation par Bank Al-Maghrib d’une rencontre avec la presse pour éclairer le public sur les objectifs de ces opérations d’Open Market. Des opérations inédites qui, rappelons-le, ont porté sur le rachat, au prix du marché, pour plus de 16 milliards de DH de bons du Trésor à très court terme auprès des banques, en deux séances, les lundis 9 et 16 janvier 2022.

Animée par Younes Issami, directeur des opérations monétaires et des changes au sein de BAM, accompagné de son adjoint, Mohamed Souhail, cette conférence de presse a permis d’expliciter les intentions de la banque centrale et de lever certaines ambiguïtés.

A en croire Issami, la banque centrale a réalisé ces opérations pour deux raisons. Il s’agit avant tout d’une réponse à «la forte baisse de la demande constatée lors des séances adjudications organisées par le Trésor, tous les mardis, pour financer son déficit budgétaire». Cette baisse émane principalement du fait que les banques ont atteint la limite de ce qu’elles peuvent détenir en bons du Trésor, en raison de la hausse des taux qui a impacté négativement la performance des portefeuilles détenus. «La marge pour que les banques détiennent plus de bons du Trésor a été amoindrie de manière significative», a expliqué le responsable.

La seconde raison concerne «les craintes» des investisseurs par rapport aux anticipations de l’évolution du taux directeur au cours des prochains mois, dans un contexte d’inflation persistante. Des appréhensions qui ont provoqué une situation d’attentisme chez les investisseurs, par manque de visibilité.

«Nous avons donc réfléchi à la manière d’améliorer la liquidité sur le marché des bons du Trésor, en utilisant les instruments à notre disposition, qui ne compromettent ni l’indépendance de la banque centrale, ni la conduite de sa politique monétaire», a souligné Issami. BAM a donc opté pour les opérations d’Open Market qui consistent à racheter des bons du Trésor sur le marché secondaire pour «injecter de manière structurelle de la liquidité». Ces injections ont visiblement porté leurs fruits, puisque la demande des banques sur le marché primaire a considérablement augmenté, atteignant 35 milliards de dirhams lors de la séance d’adjudication du 10 janvier (contre une demande limitée à 2 ou 3 milliards de dirhams encore récemment).

 

 

Ni assouplissement quantitatif ni création monétaire

Et d’ajouter aussitôt, pour couper court à toute interprétation erronée : «Il ne s’agit nullement d’un programme d’assouplissement quantitatif (QE)».

Ces QE, a rappelé le responsable, que les banques centrales des pays développés ont largement utilisés ces dernières années lorsque les taux dans ces pays avaient atteint le niveau zéro, ont consisté en des injections «massives» sur le marché, à travers le rachat de bons du Trésor long terme, mais aussi d’obligations émises par les entreprises privées, et parfois même des titres adossés à des crédits hypothécaires.

Ces programmes se sont traduits par une explosion de la taille des bilans des banques centrales qui ont eu recours à ces mécanismes non conventionnels. En outre, a poursuivi le responsable, «ces programmes intervenaient sur la partie longue de la courbe pour donner l’assurance que les taux vont rester à un niveau bas pour encourager l’investissement».

Ainsi, contrairement au QE, les opérations d’Open Market réalisées ces derniers jours par BAM «sont neutres», a insisté Souhail Mohamed. En d’autres termes, l’objectif de la banque centrale n’est pas d’influencer les taux, ni de soutenir l’économie ou de financer la dette, mais de rétablir la demande sur les bons du Trésor. «On est loin du bazooka monétaire», a-t-il fait remarquer.

Une autre différence avec le QE est que la taille du bilan de BAM n’a pas changé suite à ces opérations, et celles-ci n’ont pas donné lieu à de la création monétaire. «Ce qui a été injecté pour les achats des bons du Trésor a été réduit de la demande des banques sur le plan des avances à sept jours (sur le marché monétaire)», a précisé Issami. «Nous avons eu une baisse de 13 milliards de dirhams sur les avances contre 16 milliards de dirhams d’achat des bons du Trésor», a-t-il relevé, notant que le décalage des 3 milliards est lié à d’autres facteurs, dont la circulation fiduciaire.

«Il n’y a aucune raison d’interpréter ces achats de BDT comme une façon de soutenir le Trésor ou encore de faire baisser les taux», a insisté Souhail Mohamed, notant que «lorsqu’une banque centrale achète des titres qui seront remboursés dans 2 ou 3 mois, on ne peut parler de financement monétaire ou de monétisation de la dette».

Notons enfin que BAM compte poursuivre ces opérations de rachats de BDT sur le marché secondaire, jusqu’à atteindre le plafond fixé à 25 milliards de dirhams (dont 16 milliards déjà injectés). Lorsque le stock des titres rachetés arrivera à échéance, dans les prochains mois, les équipes de BAM feront les évaluations nécessaires pour voir si ce programme sera renouvelé ou pas. Une chose est sûre : BAM n’achètera ni de titres de la dette privée ni de maturités longues.