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Où en est le marché à terme ?
Longtemps attendu, le lancement du futur Masi 20 marque un tournant pour la Bourse de Casablanca. Fruit d’un chantier qui a duré plusieurs années, ce nouveau segment dérivé consacre la maturité du marché marocain des capitaux et amorce une nouvelle phase de sophistication financière.
Depuis le visa accordé par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) au document d’information du futur contrat sur l’indice Masi 20, le projet de marché à terme s’est imposé comme l’une des réformes les plus structurantes de la place casablancaise.
Selon Mohamed Filali, président de l’Association marocaine des salles de marché (AMSM) et directeur des activités de marché de capitaux au sein d’Attijariwafa bank, «depuis l’obtention du visa de l’AMMC pour le contrat à terme sur l’indice Masi 20, le projet a franchi plusieurs paliers majeurs.»
Sur le plan technique, la plateforme de négociation a été installée, testée et validée auprès des membres négociateurs, tandis que les connexions avec les membres compensateurs ont permis de garantir un flux stable et sécurisé entre la Bourse et les opérateurs.
Ce travail s’est accompagné d’un dialogue institutionnel soutenu. «Un dispositif complet de tenue de marché a été conçu pour assurer la liquidité du produit dès son lancement», explique Filali. Les discussions menées entre la Bourse de Casablanca et la Commission «Marché à Terme» de l’AMSM ont permis de définir les paramètres clés et les engagements futurs des teneurs de marché.
Résultat : un cadre technique et réglementaire conforme aux standards internationaux, mais adapté à la réalité marocaine.
Les sociétés de bourse, maillon opérationnel
Le ministère de l’Économie et des finances a officiellement délivré les premiers agréments d’intermédiaires à CFG Marchés, BMCE Capital Bourse et CDG Capital Bourse, marquant ainsi une étape décisive dans la mise en œuvre du marché à terme.
Pour Bachir Tazi, directeur exécutif et Partner de CFG Bank, ces agréments ouvrent une nouvelle ère pour les sociétés de bourse (SDB). «Le lancement du marché à terme vient compléter la palette de services qu’offrent les sociétés de bourse agréées», explique-t-il. «Les SDB joueront un rôle pivot entre l’investisseur, le marché, les market-makers et la Chambre de compensation.»
Dans la pratique, ces intermédiaires seront responsables de la collecte et de la validation des ordres des clients, de la vérification de leur couverture financière, puis de leur transmission à la plateforme de négociation.
Une fois les opérations exécutées, «elles assurent la transmission des opérations à la Chambre de compensation, qui se substitue aux parties pour garantir la bonne fin de la transaction», détaille Tazi.
Ce rôle ne s’arrête pas à l’exécution : les sociétés de bourse suivront également les positions ouvertes, calculeront les marges et transmettront les appels de marge lorsque nécessaire. Comme le résume le dirigeant, «elles agissent comme un maillon de conseil, d’exécution et de confiance».
De leur côté, les teneurs de marché, principalement issus des salles de marché bancaires, interviendront sous convention spécifique, s’engageant à coter en permanence des prix acheteurs et vendeurs sur des volumes minimaux. Ces conventions, encore en cours de finalisation, compléteront la chaîne opérationnelle du dispositif.
Des tests concluants avant le grand saut
Le 20 septembre dernier, la Bourse de Casablanca, les membres négociateurs et les compensateurs ont mené un test grandeur nature de la plateforme. Objectif: valider toute la chaîne opérationnelle, de la saisie d’ordre à la compensation.
Les résultats ont été encourageants. «Les simulations d’appels de marge, de suspensions de cotation et d’ajustements de positions ont confirmé la solidité et la fiabilité du dispositif», indique Filali. Une seconde phase de test, prévue du 21 au 24 octobre, vise à simuler plusieurs journées complètes de cotation, incluant l’ouverture, la clôture et le report des positions.
Si la structure technique est désormais prête, les derniers ajustements portent sur la signature des conventions de market-making, la finalisation des agréments des membres compensateurs et la montée en compétence des équipes opérationnelles.
Filali souligne que «tous les voyants sont désormais au vert», estimant que le futur Masi 20 «dote le marché marocain d’un outil moderne de couverture et de gestion du risque, au service de la compétitivité de la place financière de Casablanca».
Vers un marché plus liquide et plus efficient
Pour Bachir Tazi, l’impact du futur Masi 20 dépasse la seule dimension technique. «Le lancement du marché à terme constituera une vraie transformation de la place casablancaise», affirme-t-il, ajoutant qu’il permettra à la Bourse «de passer d’un marché “Long Only Cash Equity Market” à un marché plus sophistiqué, où aussi bien les mouvements haussiers que baissiers seront des opportunités d’investissement et de création de richesse».
À moyen terme, le marché à terme devrait également renforcer la liquidité du marché au comptant : les teneurs de marché, pour couvrir leurs positions dérivées, seront amenés à intervenir davantage sur les actions sous-jacentes.
Comme le conclut Tazi, «la multiplication des interventions sur le marché à terme contribuera à une meilleure formation des cours sur le marché au comptant et donc à mieux les arrimer sur les fondamentaux des sociétés cotées.»
Le marché à terme marocain entre dans sa phase ultime avant son lancement. Derrière la technicité du dispositif, c’est un symbole fort de modernisation des marchés de capitaux du Royaume : un signal de confiance, de discipline et d’ouverture, porté par des acteurs institutionnels désormais mieux coordonnés.
