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Nadia Fettah Alaoui : «Une dimension sans précédent»
Croissance, financement, dette publique, PPP…, la ministre de l’Économie et des finances revient sur les principaux axes de la vision gouvernementale en matière d’investissements publics.
Investissement qui génère de la croissance
«L’investissement public a pris une dimension sans précédent pendant cette mandature. 1.600 milliards de dirhams sont engagés, en hausse de 61% par rapport au quinquennat précédent.
Le taux de décaissement est à un niveau globalement satisfaisant, dépassant les 80% dans certains secteurs. Les délais sont relativement tenus pour les grands chantiers. Avant même la performance économique, le choix a été celui de l’État social.
Ces investissements publics couvrent plusieurs secteurs structurants, dont notamment les secteurs sociaux (santé, éducation et protection sociale) qui constituent un socle prioritaire.
Autre chantier stratégique : l’eau, qui est devenue un enjeu national face aux cycles climatiques extrêmes. Un programme estimé à près de 540 milliards de dirhams est engagé, englobant barrages, autoroutes de l’eau et dessalement. Les infrastructures complètent la donne, qu’il s’agisse d’aéroports, de transport ou d’équipements territoriaux destinés à réduire les disparités régionales et soutenir l’attractivité économique».
«Nous finançons cet investissement en prenant le pari qu’il sera transformationnel pour notre économie et notre pays.
À travers cette transformation, nous créons un vrai socle, une vraie plateforme pour permettre de solidifier des secteurs économiques déjà existants ou d’en attirer de nouveaux et par la suite de créer de la croissance. Et cet investissement est productif et génère effectivement de la croissance avec un taux de 5% estimé en deux années consécutives.
Si l’on considère la situation mondiale ainsi que celle de notre principal partenaire européen, force est de constater qu’il peine, hélas, à atteindre ne serait-ce que 1% depuis plusieurs années».
«Pendant que nous renforcions l’État social et faisions le choix d’accélérer l’investissement, nous ne travaillions pas dans l’improvisation. Il ne s’agissait pas d’un pari hasardeux, mais de la mise en œuvre d’une stratégie pensée en amont, organisée par phases. Parallèlement à cette montée en puissance de l’investissement public, une autre dynamique était à l’œuvre.
Il s’agissait d’une croissance en progression et d’une réforme fiscale structurante en cours de mise en place. Ainsi, pendant que l’investissement public augmentait fortement, les ressources de l’État progressaient au même rythme.»
Disposer de davantage de liquidités
«Pour financer cette croissance, nous avons d’abord recours au marché domestique. 75% de nos besoins sont financés sur le marché interne avec des durations moyennes de 8 ans et à un taux de 4%.
Ce qui permet de disposer de toute latitude d’opter pour le moyen de refinancement idéal pour les 25% restants dont le recours aux marchés internationaux. Malgré le tollé qu’elles suscitent, les levées en devises ne sont pas réalisées sur des montants conséquents, contrairement aux émissions sur le marché interne qui sont plus déterminantes en matière de coût.
D’autres moyens existent pour les EEP à l’instar de la titrisation, des émissions obligataires. Toutefois, l’attention est particulièrement portée sur les financements innovants.
Il s’agit juste de transférer des actifs pour disposer de davantage de liquidité sur des durations longues qui n’existent pas sur le marché obligataire, allant à 30 ans.
Qui plus est, sans donner de garanties, puisque le locataire est l’État et sans que l’opération soit assimilée à de la dette. Il est à préciser que cet instrument est utilisé pour 10% de nos investissements, alors que 90% sont réalisés de manière classique».
Nous sommes encore très loin d’avoir épuisé l’épargne nationale. Ainsi, les détenteurs de cette épargne pourront, au moyen des instruments qu’il nous appartient de concevoir et de mettre en place ensemble, participer à cette création de valeur et en recevoir une part.
Car si tout le monde ne peut être entrepreneur ni créer sa propre entreprise, chacun peut en revanche prendre part à l’effort d’investissement et en devenir un acteur.
Toute la chaine de valeur est couverte
«Tout est mis en place et toute la chaine de valeur est couverte. L’effet de levier du FM6I est de 1 dirham pour 2 et les premiers investissements arrivent.
Les fonds de capital-investissement et capital-risque créés ont permis de mobiliser 20 milliards de dirhams en trois ans, soit autant que le montant levé par cette industrie en 20 ans.
À côté, Cap Access et Cap Hospitality sont pleinement opérationnels et donnent des résultats probants. Nous restons à l’écoute tant des entreprises que du secteur bancaire pour améliorer ces produits et les adapter aux attentes, parce que les besoins sont manifestes. Un marché à grand potentiel est présent et nous n’hésitons pas à continuer d’accélérer l’implémentation de ces produits.
Le partenariat public-privé n’est pas en reste. Un exemple particulièrement parlant de la réussite de ce modèle est celui de Tanger Med, devenu aujourd’hui le leader incontesté des ports méditerranéens. Ce projet a mobilisé un peu moins de 150 milliards de dirhams d’investissement, portés à hauteur d’un tiers par le public et de deux tiers par le secteur privé.
Cet effort considérable a permis la création de près de 140.000 emplois et le développement d’une zone industrielle de 3.000 hectares, générant une dynamique économique et une émulation particulièrement fortes dans toute la région.
Ceci démontre qu’il est essentiel de laisser le temps à l’investissement de produire ses effets, afin que les retombées économiques et sociales puissent pleinement se concrétiser. Dans la même logique, le projet Nador West Med est aujourd’hui en cours de déploiement.
Il représente un investissement global de 50 milliards de dirhams, dont 30 milliards d’origine publique et 20 milliards d’investissements privés (11 milliards dans les activités portuaires et 9 milliards dans l’industrie).
La bonne nouvelle est que l’activité industrielle y a pratiquement déjà démarré. Le lancement de Nador West Med a permis d’attirer deux leaders mondiaux du transport maritime, qui se sont installés sur le site et investissent à eux seuls
11 milliards de dirhams. L’impact attendu sur l’emploi, notamment dans la région de l’Oriental, est majeur et structurant. Au-delà des montants investis, cette dynamique repose également sur des réformes structurantes, à savoir la nouvelle Charte de l’investissement, l’amélioration continue du climat des affaires et la mise en œuvre de stratégies sectorielles ambitieuses».