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MRE : Un momentum propice à l’investissement
Les transferts des MRE, poste clé des comptes extérieurs, culminent chaque année à plusieurs milliards de dirhams. Et pourtant, la diaspora marocaine ne pèse que 10% de l’investissement privé. Le Maroc explore désormais les pistes judicieuses pour orienter ces transferts vers des secteurs
productifs, au-delà de l’immobilier.
Les transferts des Marocains du Monde (MDM) ne cessent d’augmenter. En 2025, ils ont atteint plus de 122 MMDH. À fin mars 2026, ils ont également poursuivi leur trend haussier, comme en témoigne leur progression de plus de 11,7%, à près de 30 MMDH.
Au-delà des enjeux inhérents au montant total des flux, il s’avère que passer d’une logique de solidarité familiale à celle de l’investissement productif constitue l’un des plus grands challenges qui se posent aux transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE).
Rappelons que ces fonds constituent un puissant levier économique et financier, notamment en termes d’impact positif sur les comptes extérieurs et la consommation, force motrice de la croissance économique.
Ceci dit, le Royaume, qui s’inscrit dans une dynamique de transformation structurelle, compte transformer l’essai en trouvant des mécanismes idoines à même de drainer une part substantielle de cette manne financière colossale vers des secteurs productifs, créateurs de valeur ajoutée et surtout d’emplois stables.
Prédominance de la «pierre»
Les chiffres officiels sont éloquents : aujourd’hui, les MRE représentent près de 10% de l’investissement privé national. Ce qui semble modeste eu égard au grand potentiel des Marocains du Monde (MDM), de plus en plus instruits et intégrés sur le plan économique au niveau des pays d’accueil.
Cette nouvelle donne contribue incontestablement à l’amélioration de leur pouvoir d’achat et de leur capacité à investir dans leur pays d’origine. Or, jusque-là, le constat est sans appel : seuls près de 10% des transferts de la diaspora marocaine sont consacrés à l’investissement, sachant que l’immobilier s’arroge la part du lion, avec 8%.
Cette prédominance de l’investissement des MRE dans la «pierre» laisse une marge étriquée aux autres secteurs productifs, dans lesquels le Royaume performe et gagne en attractivité et en compétitivité à l’échelle régionale et mondiale (industrie, tech, énergies renouvelables, logistique…).
Au regard de ce qui précède, il est clair que le Forum national sur «L’investissement et les Marocains du Monde», placé sous le thème «Marocains du Monde : une contribution productive au développement du Royaume», arrive à point nommé.
Une terre d’opportunités
La rencontre qui s’est tenue récemment dans la ville de Tanger, réhaussée par la présence effective du chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, était une tribune de choix pour la mise en relief des réformes structurantes engagées par le Royaume afin de favoriser l’investissement productif, notamment l’allègement des procédures administratives (accéléré par le digital) et la nouvelle Charte de l’investissement, à travers ses dispositifs incitatifs au profit des investisseurs et des entreprises (TPE, PME et GE).
L’évènement était aussi l’occasion pour le ministère de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques (co-organisateur de la manifestation), de valoriser les potentialités économiques des différentes régions du Royaume et surtout de rappeler le positionnement du pays en tant que hub et terre d’opportunités pour les 6 millions de MRE.
D’ailleurs, lors de son allocution devant un auditoire de 300 participants, dont plus de 150 investisseurs marocains du Monde, le chef du gouvernement n’a pas manqué de préciser que la Commission des investissements a approuvé, depuis le début de l’actuel mandat gouvernemental, 381 projets de conventions d’investissement et d’avenants. Et ce, pour un montant global d’environ 581 MMDH.
Ce volume d’investissement devrait permettre, à terme, la création de plus de 245.000 emplois directs et indirects. C’est dire l’attractivité du pays pour les investisseurs.
Des pistes à investir
Même si du chemin reste encore à faire pour orienter une grande partie des transferts des MRE vers les secteurs productifs, des initiatives visant à mobiliser l’épargne de la diaspora marocaine peuvent aujourd’hui être envisagées.
À titre d’exemple, il y a lieu de citer les obligations dédiées (Diaspora Bonds) et les fonds exclusivement conçus pour les besoins d’investissement des MRE. De plus, certains mécanismes, comme MDM Invest déployé par Tamwilcom, sont à dupliquer afin d’accompagner les MRE entrepreneurs de plus en plus nombreux à investir des secteurs en lien avec la tech, les énergies renouvelables et l’innovation, des branches pourvoyeuses d’investissements.
Rappelons que MDM Invest, qui peut être appréhendé comme un coup de pouce aux projets d’investissement de la diaspora, constitue un dispositif de subvention dédié spécialement aux MRE.
Autre chiffre de nature à corroborer la centralité de l’accompagnement de Tamwilcom accordé aux MDM : 50% des entreprises innovantes ayant bénéficié des dispositifs de l’entité dirigée par Said Jabrani au cours de la dernière décennie ont été créées ou portées par des MRE.
Dans l’optique d’impliquer davantage les MRE dans l’essor économique de leur pays d’origine, le ministère de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques a lancé, en janvier 2026, un appel d’offres ouvert international ayant pour objet la conception, le développement et la mise en œuvre d’une plateforme digitale, destinée, entre autres, à faciliter et à accompagner l’investissement des MDM dans le Royaume.
Cette plateforme pensée pour jouer un rôle de catalyseur des investissements de la diaspora dans le pays devrait être opérationnelle cette année.
Ces initiatives salutaires
Par ailleurs, parmi les autres mécanismes et dispositifs ayant pour vocation de promouvoir les investissements des MRE au Maroc, il y a lieu de citer le déploiement du réseau bancaire national en Europe ou encore la mise en place de guichets dédiés au sein des Centres régionaux d’investissement (CRI).
Ceci dit, une nouvelle dynamique a été impulsée au cours de ces dernières années avec notamment la création d’un desk MDM au sein de l’AMDIE, le renforcement des cellules MDM des CRI, ainsi que l’ouverture du Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I) aux MRE.
De plus, le patronat marocain, qui accorde un grand intérêt à la diaspora marocaine, comme en témoignent les initiatives portées par MeM by CGEM, a dans le pipe plusieurs initiatives allant dans le sens d’une meilleure implication des MRE dans le développement économique du Royaume.
Pour rappel, MeM by CGEM, qui est la 13e région du patronat, a pour raison d’être la mise en réseau, la mobilisation et la valorisation des talents marocains à l’international, en vue de renforcer leur participation à l’essor économique du pays.
En définitive, outre leur grande capacité à investir dans des secteurs à fort potentiel dans le Royaume, les Marocains du Monde sont des pourvoyeurs d’expertise et des leviers d’influence auxquels le Royaume accorde aujourd’hui un très grand intérêt. D’ailleurs, cela est amplement conforté par le Forum national de Tanger, dont l’ouverture a été présidée par le chef du gouvernement.
