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Marsa Maroc : Le transbordement en relais de croissance

L’opérateur portuaire profite pleinement des activités de transbordement démarrées en 2021 pour nourrir sa croissance et sa profitabilité. Un catalyseur qui devrait certes s’estomper entre 2025 et 2026, avant de repartir de plus belle en 2027 avec l’entrée en service du port Nador West Med.

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Marsa Maroc a la cote. Le leader national de la gestion de terminaux portuaires est dans les petits papiers des analystes qui apprécient son profil de croissance et ses fondamentaux solides. Ces dernières semaines, la valeur a d’ailleurs fait l’objet de deux recommandations positives de la part de BKGR et CGF Bank, qui recommandent respectivement d’accumuler ou de conserver le titre, avec des cours cibles respectifs de 321 et 330 dirhams.

Introduite en Bourse en 2016 au prix de 65 dirhams à l’occasion de l’une des principales opérations de privatisation de ces dernières années, Marsa Maroc a depuis réalisé un joli parcours en Bourse. L’action s’échange aujourd’hui autour de 310 dirhams. Son prix s’est apprécié de plus de 376% depuis l’IPO de 2016, de 90% depuis le début de l’année 2029 et de 43,8% depuis le début de 2023. En year-to-date, la progression est de 11,7%. Et la valeur semble en avoir encore sous le pied, au vu des perspectives de croissance du groupe Marsa Maroc et de la diversification de ses activités. Passé dans le giron du groupe Tanger Med (Tanger Med Dev Log SA est depuis 2021 le principal actionnaire de Marsa Maroc avec 35% des parts), l’opérateur portuaire a vu son activité connaître une inflexion majeure suite au démarrage des activités de transbordement en 2021, à travers sa filiale Tanger Alliance, dédiée à la gestion de la concession du terminal TC3 du port Tanger Med II. Le transbordement, qui est venu s’ajouter aux activités de gestion du trafic domestique (appelées Gateway dans le jargon maritime), cœur de métier de Marsa Maroc, a été «un relais de croissance majeur pour le groupe au cours des trois dernières années», soulignent les analystes de CFG Bank. Grâce à cette nouvelle activité, le trafic consolidé de Marsa Maroc est passé de 37,9 millions de tonnes en 2019 à 56,9 millions de tonnes en 2023.

Le lancement de cette nouvelle activité, qui compte déjà pour 25% des revenus de Marsa Maroc en 2023, a également permis au groupe de diversifier davantage son trafic en captant une partie des flux internationaux et de renforcer sa marge et ses niveaux de rentabilité grâce à des économies d’échelle plus élevées et à une meilleure dilution des coûts fixes.

Ainsi, après une année 2023 de très bonne facture pour le groupe sur le plan des performances commerciales et financières, qui a propulsé le chiffre d’affaires consolidé à plus de 4,3 milliards de dirhams (+9,4%) et le résultat net consolidé à plus d’un milliard de dirhams pour la première fois (+6,5%), 2024 devrait connaître une trajectoire encore meilleure. La banque d’affaires s’attend ainsi à une croissance continue de Marsa Maroc avec un bénéfice net ajusté en hausse de 9,3% par rapport à 2023. Une prévision qui prend en compte une augmentation de 20% du trafic de conteneurs manutentionnés au terminal TC3 du port Tanger Med II, pour atteindre sa pleine capacité théorique de 1,8 million de conteneurs. Le chiffre d’affaires se bonifierait quant à lui de 9% pour atteindre 4,71 milliards de dirhams. Ces prévisions semblent se confirmer après la publication des résultats au premier trimestre de 2024, marqués par un chiffre d’affaires en hausse de 14% à plus de 1,14 milliard de dirhams et un trafic manutentionné en progression de 17% pour atteindre près de 15 millions de tonnes.

En attendant nador west med
Toutefois, l’effet transbordement sur la croissance devrait s’estomper à compter de 2025. Comme le souligne CFG Bank, «après avoir pleinement exploité le potentiel de croissance de l’activité de transbordement en 2024», Marsa Maroc, qui opère 24 terminaux dans 10 ports du Royaume, devrait revenir à des niveaux de croissance «plus normatifs» à partir de 2025. C’est le cas du bénéfice net qui devrait revenir à un taux de croissance moyen de 6% annuellement durant la période 2024-2028. Cette croissance serait portée principalement par l’activité Gateway qui continuerait à surperformer, en lien avec le développement des flux commerciaux du Royaume et dans une moindre mesure par les activités de transbordement.

À moins que Marsa Maroc n’arrive à se positionner dans les nouveaux ports, comme celui de Nador West Med notamment, prévus dans le cadre de la stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030, renforçant ainsi l’activité transbordement. Et c’est précisément ce que vient de faire Marsa Maroc : fin juin dernier, l’opérateur portuaire a annoncé avoir conclu un accord de concession pour 25 ans du futur terminal à conteneurs Est du port de Nador West Med. Marsa Maroc engagera une enveloppe d’investissement estimée à 200 millions d’euros, pour la réalisation de la première phase de ce terminal qui offrira en pleine capacité 3,4 millions d’EVP, et dont la mise en service est prévue en 2027.

Fort de son cash abondant, Marsa Maroc pourrait investir dans de nouvelles concessions à moyen terme et continuer à se renforcer dans le transbordement, notamment au futur port Dakhla Atlantique qui sera livré en 2028, mais aussi en Afrique. L’opérateur vient d’ailleurs de décrocher la gestion déléguée de deux terminaux du port de Cotonou (voir encadré).

Du côté des dividendes, CFG Bank note une baisse du niveau de distribution de Marsa Maroc malgré la hausse soutenue de la rentabilité du groupe. Depuis 2015, Marsa Maroc a en effet maintenu un taux de distribution de dividendes supérieur à 100%, à l’exception des trois dernières années. Mais depuis 2021, ce taux a baissé pour atteindre 73% en 2023 et devrait atteindre 60% en 2024. «Selon nos échanges avec le management, le groupe ne prévoit pas de distribuer un dividende par action supérieur à 8,5 DH au cours des deux prochaines années», indiquent les analystes de CFG Bank, qui prévoient un niveau de distribution de 60% sur la période 2024-2028. Toutefois, il n’est pas exclu, ajoute-t-on, que le groupe revienne à des niveaux de paiement plus élevés dans les années à venir.


Cap sur le Bénin

Les derniers mois ont été marqués par un newsflow important pour Marsa Maroc. Outre la signature de l’accord de concession au niveau du port Nador West Med, la montée à 100% dans le capital de sa filiale Société de manutention d’Agadir et la mise en place d’une nouvelle organisation de la gouvernance du groupe, l’opérateur a également annoncé tout récemment avoir été désigné attributaire pour la gestion déléguée des Terminaux 1 et 5 du port de Cotonou. Cette sélection, qui conforte l’ambition de Marsa Maroc de se développer à l’international, s’est faite au terme d’une procédure de sélection internationale pilotée par la société Bénin Manutentions S.A. Une convention de gestion déléguée sera conclue entre les deux parties dans les meilleurs délais. Dans le cadre de ce partenariat, Bénin Manutentions S.A sera accompagnée par Marsa Maroc pour le démarrage et la prise en charge des opérations des deux terminaux. Marsa Maroc affirme qu’il s’appuiera sur son expertise et ses relations avec les principales compagnies maritimes internationales afin de positionner Bénin Manutentions S.A comme un opérateur performant qui contribue au développement des corridors logistiques dans la région. L’opérateur veillera aussi à la mise en exploitation des terminaux et à la mise en œuvre de plusieurs chantiers de modernisation.