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Marché actions : Retour de confiance et performance attendue
La Bourse de Casablanca enchaine les performances grâce notamment aux perspectives de croissance des sociétés cotées, elles-mêmes tirées par une économie en ébullition. La confiance, de son côté, est déjà rétablie.
Le marché actions est sur une bonne dynamique depuis début janvier. Il est vrai que l’année a démarré sur les chapeaux de roues, mais le marché s’est rapidement rétabli, porté par les résultats annuels des sociétés cotées qui ont clôturé 2023 sur une augmentation de la masse bénéficiaire de 15,7% à 33 milliards de dirhams. Il faut dire aussi que les valeurs immobilières ont permis de porter la performance du marché, puisqu’elles ont enregistré des croissances exceptionnelles de leurs cours en bourse, avec 109% pour Addoha, 112% pour Alliances et 273% pour Résidences Dar Saada. Somme toute, le Masi affiche une performance de 10% les cinq premiers mois de l’année.
À la fin du premier trimestre, les indicateurs d’activité affichés par les sociétés cotées ressortent bien orientés. Selon BMCE Capital Global Research (BKGR), les revenus totaux se sont améliorés de 4% à 75,9 milliards de dirhams comparativement au même trimestre, une année auparavant. Le chiffre d’affaires agrégé est tiré par le bon comportement des financières et des assurances, compensant la mauvaise tenue de l’activité commerciale des industries. En effet, «la méforme des sociétés industrielles est normale, car elles sont dans un cycle désinflationniste. L’effet prix négatif a pesé sur le chiffre d’affaires, mais ne devrait pas impacter l’évolution des marges, d’ici la fin de l’année, selon notre perception», explique Hicham Saadani, directeur général délégué de BKGR.
Néanmoins, le fléchissement de la volatilité des matières premières, observé depuis le début de l’année, devrait avoir un effet bénéfique tant sur le chiffre d’affaires des industrielles que sur les marges. «Alors que les résultats annuels de 2023 étaient soutenus essentiellement par les bancaires qui ont représenté la locomotive par excellence, la masse bénéficiaire de cette année serait améliorée notamment par les industrielles. Il s’agit d’un retour à la croissance qu’on n’a pas connu depuis trois ans».
Cela dit, les bancaires devraient maintenir leur dynamique et continuer à progresser à un rythme intéressant. Les valeurs immobilières devraient également s’ajouter à la donne, bénéficiant de l’impact positif lié au programme d’aide directe à l’acquisition, mais également aux effets des évènements attendus au Maroc, notamment la CAN 2025 et le Mondial 2030.
Saadani estime que la capacité bénéficiaire devrait afficher une croissance de 13,4% en 2024, pour totaliser 33,2 milliards de dirhams, «un niveau qui n’a pas été réalisé depuis 2018», commente Majd Guebbas, directeur général de BMCE Capital Bourse (BKB). La base de ces projections repose sur les perspectives d’évolution de l’économie marocaine, avec tous les chantiers ouverts en matière d’investissements, d’infrastructures routières, ferroviaires, aériennes. Cela, en plus de la promotion immobilière et du filet social qui devrait encourager la consommation interne.
Dans ces conditions, le marché actions devrait finir l’année sur une performance entre 12 et 15%. Au pire, en cas de survenance d’un évènement inattendu, la hausse du Masi serait ramenée à 7% ou 8%. Ces prévisions intègrent déjà l’effet du déficit pluviométrique et du niveau estimé de la campagne agricole. Alors que les perspectives sont au beau fixe, vu les nombreux investissements dans lesquels le Maroc s’est engagé, le top management de BKB et BKGR pointe l’emploi comme point négatif. Ils demeurent toutefois optimistes puisque selon eux, «avec les projets à venir, le BTP, entre autres, devra absorber une grande partie des postes d’emploi perdus en raison de la méforme du secteur agricole».
Le PE élevé ne rebute pas les investisseurs
«Ces perspectives créent des conditions favorables et attractives pour les investisseurs étrangers», nous confie Saadani. Malgré un PE élevé, ces derniers demeurent intéressés par la bourse marocaine. «Les valorisations restent intéressantes et la profondeur est en train de se renforcer. Cette année, les volumes sont en hausse de 140% par rapport à l’année précédente. C’est certes essentiellement grâce aux valeurs immobilières. Mais cela a permis de créer une dynamique au niveau des autres valeurs cotées», souligne Guebbas.
Le PE du Maroc tourne actuellement autour de 18 alors qu’il était de 20 en moyenne ces dix dernières années. «Cette cherté est liée à la qualité des perspectives des sociétés cotées dans une économie en profonde mutation. Les sociétés cotées sont en train de récupérer les fruits de la transformation de l’économie depuis ces 15 dernières années, qui est tournée davantage sur les activités à forte valeur ajoutée et sur l’export», explique Saadani.
Guebbas, lui, explique qu’un PE statique induit l’absence de perspectives d’une société. Mais, «s’il passe de 20 à 15, puis à 8, par exemple, cela veut dire que la société croît et que ses fondamentaux s’améliorent. Et c’est là tout l’intérêt d’un PE en évolution et non constant à un niveau précis», ajoute le DG de BKB.
S’il y a un autre élément qu’il ne faut pas négliger, c’est bien la stabilité du dirham, contrairement aux monnaies des pays comparables. Autrement dit, les étrangers préfèrent investir dans un pays où le PE est élevé avec une monnaie stable, plutôt que de subir des dépréciations de plus-values en raison de la volatilité de la monnaie.
En dehors de ces éléments, le Maroc reste bien positionné en Afrique. Il est le 2e marché en termes de taille, après celui de l’Afrique du Sud et devance celui de l’Égypte, en dépit du nombre de sociétés cotées plus élevé ou encore d’une volumétrie plus importante. La capitalisation boursière casablancaise représente le double de sa voisine égyptienne.
Manque de papier neuf : pas aussi problématique que ça !
Le papier frais reste tout de même le talon d’Achille du marché actions marocain. Peu de sociétés s’introduisent annuellement. Depuis 2018, la Bourse a compté à peine sept IPO. Pourtant, l’appétit des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers est présent et les fonds également. Hicham Saadani apporte une autre lecture à cette lenteur. Pour lui, «ce qu’on apporte au marché est de qualité. C’est considéré comme un gage de sécurité aux yeux des investisseurs, notamment les étrangers. La Bourse casablancaise n’est pas dans une course folle
aux IPO, au risque de détruire la valeur au final».
Il ajoute : «Il est vrai que nous, opérateurs du marché, sommes frustrés par rapport à cette lenteur. Mais, avec du recul, elle nous sert, car, tout compte fait, nous évoluons dans un marché sain avec des perspectives qui restent intactes».
