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Argent

Les placements privés changent d’échelle

Après une progression record en 2024, les placements privés confirment leur montée en puissance dans le paysage financier marocain. L’appétit des investisseurs, la solidité des émetteurs et un cadre réglementaire souple contribuent à l’essor de ce mode de financement.

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Les chiffres publiés par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) confirment l’essor grandissant du marché de la dette privée, porté principalement par la montée en puissance des placements privés. En 2024, les levées réalisées sous cette forme ont atteint 11,78 milliards de dirhams, contre 4,79 milliards une année auparavant, ce qui représente une hausse impressionnante de 145,9 %. Une tendance qui se poursuit visiblement en 2025, au vu des dernières opérations enregistrées sur les premiers mois de l’année.

Plusieurs grandes entreprises ont eu recours à ce canal depuis le début de l’année, illustrant à la fois la confiance du marché et la flexibilité qu’offre ce mode de financement.

Dès janvier, Afriquia Gaz (600 millions de dirhams) et Maghreb Oxygène (450 millions) ont ouvert le bal, suivis en février par Saham avec une levée de 1,6 milliard. En avril, le groupe Al Omrane a mobilisé 1,5 milliard, tandis qu’en mai, Jet Contractors a émis pour 600 millions de dirhams. Le mois de juin a marqué une véritable accélération avec une série d’opérations majeures : Auto Nejma (600 millions), RCI Finance Maroc (500 millions), Label’Vie (1,5 milliard), Holged (500 millions), IAM (3 milliards), ONEE (3,5 milliards) et Nador West Med (500 millions). La dynamique s’est prolongée durant l’été : en juillet, Autoroutes du Maroc a levé 2,5 milliards de dirhams, Managem un milliard et Building Logistics 500 millions, tandis qu’en août l’Université Mohammed VI a clôturé une opération d’un milliard de dirhams.

Souplesse et rentabilité

Cette accélération s’explique par plusieurs facteurs structurels. La souplesse des placements privés vis-à-vis du cadre de l’AMMC, qui ne nécessite pas de visa préalable, tout en restant encadré, constitue un atout majeur pour les émetteurs. Mais au-delà des aspects procéduraux, c’est la montée en confiance des investisseurs qualifiés qui joue un rôle déterminant. La solidité financière des entreprises concernées, leur transparence et la clarté de leurs perspectives et solvabilité renforcent leur attractivité, dans un contexte économique national particulièrement favorable.

Selon une source proche du marché, cette évolution marque une rupture nette avec la situation d’il y a encore cinq ans, lorsque ce type d’émission peinait à trouver preneur. «Aujourd’hui, les opérations sont mieux préparées, mieux ciblées, et souvent souscrites avant même leur clôture, traduisant une demande anticipée croissante de la part des investisseurs.»

À cela s’ajoute un élément clé d’ordre purement financier : le couple rendement-risque offert par ces instruments reste l’un des plus compétitifs sur le marché marocain actuel. Dans un environnement marqué par des taux obligataires bas, une limite presque atteinte en matière d’allocation sur la poche actions, et une préférence accrue pour les produits de taux, les obligations émises en placement privé trouvent facilement preneur. Ces titres s’intègrent désormais, pour certains investisseurs institutionnels, comme des titres de fond de portefeuille. «Ils sont perçus comme offrant un bon compromis entre rendement, bon scoring et faible volatilité, avec une logique de détention jusqu’à l’échéance qui atténue l’exposition au risque de taux», souligne la même source.

En intégrant également les Titres de créances négociables (TCN), la dette privée levée en 2024 dépasse les 101 milliards de dirhams, contre 87 milliards en 2023.

Ce niveau, jamais atteint auparavant, témoigne d’un changement d’échelle dans le financement non bancaire des entreprises au Maroc.