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Les ETF dans les starting-blocks

Après 15 années d’attente, les Exchange Trading Funds sont sur le point d’être introduits à la Bourse de Casablanca. Une nouveauté majeure susceptible de donner un nouveau souffle à la place financière.

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La promulgation récente de la loi 03-25 marque un tournant décisif pour le marché des capitaux marocain et l’industrie de la gestion d’actifs. Le texte ouvre en effet la voie à l’introduction de nouvelles catégories de fonds au Maroc, dont les fonds indiciels cotés, communément appelé ETF (Exchange Trading Funds).

Il n’est jamais trop tard, pourrait-on dire, d’introduire ces fonds indiciels cotés, également appelé trackers, à la Bourse de Casablanca, remontant à 2011, dans le cadre de la réforme globale du marché boursier marocain.

Toujours est-il que 15 ans après, les ETF sont cette fois bel et bien dans les starting-blocks. Selon plusieurs sources du marché, ils pourraient démarrer dès cette année 2026.

cela, des circulaires de l’Autorité marocaine du marché des capitaux doivent être publiées, dont celles portant sur les procédures d’agrément pour les sociétés de gestion souhaitant lancer des ETF, les critères de sélection des indices pouvant servir de sous-jacents, ainsi que les conditions opérationnelles de lancement et de commercialisation.

Pour les investisseurs marocains, particuliers comme institutionnels, mais aussi pour le secteur de la gestion d’actifs de manière générale, c’est une véritable petite révolution qui s’annonce.

Comme le souligne BMCE Capital Global Research dans un document d’analyse intitulé «Les ETF, vecteur de diversification de l’épargne collective», l’intérêt des trackers réside dans leur structure hybride: ils combinent, d’une part, la logique d’un fonds d’investissement grâce à la réplication d’un indice et, d’autre part, les mécanismes de négociation des actions, puisque leurs parts sont échangeables en continu sur le marché boursier.

Un produit indiciel simple pour commencer
Selon le bureau de recherche, cette architecture confère aux ETF des avantages déterminants : des frais de gestion significativement réduits profitant d’une gestion passive qui limite les arbitrages internes, ainsi qu’une diversification immédiate et accessible en une seule transaction.

La transparence de ces fonds est par ailleurs renforcée grâce à la publication quotidienne de la composition du portefeuille. Enfin, les ETF permettent une liquidité accrue issue de la présence systématique de teneurs de marché et du mécanisme de création et de rachat de parts qui soutient le marché secondaire

Pour résumer, ces fonds indiciels permettent à un investisseur d’acheter tout un indice (l’indice Masi par exemple), en une seule transaction, avec un coût très inférieur aux OPCVM classiques et une liquidité comparable à celle d’une action. Une combinaison qui a fait le succès de ces fonds indiciels à travers le monde, depuis leur apparition dans les années 1990 aux États-Unis (voir encadré).

Reste à savoir quels ETF seront lancés en premier. BKGR recommande l’introduction d’un premier produit indiciel «simple», avant d’élargir progressivement la gamme à d’autres sous-jacents, tels que les obligations ou les matières premières, «afin d’accompagner la montée en sophistication du marché sans brusquer les investisseurs».

Selon un professionnel du marché, on se dirige «vraisemblablement pour commencer vers des ETF répliquant les indices les plus connus du marché, à savoir le Masi et le Masi 20».

Impact sur la gestion d’actifs
L’introduction des ETF au Maroc aura un impact globalement positif sur l’industrie de la gestion d’actifs, qui pèse aujourd’hui quelque 785 milliards de dirhams. D’autant que ce secteur dispose encore d’une grande marge pour se développer davantage.

BKGR souligne en effet que le marché marocain se caractérise encore par des taux de pénétration moyens des produits d’investissement collectifs aux alentours de 51% du PIB (contre plus de 100% dans les économies les plus avancées).

L’arrivée des ETF vient donc compléter, et non concurrencer, l’offre déjà existante en OPCVM, en répondant à des besoins spécifiques, tels que l’exposition passive, l’allocation tactique ou encore le rééquilibrage de portefeuilles.

«On peut s’attendre à ce que les institutionnels intègrent les ETF en complément de leurs allocations existantes», analyse le bureau de recherche. À terme, poursuit-on, le développement d’un marché plus profond et plus liquide, enrichi par les ETF, pourrait attirer davantage d’investisseurs étrangers et renforcer l’ensemble de l’industrie de la gestion d’actifs au Maroc.

Ainsi, l’arrivée des ETF devrait occasionner une expansion du marché, soutenue à la fois par l’élargissement de la base d’épargnants, l’amélioration de l’attractivité du marché financier marocain et une meilleure intégration dans les flux d’investissement internationaux.

Un encours de 25 MMDH dès 2028
BKGR souligne que la réussite des ETF au Maroc dépendra de trois conditions clés: un produit initial simple, une liquidité assurée dès le lancement et une infrastructure efficace de création et rachat. «Cela suppose des teneurs de marché actifs, un panier de titres liquides et des process opérationnels fluides, et des coûts compétitifs».

L’expérience internationale rappelle que la liquidité et la crédibilité réglementaire sont déterminantes. Le Maroc pourrait éviter les difficultés observées sur certains marchés africains, notamment au Nigéria, en s’appuyant sur un socle institutionnel solide et une offre progressivement diversifiée.

Par ailleurs, malgré une base encore limitée d’investisseurs particuliers dans les encours OPCVM (8,2%), la montée en puissance récente des personnes physiques dans les volumes du marché actions constitue un signal favorable pour l’adoption de ces instruments. Enfin, une infrastructure technologique robuste, d’un cadre réglementaire stable (juridique, fiscal, change) est également un préalable.

BKGR s’est même essayé au jeu des pronostics. Selon les estimations du bureau de recherche, l’encours des ETF devrait permettre, dans un premier temps, de créer un nouveau marché avec un encours de gestion de 5 à 10 milliards de dirhams, soit environ 1% de l’encours des OPCVM.

L’encours des ETF atteindrait les 25 milliards de dirhams en 2028 et peut dépasser à plus long terme les 50 milliards de dirhams (soit plus de 5% de l’actif sous gestion).


ETF, un succès mondial
Depuis leur apparition au début des années 1990, d’abord aux États-Unis en 1993 avec le lancement du S&P 500 ETF Trust puis au Canada, les ETF se sont imposés comme l’une des innovations financières les plus marquantes des dernières décennies.

Leur diffusion rapide, en Europe dès la fin des années 1990 puis en Asie au début des années 2000, a profondément redéfini les pratiques d’allocation d’actifs et les politiques d’investissement des acteurs institutionnels comme des investisseurs individuels.

On compte aujourd’hui 15.807 ETF cotés en Bourse dans le monde, gérés par 967 fournisseurs sur 81 places boursières différentes. Les encours mondiaux sous gestion ont franchi le seuil des 19.850 milliards de dollars à fin 2025 après avoir enregistré une hausse de +33,7% en 2024.

Cette croissance ne se limite pas au volume, elle s’observe également dans la diversité des segments couverts : les ETF se déclinent ainsi aujourd’hui en produits actions, obligataires, matières premières, sectoriels, thématiques, ESG, etc.

Aux États-Unis, les ETF se sont imposés comme le véhicule le plus mainstream et le plus largement adopté, avec à fin 2025 un encours d’actifs sous gestion dépassant les 13,4 milliards de dollars, soit 68% de l’encours global.