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Les banques sous pression de liquidités

Avec une forte progression des crédits et une décélération du rythme de captation de dépôts, le secteur bancaire se retrouve sous pression. Le besoin en liquidités exprimé s’élève une semaine après l’autre. BAM suit en injectant les liquidités nécessaires, mais aussi en abaissant le taux directeur.

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Une décélération des dépôts combinée à une hausse des crédits et de surcroît des tensions sur les liquidités… C’est ce que révèle la situation du secteur bancaire. Si l’année 2024 s’est achevée sur un bilan pas assez reluisant pour le secteur, 2025 s’inscrit dans la même continuité.

En effet, l’encours global des crédits a augmenté de 4,4% à 1.164 milliards de DH (MMDH), avec toutefois des disparités remarquables entre différentes catégories d’emprunteurs. Les sociétés financières privées ont vu leur encours faire du surplace (+0,6%) au moment où celui des entreprises publiques est monté en flèche de 7,3% pour s’établir respectivement à 453 et 84 MMDH. En revanche, l’encours des ménages a accusé un repli de 1,1% à 382 MMDH.

À fin janvier de cette année et en glissement annuel, la même tendance est observée. Le secteur public continue de porter son encours à des sommets avec une croissance de 8,6%. Cette hausse est soutenue par un effort continu de l’État de financer des projets stratégiques, dans les infrastructures, les énergies renouvelables, l’industrie…, tant en phase avec les préparatifs des évènements sportifs que pour hisser la croissance du pays et redresser l’emploi.

Cela est d’autant plus attesté par la croissance de 8,4% des crédits à l’équipement. L’effort de l’investissement est là et les banques suivent en assouplissant les conditions d’octroi aussi bien pour les crédits de trésorerie que pour l’équipement et tant pour les TPME que pour les Grandes entreprises.

C’est en tout cas ce qui ressort de la dernière enquête de BAM. Cette dynamique devrait se renforcer davantage, compte tenu des budgets d’investissements conséquents alloués ci et là. D’ailleurs, Fitch Rating avait anticipé des investissements de 100 milliards de dollars d’ici à 2030, dont 34 milliards dès 2025.

Les crédits, une forte dynamique
Il est vrai que, sur une année glissante, une forte reprise des crédits alloués aux ménages a été constatée avec un encours en hausse de 8,3%, après une baisse de 1,1% en 2024. C’est que les abaissements successifs du taux directeur commencent à faire leurs effets.

D’ailleurs, la consommation des ménages reprend petit à petit, comme l’atteste le redressement de la demande intérieure qui, selon les données du ministère des Finances, continue de bénéficier des mesures de soutien au pouvoir d’achat mises en place par les pouvoirs publics, ainsi que d’une inflation modérée (2% en janvier et 2,6% en février).

Il faut dire aussi que les banques ont assoupli les critères d’octroi, que ce soit pour les prêts à l’habitat ou à la consommation dont l’encours a augmenté de 2% chacun à fin janvier, sur une année glissante. La politique d’assouplissement monétaire y est aussi pour quelque chose, puisqu’elle a contribué à relancer, ne serait-ce que timidement, la machine de la consommation.

En effet, les réductions du taux d’intérêt ont favorisé une baisse du taux des prêts, légère certes mais encourageante. Et d’autres sont encore à prévoir consécutivement à la dernière réduction du taux principal de 25 points de base pour l’amener à 2,25%.

Effet régularisation spontanée
Le problème est qu’en face, les dépôts, bien qu’en hausse, sont en décélération continue. Si l’on ne prend que les dépôts à vue, ils se sont situés à 881 MMDH à fin janvier de cette année, en baisse de 2,7% par rapport à 2024, mais ressortent en hausse de 10,3 par rapport à janvier 2024.

Cette baisse est tout de même à nuancer, puisque l’encours a augmenté de 11,5% entre 2023 et 2024, suite essentiellement à l’opération de régularisation fiscale volontaire qui a permis d’apporter environ 35 MMDH dans les comptes des banques. «C’est un retour à un niveau normatif», diront les spécialistes.

L’une des conséquences de cet état de fait est le creusement du besoin de liquidités des banques. Les trésoreries des banques subissent, en effet, une pression croissante. En 2024, le déficit s’est creusé à 123,7 MMDH, en moyenne hebdomadaire, contre 83,3 MMDH une année auparavant.

C’est une hausse de près de 50% en une année. Il s’est allégé en janvier de cette année à 125,5 MMDH grâce à la bouffée d’oxygène que les banques ont inspirée grâce à l’amnistie fiscale, pour atteindre 130 MMDH en février.

D’ailleurs, même le rythme de croissance de la circulation fiduciaire a baissé entre décembre et janvier, affichant une hausse de seulement 1,7% à 421,5 MMDH, contre 5,2% entre 2023 et 2024. Tout récemment, sur la période allant du 13 au 19 mars, les besoins en liquidités se sont établis à 138,6 MMDH.

Grand besoin en liquidités
C’est dire que les banques expriment toujours une demande en forte hausse pour se refinancer auprès de BAM et selon l’institution, il devrait culminer à 164,6 MMDH en 2025 et pointer à 192,3 MMDH en 2026.

Et c’est pour accompagner ces besoins des banques et en vue de soutenir la croissance et la création d’emplois que Abdellatif Jouahri estime disposer encore d’une marge de manœuvre suffisante, en abaissant le taux directeur à 2,25%. Pour rappel, lors du premier Conseil de la banque centrale de cette année, le wali avait expliqué : «L’abaissement du taux vient renforcer davantage la politique accommodante de Bank Al-Maghrib qui consiste à répondre à la demande des banques».

Alors que le topo est fait, il reste à préciser que le secteur bancaire demeure solide et maintient sa stabilité, en dépit des incertitudes mondiales qui pèsent toujours, selon les agences de notation internationales. En tout cas, la banque centrale réalise régulièrement des stress tests pour analyser la résilience des banques du secteur. Il en résulte que les banques sont préparées aux crises les plus graves.

Ce n’est pas pour rien aussi que BAM continue de durcir la gestion des risques au niveau des banques, à travers l’adoption du ratio structurel de liquidité à long terme, «NSFR», et la mise en place d’indicateurs additionnels de liquidité, conjugués à un processus interne d’évaluation de l’adéquation de la liquidité, «ILAAP». Cela, en plus d’un dispositif relatif à la gestion des risques financiers liés au changement climatique et à l’environnement.


Les créances en souffrance restent maitrisées
Dans ce contexte bancaire, les créances en souffrance poursuivent leur montée. Elles ont atteint à fin janvier 97,4 MMDH, en hausse de 4% sur une année glissante, en raison de la hausse, au niveau des ménages de 11,8% à près de 40 MMDH.

Le taux du risque, lui, évolue toujours autour de 8,5%, avec des variations allant de 10,5% pour les ménages et 12,8% pour le secteur privé. Et c’est l’un des points faibles que l’agence de notation Fitch Rating pointe du doigt. Évaluation que Jouahri n’apprécie pas, compte tenu du fait que les autres agences, et même le FMI, ne portent pas de pareil jugement.

En tout cas, l’un des projets phares auxquels s’attèle BAM est la mise en place d’un marché secondaire des créances en souffrance, en vue de désengorger les banques et leur permettre d’offrir de nouveaux crédits.