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Larbi Jaïdi : «Le FM6I traduit un réel saut qualitatif»

Pour le professeur universitaire, Senior Fellow au Policy Center for the New South, le rôle de l’État en matière d’investissement a évolué. Jusque-là investisseur en masse, l’État marocain incarne aujourd’hui un État catalyseur et actionnaire d’un genre nouveau.

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Effort d’investissement soutenu
«Il fut un temps où la question était de savoir si l’État pouvait supporter un effort d’investissement important. D’autant plus que l’économie était dans une phase marquée par une croissance atone, en raison notamment de la conjoncture interne et de facteurs exogènes.

Une autre interrogation portait sur le retour sur investissement à même d’ouvrir de nouvelles fenêtres. Des années plus tard, on constate que l’effort d’investissement de l’État demeure soutenu, avec peut-être un léger décalage.

En somme, tout l’enjeu était de maintenir le même trend haussier des investissements publics, car les attentes de la société étaient plus importantes en matière de dépenses sociales (emploi, couverture maladie).

Le corollaire de cette préoccupation était le maintien de la vigilance sur la dette publique afin de garantir un niveau élevé d’investissements publics sans toutefois impacter les équilibres macroéconomiques, essentiels à la croissance.»

Une réforme salutaire
«L’investissement public relève à la fois du budget général de l’État (BGE) et des établissements et entreprises publics (EEP). Et sous cet angle, la réforme du secteur public a été extrêmement déterminante pour l’assainissement des EEP et la redéfinition de l’État actionnaire, son périmètre et sa stratégie.

Ce travail a permis, par moment, une participation plus importante des EEP que du BGE, dans l’effort d’investissement public. Cette réforme a aussi induit la recherche de nouvelles solutions de financement, à l’instar des financements innovants, très intéressants en termes d’effets.

Toutefois, ces nouveaux modes de financement soulèvent des interrogations sur leurs modalités ou encore leurs coûts à venir. Car il ne suffit pas simplement de rester sur les cessions d’actifs, lesquels sont susceptibles d’être monétisés, mais de réfléchir et surtout d’anticiper leurs coûts futurs.»

L’État catalyseur
«L’État a également été confronté à la nécessité de rationaliser les dépenses publiques et celles de l’investissement. Un effort a été consenti sur ces aspects grâce aux recommandations de différentes instances (FMI, OCDE…), lesquelles ont été prises en charge par le ministère de l’Économie et des finances.

Aujourd’hui, il existe une nouvelle donne puisque nous assistons à une véritable mutation de l’État, lequel passe d’un rôle d’investisseur en masse à celui d’État catalyseur et actionnaire d’un genre nouveau.

Cette transformation permet d’être optimiste pour l’avenir, tout en soulevant également des questions en lien avec la capacité de l’État d’approfondir les réformes majeures, relatives, entre autres, à la gouvernance, permettant à l’investissement public d’avoir un effet entrainant sur les aspects macroéconomiques, mais également sur l’équité sociale et le développement territorial.

D’où le nouveau rôle qui va au-delà de l’État stratège, c’est-à-dire l’État catalyseur, à même d’impulser une dynamique plus importante au secteur privé, à travers par exemple les dépenses en infrastructures, les co-investissements (PPP), le capital humain ou les services collectifs (recherche et développement).

Si, il y a quelques années, la question de l’arbitrage se posait pour l’État, entre les dépenses dans les secteurs sociaux et celles relatives aux infrastructures, aujourd’hui, une nouvelle phase se dessine dans laquelle les dépenses sociales doivent être au moins aussi «productives» que celles captées par les infrastructures.

Et ce, grâce à l’implication plus grande du secteur privé (en termes de croissance), et à l’expansion des prélèvements fiscaux à un seuil tolérable. Cela permettrait quelque part au secteur privé d’être un financeur indirect du social. De nos jours, cette inversion des rôles est très importante et constitue une alternative aux paradigmes classiques.»

Un véritable saut qualitatif
«Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I) traduit un réel saut qualitatif des véhicules d’investissement, en comparaison aux modes de financement classiques.

Car il manquait au Maroc un véhicule couvrant plusieurs instruments, tout en s’adressant à différents secteurs, capable de combler le déficit des segments de financement, pour ne citer que la fintech.

Le saut qualitatif induit par le FM6I générera beaucoup d’aspects positifs en matière de mobilisation et de diversification des ressources financières, tout en répondant aux attentes particulières de certains segments du secteur privé.»