Argent
La hausse du cash, un élément perturbateur
À 400 milliards de dirhams, le cash en circulation atteint des sommets, exerçant des pressions sur la liquidité des banques. Une situation qui pourrait perturber un marché obligataire jusqu’ici bien calme.
Un début d’année bien calme sur le marché des bons du Trésor qui tranche avec celui de l’année dernière, particulièrement agité. C’est que le Trésor est dans une situation particulièrement confortable, marquée par une baisse des exigences de rentabilité des investisseurs, dans un contexte de ralentissement continu de l’inflation. Le Trésor en a profité pour lever durant les trois pre-mières semaines de janvier 18,5 milliards de dirhams, soit déjà 130% du besoin annoncé pour l’ensemble du mois, avec à la clé une nouvelle baisse des taux primaires sur le compartiment court-terme lors de la dernière séance d’adjudication. Une accalmie qui devrait se prolonger, à en croire AGR. Le centre de recherche estime en effet que «compte tenu des niveaux confortables de la trésorerie de l’argentier de l’État, nous devrions assister à une maîtrise de l’offre du Trésor en BDT». Toutefois, un élément vient per-turber ce tableau idyllique et constitue un point de vigilance pour les professionnels du marché : il s’agit de la hausse du cash en circulation. Un phénomène qui s’est accentué depuis 2 ans, et qui n’est pas sans effet sur la liquidité des banques et, par rico-chet, sur le marché obligataire. «La poursuite des pressions sur la liquidité bancaire en lien avec la hausse de la circulation fiduciaire pourrait entamer la demande en BDT», prévient AGR. Cette baisse de la demande pourrait induire, toujours selon AGR, «de légères tensions haussières sur les taux primaires au cours du premier trimestre 2024».
Liquidité : Le besoin des banques explose
Il faut dire que le cash en circulation hors du système bancaire n’a jamais été aussi élevé. À fin 2023, la circulation fiduciaire culmine à 400 milliards de dirhams (un record), en hausse de 10% par rapport à 2022. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2024 et 2025, avec une hausse moyenne de 6,5%, selon les dernières prévisions de BAM. Des sorties de cash qui ne manquent pas de pénaliser les besoins en liquidité des banques qui devraient atteindre en 2024 un record de près de 138 milliards de dir-hams, un niveau jamais observé depuis la crise sanitaire. Les perturbations, légères certes, sur le marché monétaire sont d’ailleurs déjà là. Comme le souligne AGR, «l’équilibre du marché monétaire a été légèrement perturbé cette semaine dans un contexte de creusement du déficit de liquidité bancaire». Ce déficit a dépassé pour la première fois depuis 2020 le seuil des 100 milliards de dirhams, en creusement de plus de 20 milliards en une année. Dans ce contexte, la banque centrale continue d’alimenter le marché monétaire en liquidité centrale en y injectant pas moins de 126 milliards de dirhams pour satisfaire tous les besoins.
Il reste que ce déficit pourrait devenir problématique pour le marché obligataire, quand on sait que près des deux tiers de la demande en BDT proviennent d’institutionnels comme les banques. La prudence est donc de mise chez les opérateurs, qui sur-veilleront comme le lait sur le feu l’évolution des liquidités bancaires. Car si tension il y a sur le marché obligataire à court terme, c’est de là qu’elle viendra… À moins qu’une sortie du Trésor à l’international ne vienne détendre l’atmosphère.
